SYNTHESE & INDICATIONS
Francois Kelberine
Hôpital Paul Cezanne - Aix-en-Provence
Le démembrement des pathologies fémoropatellaires établi par H.Dejour doit désormais servir de référence à nos travaux. La distinction claire entre instabilité rotulienne objective, instabilité rotulienne potentielle, arthrose fémoropatellaire et syndrôme rotulien douloureux permet à partir de données anatomiques objectives dorienter le traitement.
La pratique systématique dexamens complémentaires simples mais rigoureux, complétés si besoin par un scanner, doit permettre de classer la lésion.
Ainsi, nombre darthroscopies à visée diagnostique ou pseudo-thérapeutique pourront être évitées. J.Bez en a bien montré la fréquence et les conséquences médico-sociales; H.Coudane nous en a appris les conséquences médico-légales
Ceci ne doit pas exclure la pratique darthroscopie thérapeutique devant une atteinte fémoropatellaire. À la lumière de ce symposium, nous avons essayé de définir les indications des différents gestes.
La section de laileron rotulien externe na pas sa place devant une instabilité rotulienne objective avec, comme la montré P.P.Aglietti, plus de 45% de récidive. Peut-être est-ce ici la place dune raphie interne associée dont V.Chassaing a décrit les modalités? Mais des études prospectives restent indispensables pour juger de son efficacité en comparaison dinterventions conventionnelles à ciel ouvert (transposition tubérositaire, plastie dabaissement, ).
Dans larthrose, sa réalisation améliore très légèrement le pourcentage de bons résultats en association au débridement; ceux-ci ne dépassent cependant pas 60%. P.Christel a constaté que son efficacité était plus marquée en cas de subluxation rotulienne externe.
Enfin, dans le syndrôme rotulien douloureux, létude rétrospective rapportée par nos collègues italiens (Paoletti & Cerulli), et les études rétrospective et prospective la S.F.A. que nous avons rapportées ici montrent des résultats satisfaisants avoisinant 60%.
Dans toutes ces études, la section de laileron rotulien est dautant plus efficace quil existe une bascule voire une subluxation externe rotulienne dont la correction anatomique est envisageable. De même le résultat apparait meilleur lorsquexistent des lésions cartilagineuses rotuliennes ou trochléennes dont la décompression est bénéfique.
Ainsi ce geste peut être proposé devant une arthrose modérée surtout si elle sassocie au scanner à une bascule rotulienne. Il nécessite une technique rigoureuse pour éviter le risque plus important de complication en particulier dhémarthrose.
La résection dun clapet cartilagineux franc est un geste très efficace comme lont rapporté les études prospectives ou rétrospectives de la S.F.A. mais aussi celles plus spécifiques concernant les lésions trochléennes décrites par P.Chambat ou rotuliennes présentées par T.Boyer.
Le shaving en revanche obtient dans nos séries prospectives ou rétrospectives des résultats variables mais toujours péjoratifs à moyen terme. Quant aux résultats favorables à long terme des études retrospectives, ils sont superposables à lévolution naturelle des syndrômes fémoropatellaires
La chondrectomie
incluse dans un débridement darthrose naboutit à un bon résultat que dans 50% des cas, et 60% en asociation à une section de laileron externe. Cependant, larthrose était de stade infra-radiologique et il semble indispensable denvisager des études tenant compte du stade dégénératif en précisant quels gestes exacts ont été pratiqué lors du débridement.En loccurrence, ces deux gestes agressifs ne sont actuellement pas recommandables; et il faut bien se garder de ne pas rendre patent un cartilage légèrement abîmé, mais jusquà présent sans traduction clinique. Létude prospective anatomo-clinique rapportée par A.Frank le confirme bien: les lésions anatomiques fémoropatellaires découvertes lors dune arthroscopie sont très souvent latentes.
Les plicae para-patellaires ne justifient pas dune résection systématique. H.Coudane nous a rappelé quon les retrouve dans 2O% des genoux et seulement 12% dentre elles sont pathologiques. Leur découverte arthroscopique nest pas synonyme de pathogénie. Notre étude prospective et le travail dH.Coudane ont bien montré que lamélioration subjective quasi-constante ne saccompagnait dune amélioration objective quune fois sur deux confirmant la responsabilité modeste de ces formations dans la genèse des syndrômes rotuliens.
Mais la découverte dune plica rigide avec des lésions en regard sur le condyle justifie, bien sûr, sa résection.
Le rôle de larthroscopie dans les lésions fraiches fémoropatellaires que nous a évoqué P.P.Casteleyn est lui aussi
Lindication dune arthroscopie pour pathologie fémoropatellaire, on le voit, reste rare car elle ne reste efficace que devant des lésions anatomiques bien individualisables (bascule rotulienne, clapet cartilagineux, plica pathogène ) ce qui est loin dêtre le cas le plus fréquent.
En outre, lutilité de larthroscopie doit être comparée à lévolution spontanée de la maladie fémoropatellaire; se demander si cette arthroscopie est bien opportune évitera de pratiquer un geste inutile parfois source de litiges en particulier dans un contexte post-traumatisme.
Cest encore une fois rappeler les recommandations de la Conférence de Consensus qui propose dêtre prudent dans lindication dune arthroscopie fémoropatellaire thérapeutique et extrêmement vigilant dans le compte rendu opératoire. Une iconographie de bonne qualité nous parait dans ces cas extrêmement utile.