STRATÉGIE DES EXAMENS COMPLÉMENTAIRES DANS LES DOULEURS
FÉMORO-PATELLAIRES
V. Chassaing
Clinique des Maussins - Paris
Une stratégie pour quoi faire ? Cest la première question à se poser avant de se lancer dans lexploration de " douleurs fémoro-patellaires ". Cest bien sûr pour faire un diagnostic en rattachant si possible une symptômatologie souvent peu caractéristique à larticulation fémoro-patellaire. Cest également pour orienter un traitement dont on connaît la difficulté, les incertitudes et les dangers. De toutes façons ces examens complémentaires ne peuvent être envisagés quaprès un interrogatoire précis et un examen clinique qui, comme ailleurs, reste primordial. Cette stratégie doit aussi tenir compte de nombreux facteurs : limportance des douleurs, leur retentissement dans la vie quotidienne, dans les activités sportives, lâge bien sûr, le profil psychologique, lancienneté des troubles, les traitements effectués etc... Cest en fonction de ces différents paramètres et de léventualité dun traitement chirurgical que seront prises les décisions des investigations à utiliser.
Lexamen clinique et les examens complémentaires vont chercher à démembrer les douleurs fémoro-patellaires. Il convient tout dabord déliminer des causes rares de douleurs ; certaines sont de diagnostic facile : cest le cas de lostéochondrite de la rotule ou de la trochlée ; une patella bipartita, une maladie de Sinding Larsen néchapperont pas à lexamen radiologique standard. Plus difficile est le diagnostic de plica car il a été trop souvent porté à tort, mais il ne doit cependant pas être méconnu. Les rotules douloureuses proprement dites peuvent exister dans les différents groupes décrits par Dejour (4) :
- Instabilités rotuliennes objectives,
- Instabilités rotuliennes potentielles,
- Arthroses fémoro-patellaires isolées,
- Et enfin syndromes rotuliens douloureux, sans instabilité et sans signes radiologiques ; cest une dénomination bien vague qui reflète nos incertitudes face à ces rotules qui restent encore trop mystérieuses. Cest dans ce groupe de rotules douloureuses idiopathiques quil peut être nécessaire de pousser les investigations pour tenter de faire reculer les limites de notre ignorance.
I - EXAMEN RADIOGRAPHIE STANDARD
Lexamen radiologique est lexamen complémentaire fondamental, incontournable et bien souvent suffisant dans cette pathologie rotulienne. Quel désarroi nous ressentons devant un patient, en consultation, porteur dun seul scanner, éventualité qui nest malheureusement pas rare! Cest en effet à la radiologie quil appartient dapprécier un certain nombres de signes de grande valeur :
- signes de dysplasie au niveau de la rotule et, ou, de la trochlée : trop plate ou trop creuse.
- signes de surcharge mécanique : densification sous-chondrale ou pincement, ostéophytose débutante,
- signes de luxations anciennes : ossification ou arrachement de linsertion de laileron rotulien, fractures ostéochondrales,
- anomalies positionnelles de la rotule par rapport à la trochlée : bascule, désaxation (translation externe), ou les deux à lorigine alors dun subluxation
Quatre clichés sont suffisants dans la majorité des cas : une face, un profil en flexion, un profil en extension, une incidence fémoro-patellaire. La technique de ces radiographies toutes simples doit être parfaite :
- le cliché de face, de préférence effectué en charge à 20° de flexion, a un intérêt réduit dans cette pathologie fémoro-patellaire, se limitant à éliminer une pathologie de voisinage, en particulier fémoro-tibiale
- le profil en extension est en revanche capital (6). Le profil doit être parfait, cest à dire avec une superposition exacte du bord postérieur des condyles fémoraux. Nous attachons une grande importance au cliché de profil, en extension complète, avec contraction du quadriceps : il donne en effet de nombreux renseignements essentiels sur larticulation fémoro-patellaire et permet dapprécier :
- Le cliché de profil en flexion prend ici tout son intérêt en permettant cette analyse par le calcul de lindice de Caton Deschamps (2) qui donne un rapport de hauteur vraie, indépendamment du récurvatum éventuel.
- Le défilé fémoro-patellaire reste bien sûr une incidence capitale dans létude de cette articulation. Un seul cliché peut être suffisant dans la majorité des cas : cest lincidence en flexion minimum du genou , à 30°, voire 20°, pour explorer la rotule à lengagement, potentialisée par la rotation externe du squelette jambier (7) associée à la contraction quadricipitale. Ce défilé retrouve la dysplasie de la trochlée déjà notée sur le cliché de profil avec possibilité dune évaluation chiffrée. Il apprécie aussi la dysplasie de la rotule, ainsi quune éventuelle bascule, désaxation ou subluxation. Cest enfin lui qui recherche les signes dhyperpression externe et de luxations anciennes déjà décrits. Les autres incidences fémoro-patellaires au delà de 45° ont moins dintérêt car la rotule est recentrée et elles permettent surtout une étude morphologique.
II - ARTHROGRAPHIE
Larthrographie opaque peut être indiquée lorsquon suspecte une lésion méniscale. Elle donne de plus des renseignements sur le cartilage rotulien sur les défilés opaques fémoro-patellaires et sur les faux-profils. Enfin elle peut participer à la recherche dune plica.
III - SCANNER
Il permet détudier et de quantifier la bascule rotulienne en calculant langle entre le plan de la rotule et celui des condyles qui doit être inférieur à 20° (4).On a ainsi une évaluation chiffrée de cette bascule dont on peut cependant faire le diagnostic sur le simple cliché radiologique de profil en extension.
Quant à létude dynamique par scanner sur un genou en extension complète elle na pas dintérêt pour évaluer la stabilité des rotules : les rotules sont en effet en position trop externe en extension même chez des sujets normaux ! Attention à ces aspects de fausse subluxation qui peuvent être trompeurs. Lavantage du scanner sur les incidences fémoro-patellaires est de faire une étude dynamique lors de lengagement de la rotule (de 15° à 20°), cest à dire à une flexion qui échappe le plus souvent à la radiologie.
Enfin le scanner permet la mesure de la fameuse distance TA-GT, quelle soit faite en flexion ou mieux en extension qui supprime la rotation difficilement contrôlable du squelette jambier qui risque de fausser cette mesure. Nous pensons cependant que la mesure de la TA-GT est une fausse sécurité pour lorthopédiste : elle nous paraît en effet très criticable, surtout en cas de dysplasie car :
- la gorge dune trochlée plate est impossible à localiser avec précision (point GT),
- le tendon rotulien sinsère largement sur la tubérosité tibiale antérieure et le point TA est imprécis.
- si les mesures sont faites en flexion, cette distance est très influencée par les mouvements de rotation du squelette jambier difficiles à contrôler dès que le genou est dévérouillé.
Le scanner permet également deffectuer un mesure de lantéversion fémorale, de la torsion fémorale interne et de la torsion tibiale externe dans certains cas danomalies rotationnelles des membres inférieurs.
Larthro-scanner donne dexcellentes images du cartilage rotulien et trochléen : il renseigne sur son épaisseur, et il met bien en évidence les fissures, les ulcérations en précisant leur siège et leur profondeur. Il permet de plus de découvrir une plica interne, sans préjuger bien sûr de son caractère pathologique ou non. Enfin larthro-scanner peut retrouver des anomalies de los sous-chondral.
IV- I.R.M.
LIRM na aucun intérêt dans létude de la fémoro-patellaire : elle napporte rien de plus sur le plan diagnostique, et létude des cartilages est nettement moins bonne que par larthro-scanner.
V - CONCLUSION
Devant des douleurs fémoro-patellaires, la stratégie des examens complémentaires fait appel à un examen : lexamen radiologique ; quatre clichés sont suffisants dans la grande majorité des cas : une face, un profil en extension, un profil en flexion, et une incidence fémoro-patellaire à 30° de flexion (ou moins) avec contraction du quadriceps et rotation externe du squelette jambier. Les indications des autre examens sont rares : arthro-scanner lorsquest suspectée la possibilité dune lésion cartilagineuse à lorigine de la symptômatologie (clapet cartilagineux), scanner avec mesure de la distance TA-GT uniquement dans le cadre dun bilan préopératoire, avec les réserves que nous avons faites. Il faut enfin garder à lesprit que nombre de syndromes rotuliens ont une imagerie strictement normale y compris parfois lorsquil sagit de rotules instables (5). Dautre part, lanomalie radiologique nest pas toujours associée à des douleurs fémoro-patellaires comme on peut en particulier le constater dans les cas fréquents de douleurs unilatérales avec anomalies radiologiques bilatérales. Cest dire limportance de lappréciation clinique, et la prudence dans linterprétation des examens complémentaires de ces douleurs rotuliennes qui restent encore bien mystérieuses. Mais cest probablement grâce aux progrès de ces examens complémentaires que nous pourrons progresser dans la connaissance de cette pathologie.
VI - BIBLIOGRAPHIE
1- BERNAGEAU J., GOUTALIER D. Examen radiologique de larticulation fémoro-patellaire. Actualités Rhumatologiques, Expansion Scientifique Française, Paris, 1984, 105-110.
2- CATON J. Méthode de mesure de la hauteur de la rotule. Acta Orthop. Belg. , 1989, 55, N° 3, 385-386.
3- DEJOUR H., WALCH G., ADELEINE P., NEYRET P. : La dysplasie de la trochlée fémorale. Rev. Chir. orthop., 1990,, 1, 45-54
4- DEJOUR H. 8èmes journées lyonnaises de chirurgie du genou, avril 1995.
5- DUPONT J.Y., Problèmes posés par les relations entre lésions et symptomes dans la pathologie fémoro-patellaire. Maitrise orthopédique, 11 -15.
6- MALDAGUE B., MALGHEM J. Apport du cliché de profil du genou dans le dépistage des instabilités rotuliennes. Rev Chir Orthop, 1985, 71, Suppl II, 5-13.
7- MIREMAD C., COMBELLES F., LEMAIRE M., Articulation fémoro-patellaire; Intérêt des incidences axiales en rotation externe. J Radiol, 1980, 61, 347-381.