DE CONSENSUS
DU GENOU
Maison de la chimie - Paris
7 Octobre 1994
Société Française d'Arthroscopie
Sosiété Française de Radiologie
Sosiété Française de Rhumatologie
Sosiété Française de Traumatologie du Sport
QUESTION N° 1:
Quelle est la place de larthroscopie devant une lésion méniscale sur genou stable ?
En dehors des cas où le diagnostic clinique de lésions méniscale est évident : blocage de lextension, blocages à répétition, hydarthrose chronique, il est préférable détablir un diagnostic précis de la lésion par limagerie médicale. Deux techniques apparaissent satisfaisantes et lon emploiera lune ou lautre suivant ses habitudes et ses possibilités : larthrographie opaque et limagerie par résonance magnétique qui prendra de plus en plus dimportance.
Le traitement des lésions méniscales traumatiques est aujourdhui du domaine exclusif de larthroscopie. Certaines lésions méniscales dégénératives peuvent également relever de cette technique.
Les dysplasies méniscales externes symptomatiques, de même que les kystes du ménisque externe doivent également être traitées par arthroscopie.
Les sutures méniscales sur genou stable nont pas fait leurs preuves et ne doivent pas être employées aujourdhui sauf dans certains cas spéciaux chez lenfant et pour le ménisque externe.
QUESTION N° 2 :
Quelle est la place de larthroscopie dans les lésions ligamentaires chroniques ?
Lexamen clinique complété par les radiographies dynamiques suffit dans la majorité des cas à porter le diagnostic de lésions ligamentaires chroniques. Lorsquil persiste un doute, il est plus logique à réaliser une IRM quune arthroscopie.
Dans le traitement des lésions ligamentaires chroniques, la place de larthroscopie est prééminente:
- Cest le premier temps exploratoire des lésions associées méniscales et cartilagineuses.
- Elle aide à la reconstruction ligamentaire
- Elle permet les sutures méniscales, surtout du ménisque interne.
Aujourdhui il napparaît pas de différence significative dans les résultats entre les reconstructions arthroscopiques et les reconstructions par chirurgie conventionnelle.
Larthroscopie est également une technique très utile pour traiter certaines complications opératoires précoces des reconstructions ligamentaires.
QUESTION N° 3
Place de larthroscopie dans la pathologie fémoro-patellaire ?
Larthroscopie diagnostique na guère de place dans lévaluation des douleurs antérieures du genou dorigine fémoro-patellaire. Ceci est particulièrement vrai chez ladolescent et chez ladulte jeune.
Cest donc à la clinique et à limagerie médicale quappartient lidentification dune instabilité rotulienne objective et des autres facteurs éventuellement impliqués dans le " syndrome rotulien douloureux ".
La place de larthroscopie dans le traitement des pathologies fémoro-patellaires est extrêmement réduite. En effet elle nintervient pas dans le traitement des instabilités rotuliennes objectives, dont les causes nécessitent des gestes particuliers. La section de laileron externe proposée dans ce cadre doit encore faire sa preuve scientifiquement.
En dehors de linstabilité, la cause des syndromes rotuliens est très mal comprise, et trop facilement rattachée aux lésions du cartilage. Cependant, larthroscopie est parfois indiquée pour lablation dun clapet cartilagineux ou la résection dune plica réellement symptomatique.
Des études comparatives, prospectives, randomisées, utilisant un score validé des lésions cartilagineuses et une standardisation des modalités thérapeutiques permettront de juger de la place de larthroscopie dans cette pathologie encore mal élucidée.
QUESTION 4 -
Place de larthroscopie dans les lésions cartilagineuses non traumatiques du genou ?
Larthroscopie na pas de place dans le diagnostic dès quil y a des lésions sur les radiographies standards, debout, de face ou en schuss. Si les radiographies sont normales, des examens complémentaires sont licites, scintigraphie, arthrographie, IRM.
Lordre et lintérêt de ces examens dépend de lanamnèse, de lexamen clinique et de lâge du patient.
Si malgré cela le genou reste mystérieux, larthroscopie se justifie.
Parmi les nombreuses modalités thérapeutiques proposées, seul le lavage et éventuellement le débridement montrent une certaine supériorité sur le traitement médical.
Des études comparatives, prospectives randomisées, avec suivi prolongé utilisant
- un score validé des lésions cartilagineuses,
- une standardisation des modalités thérapeutiques
permettront de situer la place de larthroscopie dans le traitement des lésions cartilagineuses et lefficacité des chondro protecteurs.
QUESTION N° 5 :
Quelle est la place de larthroscopie devant un genou traumatique récent de ladulte ?
Devant un genou traumatique récent de ladulte, la démarche initiale comporte linterrogatoire, lexamen clinique, la radiographie standard, et éventuellement la ponction.
Au terme de cette première évaluation, de très nombreuses lésions sont parfaitement identifiées : fracture de la rotule, fracture dun plateau tibial, luxation de la rotule, arrachement dune insertion ligamentaire. Dans ces conditions il ny a pas lieu davoir recours à larthroscopie pour établir un diagnostic et déterminer une conduite thérapeutique.
Larthroscopie pourrait avoir un intérêt dans le diagnostic et le traitement des lésions méniscales et des lésions du ligament croisé antérieur . En fait :
- le traitement dune lésion méniscale nest jamais urgent.
- labandon du dogme de la suture du ligament croisé antérieur, la qualité de la reconstruction par un transplant ont fait disparaître le caractère durgence de ce geste. Bien au contraire, pour beaucoup, il est préférable de programmer la reconstruction du ligament à distance du traumatisme initial.
Aujourdhui, seul demeure du domaine de larthroscopie en urgence, le traitement dun flexum irréductible du genou lié à une anse de seau méniscale luxée, à un corps étranger intra-articulaire libre ou à un ligament croisé antérieur en battant de cloche.
QUESTION N° 6
Quelle est la place de larthroscopie dans les lésions synoviales du genou ?
Dans une monoarthropathie qui reste non identifiée après des examens cliniques, biologiques, bactériologiques et biopsie au trocart, une arthroscopie peut, en dirigeant la biopsie augmenter les performances des examens anatomo- pathologiques et/ou bactériologiques.
La synovectomie arthroscopique est un traitement utile, comportant une faible morbidité dans les synovites inflammatoires en particulier rhumatoïdes, la synovite villo- nodulaire, les arthropathies hémophiliques.
Lablation arthroscopique des corps étrangers est le traitement de choix de la chondromatose synoviale parfois complétée par une synovectomie localisée.
Le débridement synovial arthroscopique associé au lavage dans les arthrites septiques résistant au traitement médical a fait la preuve de son efficacité.
Larthroscopie est un acte endoscopique, qui permet le plus souvent dans le même temps dévaluer lensemble des structures intra-articulaires synoviales, méniscales, cartilagineuses, ligamentaires et surtout de réaliser des gestes thérapeutiques adaptés.
La première arthroscopie a été réalisée par TAKAGI en 1918 et la première méniscectomie sous arthroscopie par WATANABE en 1962.
Depuis une vingtaine dannées, cette technique sest beaucoup développée en France, elle a transformé et fait évoluer de nombreux problèmes (jusqualors) mal élucidés. Son action thérapeutique est aujourdhui largement démontrée. Il importe daujourdhui:
- dapprécier ses performances diagnostiques par rapport aux techniques dImagerie Médicale qui se sont parallèlement développées et qui sont moins invasives. - de juger de son utilité dans le cadre du diagnostic clinique.
- et dévaluer ses résultats thérapeutiques
Historiquement, en France les arthroscopies ont été introduites et pratiquées par des médecins rhumatologues puis des chirurgiens orthopédistes et des médecins de rééducation. Cette technique ne correspond, sur le plan ordinal, ni à une qualification de type " compétence ", ni à une qualification de type " spécialité ". Elle peut être réalisée par tout praticien à condition :
- quil ait reçu un enseignement théorique et pratique prolongé, dans un centre formateur - quil assure sa formation permanente
- quil exerce dans des conditions rigoureuses, conformément aux exigences spécifiques de la méthode.
Larthroscopie doit être réalisée dans des locaux qui doivent répondre au minimum aux décrets et arrêtés qui régissent la chirurgie ambulatoire (J.O. 2 octobre 1992).
Le patient doit être examiné par le praticien qui réalise larthroscopie et rédige une observation clinique, en motivant son indication.
tout patient doit avoir eu un bilan radiologique standard, il doit être averti que malgré la bénignité habituelle du geste, un certain nombre de complications peuvent survenir.
Le praticien doit établir un compte-rendu précis, scientifique de ses constatations et de ses gestes opératoires. Il serait souhaitable que les organismes Sociaux prennent en charge la réalisation dune documentation (vidéo-photo) qui permet un suivi clinique objectif et peut être très utile en cas de litige médico-légal.
Le praticien doit assurer personnellement le suivi du patient au moins jusquà sa sortie de létablissement..
La démarche diagnostique dune lésion du genou commence par un interrogatoire soigneux qui permet une orientation sur la pathologie en cause.
Ainsi, un accident sportif (football, ski) par torsion accompagné dune sensation de craquement et suivi dun gonflement du genou est très évocateur dune lésion du ligament croisé antérieur.
De même, une douleur antéro-interne survenue à la descente des escaliers, lors dune excursion en montagne, à la station assise prolongée et saccompagnant parfois de sensations de blocages fugaces, voire dune instabilité, évoque une pathologie fémoro-patellaire.
Enfin, un blocage de lextension, survenant après un accroupissement forcé, est très caractéristique dune lésion en anse de seau du ménisque.
Lexamen clinique doit être comparatif, il se fait sur le patient couché, debout et lors de la marche. Deux signes doivent être reconnus par tout médecin, du fait de leur importance. Ils affirment toujours une lésion articulaire :
- le flexum passif irréductible
- lépanchement intra-articulaire.
Des radiographies sont demandées
Le bilan standard minimum comporte des radiographies comparatives des deux genoux : une face obtenue (sauf impossibilité) en position debout, un profil en légère flexion (30°), et au moins une vue axiale des rotules à 30° de flexion.
En cas dépanchement intra-articulaire, une ponction pratiquée suivant toutes les règles de lasepsie, permet dobjectiver lépanchement et den apprécier la nature: hémarthrose, séro-hémarthrose, hydarthrose avec liquide citrin ou non. Un liquide non citrin impose un examen cytologique et parfois bactériologique.
A ce stade des investigations, on aura pu reconnaître un rhumatisme inflammatoire ou sorienter vers une stratégie diagnostique qui est très variable suivant que le tableau clinique évoque une lésion méniscale, une lésion ligamentaire chronique, une pathologie fémoro-patellaire, une lésion cartilagineuse fémoro-tibiale, une pathologie synoviale rare.
Un genou traumatique récent avec hémarthrose ou laxité et douleur interne ou externe traduisant une rupture possible des ligaments latéraux, impose un traitement en urgence (orthopédique ou chirurgical).
En dehors de cette situation clinique, même si les symptômes sont rapportés par le patient à un traumatisme, il ny a aucune urgence. Il faut se donner du temps pour préciser les symptômes, leur incidence fonctionnelle leur évolution et pour établir un diagnostic. Les procédures hâtives sont sources dexamens, voir dintervention inutile.
Si larthroscopie présente dans lensemble moins de complications de la chirurgie conventionnelle, elle nen est pas exempte.
Les complications vasculaires sont exceptionnelles mais on doit toujours les suspecter devant des douleurs vives postopératoires qui imposent un examen urgent au Doppler.
Les complications thromboemboliques (0,02 à 0,12 %) justifient un traitement anticoagulant per et postopératoire chez les patients présentant un facteur de risque.
Les arthrites infectieuses (0,1 %), et les syndromes algo-dystrophiques (0,6 à 2,3 %) sont rares.
Moins graves, les hémarthroses (0,6 à 1 %) sont surtout observées dans les sections des ailerons externes et les méniscectomies externes.
Citons encore les fistules synoviales, les lésions neurologiques et les bris de matériel intra-articulaires, les lésions iatrogènes du cartilage articulaire.
Larthroscopie est devenue une technique indispensable intervenant dans le traitement de la plupart des affections du genou.
Sa valeur tient à sa précision, son efficacité, ses suites simples qui permettent le plus souvent une chirurgie ambulatoire et une reprise très rapide des activités professionnelles et sportives.
Ceci ne doit pas occulter :
- Quil sagit dun geste invasif nécessitant une anesthésie quelque soit son type
- Quelle nest pas toujours indispensable
- Que les arthroscopies itératives sont plus souvent inutiles.
Les recommandations proposées au terme de cette Conférence de Consensus sont le fruit du travail dexperts, des données de la littérature internationale, et aussi de débats approfondis permettant de confronter les points de vus des praticiens concernés.
A partir de données bien établies il a été possible, pour bien des points, de définir des démarches diagnostiques et thérapeutiques consensuelles. Le consensus a également relevé létat incomplet des connaissances et la nécessité de recherches pour certaines situations.
Au total lindication dune arthroscopie en 1994 doit répondre à une démarche raisonnée et cohérente que le praticien doit clairement expliciter.
QUELLE EST LA PLACE DE LARTHROSCOPIE DEVANT UNE LESION MENISCALE SUR GENOU STABLE ?
EN PRESENCE DUN TRAUMATISME
Récent
Linterrogatoire reconstitue les mécanismes du traumatisme. Il précise les signes cliniques qui ont suivi. Au moment de lexamen, on se trouve :
- devant un blocage aigu, rarement irréductible, parfois réductible dans des conditions particulières ;
- plus à distance de cet accident aigu, le patient peut consulter pour des blocages en extension à répétition libre, avec un examen clinique mettant à lévidence, des signes méniscaux francs,
dans ces deux circonstances, les radiographies standard, telles que définies (cf.. supra) sont indispensables pour éliminer une autre origine et, larthroscopie thérapeutique demblée paraît licite. Le recours de limagerie complémentaire est, en règle, inutile.
Ailleurs, on est devant un tableau de genou douloureux post-traumatique. Lexamen clinique soigneux napporte pas de certitudes, quant à lorigine de cette douleur. Il ny a aucune urgence à précipiter lenquête étiologique. Le traitement symptomatique est entrepris.
A distance du traumatisme
Un certain nombre de ces genoux vont évoluer favorablement.
Il peut persister un tableau évocateur de dérangement interne du genou ou une hydarthrose. Lassociation dun antécédent traumatique et de signes méniscaux à lexamen autorisent larthroscopie qui confirme la lésion méniscale.
Cependant, le plus souvent, le diagnostic nest pas évident et limagerie préalable est nécessaire.
LESIONS MENISCALES NON TRAUMATIQUES (Pathologie dégénérative)
Dans ce cadre, les radiographies standard sont normales ou, à la limite, comportent un pincement fémoro-tibial discret, objectivé par le schuss comparatif. Labsence dune classification de ces lésions méniscales dégénératives formellement reconnue dans la littérature, rend difficile un schéma thérapeutique uniforme en labsence détude comparative possible. Le tableau clinique est cependant assez évocateur. La symptomatologie est surtout faite de douleurs avec hydarthrose dimportance variable. La sensation de dérangement interne est inconstante. Lexistence de douleurs nocturnes est assez caractéristique. Ces lésions méniscales dégénératives prédominent largement dans le compartiment interne. Le traitement médical est recommandé par certains auteurs. Il comporte une thérapeutique anti-inflammatoire par voie générale et/ou locale sous forme de corticothérapie injectée en intra-articulaire et non pas en intra-méniscal. Une kinésithérapie redonne un bon tonus au quadriceps mais surtout lutte contre un éventuel flexum. Une rééducation active isométrique est donc préconisée
En cas déchec de ce traitement :
- si le genou est sec, le recours à lImagerie (arthrographie, IRM) simpose
- sil y a un épanchement, la ponction est nécessaire avec étude du liquide. Sil sagit dun liquide mécanique, pour certains le recours à limagerie reste indispensable, pour dautres, larthroscopie devient licite, à visée thérapeutique.
Dans ce groupe de lésions méniscales dégénératives, certaines publications préconisent que le traitement soit modifié par la présence dune languette méniscale. Le tableau clinique de ce sous-groupe peut être caricatural : au décours dun effort inhabituel (longue marche, tennis, golf... ) apparition relativement brutale ou au moins rapide dune douleur telle que décrite ci-dessus. Les signes de dérangement interne sont ici peut-être moins discrets. Cette constatation permet dès lors de proposer sans trop attendre le traitement sous arthroscopie.
MENISCECTOMIE
Toute méniscectomie devrait être réalisée sous arthroscopie. Sa supériorité est maintenant démontrée en terme de rapidité, simplicité des suites, faible morbidité, résultats à court et moyen terme .Selon les habitudes des opérateurs larthroscopie est effectuée sous anesthésie locale, régionale ou le plus souvent générale. Lhospitalisation est brève, allant de quelques heures à 24, 48 heures. Lappui est autorisé immédiatement, la rééducation facultative est débutée dans les premiers jours postopératoires. Larrêt de travail varie, là encore de quelques jours à quelques semaines (en moyenne 10 jours).
La récupération fonctionnelle et sportive est en moyenne de 2 à 3 semaines .
En terme de coût global, la méniscectomie arthroscopique est sans conteste moins onéreux que la méniscectomie par arthrotomie. (dans un rapport de un à trois, selon deux études).
La méniscectomie externe par arthroscopie est incontestablement supérieure à celle faite par arthrotomie. En effet, elle :
- ne modifie pas léquilibre rotulien par agression de laileron externe,
- permet une économie méniscale évidente, et
- une résection plus précise.
Il faut cependant savoir, et ceci se retrouve dans toutes ces études que ses suites sont moins simples que celles des méniscectomies internes. Des phénomènes douloureux avec hydarthrose; des douleurs isolées peuvent survenir spontanément dans les trois à six mois qui suivent cette méniscectomie. Ces phénomènes sont habituellement transitoires, et cèdent à la thérapeutique anti-inflammatoire par voie générale ou locale.
Signalons aussi que dans ces méniscectomies externes le risque de blessure vasculaire sévère est plus élevé (deux cas connus en France rapportés par COUDANE).
LA SUTURE DUNE LESION MENISCALE ISOLEE SUR GENOU STABLE paraît des plus discutable, quelle soit effectuée par arthrotomie, ou par arthroscopie. Quelle que soit la technique utilisée, la suture de ces lésions isolées du ménisque interne reste un geste dexception. Elles doit être réservée aux lésions verticales, longitudinales, suffisamment périphériques, pour espérer une bonne cicatrisation. Les résultats fonctionnels sont moins bons que ceux de la méniscectomie et le taux déchec clinique varie de 10 % à 24 %. De plus, la rééducation est plus longue quaprès méniscectomie. Des précautions dappui sont recommandées pendant les six premières semaines postopératoires. De nombreux auteurs considèrent que la suture doit même être suivie dune immobilisation plâtrée variant de 3 à 6 semaines. Les sports vigoureux sont proscrits pendant une période de 6 mois. En termes de coût, celui de la suture est bien supérieur à celui de la méniscectomie. En conclusion, il ny a pas dindication actuelle à cette suture, sauf cas particuliers (par exemple) chez lenfant, ou pour certaines lésions du ménisque externe.
TRAITEMENT DES LESIONS MENISCALES DEGENERATIVES
La résection arthroscopique dun ménisque dégénératif pose le problème de son étendue. Une résection insuffisante entraîne un risque déchec ou de récidive. Une résection trop large favoriserait une arthrose secondaire.
QUELQUES PROBLEMES PARTICULIERS
Dysplasie du ménisque externe
Que le ménisque discoïde soit complet ou incomplet découvert plus souvent chez lenfant ou un adulte jeune, lattitude thérapeutique actuelle est de réaliser une méniscoplastie sous arthroscopie visant à redonner au tissu méniscal un aspect proche de lanatomie normale.
Kyste méniscal
Le plus souvent externe, le kyste est reconnu cliniquement. Sa présence est décelée par lexamen attentif de linterligne externe en légère flexion. Pour la majorité des auteurs le traitement sous arthroscopie consiste en la résection du kyste par la brèche effectuée lors de la méniscectomie.
Atteinte méniscale au cours de la chondrocalcinose articulaire
- Si la lésion méniscale entre dans le cadre dun processus dégénératif avéré avec des lésions cartilagineuses majeures, ceci est hors de notre sujet et rejoint le traitement de la gonarthrose.
- Lorsquon est en présence de dépôt calciques méniscaux avec des lésions cartilagineuses modérées ou absentes, on doit envisager 2 situations :
. Dans la majorité des cas, il nest pas nécessaire de faire un geste sur ce ménisque et leffet thérapeutique du lavage peut être bénéfique.
. Dans les cas exceptionnels ou limagerie affirme une rupture surajoutée du ménisque le traitement arthroscopique devient licite.
Les méniscectomies qui ne vont pas bien
Dans les suites troublées des méniscectomies, il faut opposer 2 tableaux selon quil y a ou non un intervalle libre.
1er cas : si les symptômes surviennent au delà de la première année alors que la méniscectomie initiale a été suivie dune régression des symptômes, on peut alors raisonner comme pour une lésion méniscale primitive.
2ème cas : si les symptômes primitifs nont pas été améliorés par la méniscectomie, les douleurs se sont maintenues ou exacerbées dans les suites, on peut parler de suites troublées de la méniscectomie. La persistance dun épanchement à lorigine dune simple gêne mécanique peut justifier un traitement symptomatique médical par infiltration locale de corticoïdes dans un délai apprécié selon les auteurs de 1 à 3 mois. Lorsque les symptômes perdurent, il faut demander une nouvelle radiographie standard de face et en schuss pour éliminer une chondrolyse soit par méconnaissance ou erreur de diagnostic initial, soit de survenue postopératoire. Si la radiographie est normale, léventualité dune lésion méniscale résiduelle ou sur lautre ménisque encourage à demander une arthrographie préférée à lIRM car les remaniements post opératoires parasitent le signal et rendent son interprétation difficile. Si cette arthrographie est positive une réintervention est licite; si cette arthrographie est négative, les hypothèses diagnostiques restantes sont essentiellement lalgodystrophie ou une nécrose du condyle interne. Le premier diagnostic est de beaucoup le plus fréquent. Cette complication survient, même lors de gestes sous arthroscopie. De nouveaux clichés standard devraient pouvoir démasquer ces deux complications, évitant ainsi lIRM ou la scintigraphie qui sont souvent dinterprétation difficile à ce moment.
Revue critique des techniques d'imagerie disponibles pour le praticien
Lapplication de cette stratégie thérapeutique est guidée par les constations cliniques. Le choix de limagerie la plus performante est fonction, souvent des opportunités locales, mais aussi de létude critique des différentes techniques dImagerie à notre disposition.
Les documents objectifs montrant létat anatomique du genou doivent répondre à quatre critères :
- être le moins invasif possible
- facilement accessible
- avoir un coût proportionné
- avec une fiabilité avoisinant globalement 95 %.
Pour des raisons évidentes on éliminera léchographie et le scanner traditionnel peu performant ou dutilisation essentiellement ponctuelle. Naturellement, les clichés standard restent impérativement indispensables.
1) L'arthrographie
Celle-ci est aujourdhui " opaque ", de réalisation simple, bon marché, rapide, pouvant être obtenue facilement dans tous les centres radiologiques. Elle est indolore et peu invasive. Elle fournit des documents objectifs de la presque totalité de la cavité articulaire (ménisques à lévidence, mais aussi cartilages, croisés, CEA, et la fémoro-patellaire). Elle satisfait une fiabilité globale autour de 95 % avec une meilleure performance pour le ménisque interne que pour le ménisque externe. - quelques avantages sont à souligner :
. Elle est précieuse pour létude de la partie périphérique du segment postérieur du ménisque interne, et reste larbitre en cas dincertitude, même après un examen I.R.M. bien mené, mais non formel.
. Il faut souligner le caractère dynamique spécifique de larthrographie, particulièrement intéressante pour la mise en évidence des ménisques mobiles.
. Elle permet un examen éventuel du liquide de ponction pouvant orienter utilement le diagnostic.
. Elle fournit des documents faciles à lire, pouvant ouvrir la discussion diagnostique pluri disciplinaire.
Il convient dexiger un niveau de réalisation technique correct pour que cet examen soit valable dans la décision. Une arthrographie de mauvaise qualité gène incontestablement son interprétation et limite par voie de conséquence, les informations que lon peut en tirer.
2) L'Imagerie par Résonance Magnétique
- Les avantages sont évidents : indolore, non invasive, toujours réalisable (genou serré ou bloqué, enfants, sujets pusillanimes, etc...). Toutes les structures du genou sont bien " vues ", tant en intra articulaire quen extra-articulaire. Cet examen fournit des images anatomiques proches de la réalité histologique. Cest un avantage précieux mais risque par contre de majorer parfois la réalité pathologique; doù la nécessité dune interprétation rigoureuse et prudente.
La sémiologie des lésions méniscales est aujourdhui bien codifiée et le grade III (zone dhypersignal atteignant les deux surfaces) permet généralement daffirmer la rupture mécanique.
Sa fiabilité est sensiblement égale à celle de larthrographie, autour de 95 % avec de meilleures performances pour le ménisque externe que pour le ménisque interne.
- Les inconvénients actuels ne sont pas négligeables
. " Laccès à la machine " reste encore difficile.
. Les limites du normal et du pathologique sont assez mal définies et en particulier linterprétation du grade II peut être difficile pour orienter de façon certaine le diagnostic.
. Certains aspects du secteur postérieur du ménisque interne sont dinterprétation difficile. On peut améliorer la performance par lassociation systématique et impérative du plan frontal au plan sagittal.
. En pathologie postopératoire, lIRM est peu fiable, et plus particulièrement lintroduction de prothèses péri ou intra articulaires (en particulier ligamentaires) ne permettent pas une interprétation valable.
- Quelques problèmes à discuter :
Concernant la spécificité, la signification de " faux positif " est à relativiser. En effet, les stades I et II représentent effectivement des lésions anatomiques réellement pathologiques. Le consensus actuel est de ne pas intervenir.
Enfin, comme souvent en imagerie, il ny a aucun moyen daffirmer avec certitude le caractère symptomatique des anomalies observées.
- Perspectives sur lavenir
Une nette amélioration des performances diagnostiques peut être attendue par la réalisation des arthro IRM au Gadolinium, soit par injection directe intra-articulaire (ce qui est peu souhaitable dans son principe), ou mieux par simple voie intraveineuse.
3) Examens complémentaires
Rappelons simplement quune goniométrie peut être utile pour suivre la dégradation varisante et la chiffrer.
Parmi les techniques dimagerie, il est probable que lIRM, à lavenir, sera la technique la plus performante et laide la plus précieuse à la décision. Mais il faut quelle devienne plus facilement accessible et que les progrès technologiques se confirment. Elle se présentera alors comme la référence documentaire de valeur et permettra de régler de façon non invasive les litiges médico- légaux (accidents de travail, expertise de la voie publique, problèmes dassurance des sportifs de haut niveau etc...)
Il faut souhaiter enfin :
- que les radiologues réalisent bien les arthrographies
- que les praticiens connaissent mieux les problèmes techniques de lIRM pour une fructueuse collaboration radio clinique.
Quelle est la place de larthroscopie dans les lésions ligamentaires chroniques ?
Linterrogatoire oriente très rapidement vers une laxité chronique lorsque après un accident précis négligé ou non apparaît un certain nombre de symptômes : le maître symptôme est linstabilité avec un genou qui lâche, qui se déboîte, parfois uniquement lors dexercices sportifs, plus rarement dans la vie quotidienne. Sur lappui en rotation, ce type dinstabilité évoque une rupture ancienne du ligament croisé antérieur. Plus accessoirement le patient se plaint de douleurs internes, externes, dimpression de dérangement articulaire, voire de blocage de lextension, ce qui fait penser à une lésion méniscale associée.
Lexamen clinique est dans la grande majorité des cas suffisant montrant grâce à un examen comparatif des deux genoux, un signe de Lachmann positif et un ressaut en rotation interne de LEMAIRE positif. Ces deux signes sont nécessaires et suffisants, pour affirmer le diagnostic de rupture du ligament croisé antérieur.
Les symptômes dune rupture ancienne du ligament croisé postérieur sont moins précis. Les douleurs de type rotulien sont très fréquentes, linstabilité est plus modérée, elle se voit surtout à la descente des escaliers. Lexamen clinique est par contre très éloquent montrant en flexion du genou à 90°, un avalement de la tubérosité tibiale antérieure et un tiroir antéro-postérieur.
Des radiographies dynamiques et comparatives permettent de mesurer la translation tibiale antérieure genou légèrement fléchi ou un tiroir postérieur genou fléchi à 70°.
Dans quelques cas, il peut persister un doute (rupture ou cicatrisation partielle dun ligament, examen clinique difficile).
LIRM semble plus logique à réaliser que larthroscopie pour assurer le diagnostic du fait de son caractère moins agressif et de sa meilleure définition des ruptures du ligament croisé postérieur.
Le diagnostic établi, lindication thérapeutique peut sorienter vers trois directions ou le rôle de larthroscopie sera variable.
1) Lindication est posée de reconstruction du ligament croisé antérieur, larthroscopie a une place de choix, elle est le premier temps explorateur précisant les lésions associées méniscales: languette, anse de seau, désinsertion postérieure, les lésions cartilagineuses des condyles.
Elle aide à la reconstruction ligamentaire, (qui est faite dans le même temps)
Si aujourdhui on ne peut pas dire que larthroscopie améliore significativement les résultats à court, moyen et long terme par rapport aux techniques de réparations à ciel ouvert, on peut dire quelle est au moins équivalente à ces techniques.
La suture méniscale surtout du ménisque interne représente un geste essentiel dans le traitement des laxités chroniques car la persistance du ménisque interne est le meilleur garant contre lévolution arthrosique. Ces sutures suivant lexpérience du chirurgien sont réalisées soit par arthrotomie, soit par arthroscopie.
La réparation de certaines lésions périphériques associées internes ou externes de même que la correction dun déséquilibre frontal par ostéotomie tibiale enlève de lintérêt à la reconstruction ligamentaire sous arthroscopie.
Larthroscopie est également une technique précise et irremplaçable pour traiter certaines complications postopératoires précoces des plasties ligamentaires : flexum persistant (limitation de la flexion).
2) La décision opératoire est repoussée, on soriente vers une thérapeutique médicale et kinésithérapique, cette indication est prise en accord avec le patient pour des raisons dâge, dabsence de motivation sportive, dabsence dinstabilité gênante. Larthroscopie na ici aucune indication.
3) La lésion du ligament croisé antérieur nest pas symptomatique il ny a pas dinstabilité clinique mais il existe des symptômes gênants dorigine méniscale. Lattitude à adopter dans ces cas est délicate, lablation dun ménisque suturable est regrettable surtout chez le sujet jeune car elle risque daugmenter la laxité et de précipiter larthrose. Il faut donc dans ces cas là suturer le ménisque et reconstruire le ligament croisé.
Chez ladulte mûr par contre lablation dune lésion non suturable voir suturable interne ou externe est en revanche beaucoup plus acceptable. Lévaluation et le traitement de ces lésions par arthroscopie est le geste le mieux adapté.
QUELLE EST LA PLACE DE LARTHROSCOPIE DANS LEVALUATION ET LE TRAITEMENT DE LA PATHOLOGIE FEMORO-PATELLAIRE?
Malgré les innombrables travaux consacrés à la pathologie fémoro-patellaire, lorigine du " syndrome rotulien " douloureux reste bien souvent mystérieux. Ainsi, en dehors des fractures, luxations et ruptures tendineuses caractérisées par un traumatisme bien défini, et leurs séquelles (bien compréhensibles), la majorité des douleurs antérieures du genou apparaissent schématiquement dans deux contextes distincts :
- soit il existe une instabilité rotulienne objective, (dont la preuve peut être apportée par lImagerie),
- soit une telle instabilité nest pas objectivée.
Dans ce deuxième cas, notre tendance " traditionnelle " consiste à attribuer les symptômes à différents désordres spécifiques, tels quune chondropathie ou une plica para-rotulienne interne, par exemple.
En réalité, la signification des chondropathies rotuliennes non traumatiques, ou apparaissant après un choc direct sans lésion osseuse, évoluant sans instabilité objective de la rotule reste mal définie, et leur corrélation avec les douleurs antérieures du genou est loin dêtre établie.
Cest dans ce contexte relativement restrictif quil y a lieu de considérer la place de larthroscopie dans le diagnostic et dans le traitement de la pathologie fémoro-patellaire.
1 - CONCERNANT LEVALUATION DE LA PATHOLOGIE FEMORO-PATELLAIRE
La recherche dune instabilité objective de la rotule (à distinguer de linstabilité subjective que peut éprouver le patient) nappartient pas à larthroscopie, mais :
- dune part à lanamnèse, et à lexamen clinique, dont on ne peut assez souligner limportance, et
- dautre part à un bilan radiologique simple mais rigoureux comportant un examen de base, et des clichés complémentaires éventuels.
Lexamen radiologique de base.
En plus du cliché comparatif de face des genoux en position debout, il comporte :
- au minimum une vue axiale obtenue entre 30 et 45° de flexion, quadriceps décontractés
- une vue de profil strict, de préférence en faible flexion (20 à 30°).
Cet examen de base objective :
- une partie des malpositions rotuliennes
- les facteurs morphologiques dinstabilité de la rotule : patella alta, insuffisance de creusement de la trochlée fémorale.
- la plupart des arthroses évoluées
- certains signes indirects de chondropathie ouverte : géodes sous chondrales
- certains signes ou facteurs dhyperpression : saillie excessive de la trochlée fémorale,
Dans la recherche spécifique dune instabilité rotulienne, ce bilan radiologique de base doit être complété par :
- une vue axiale de larticulation fémoro-patellaire en tout début de flexion, cest-à-dire aux alentours de 30°.
Il faut malheureusement constater que la majorité des défilés fémoro-patellaires obtenus en routine sont réalisés bien en delà de 30° de flexion, cest-à-dire vers 45° au moins. Ils méconnaissent par conséquent la sub-luxation externe transitoire de la rotule, qui se manifeste dans les premiers degrés de flexion, pour se réduire ensuite.
Comme ces vues axiales fournissent une projection différente du massif trochléocondylien, il importe de vérifier soigneusement si la projection obtenue correspond à celle de la trochlée fémorale dont la berge interne plus courte présente un rebord antérieur aigu.
Un profil en extension, tangentiel aux berges trochléennes. Il objective à la fois la dysplasie trochléenne (signe du croisement) qui accompagne la majorité des instabilités rotuliennes, et la bascule externe de la rotule, invariablement présente en cas de sub-luxation externe significative.
Une vue axiale à 30°/rotation externe, de préférence unilatérale, particulièrement utile en cas de laxité.
Ces examens radiologiques simples sont à la fois nécessaires et suffisants pour objectiver une instabilité rotulienne, et ni le scanner, ni lI.R.M., ni larthroscopie nont dindication dans ce domaine.
En revanche, lorsquune indication opératoire est posée, la réalisation dun scanner est utile pour mesurer la distance TA-GT, (distance tubérosité tibiale antérieure - gorge trochléenne), la bascule rotulienne en extension, ou le degré de torsion des membres inférieurs.
En labsence dinstabilité rotulienne objective :
Lexistence dune chondropathie rotulienne ou trochléenne ouverte, (fissuraire ou ulcéreuse) peut être démontrée par différentes modalités dImagerie qui, par ordre de performance décroissante sont larthro-scanner, larthrographie et lIRM. Cette dernière est actuellement moins efficace pour lanalyse du cartilage que pour celle des ménisques.
Lidentification des chondropathies débutantes, fermées, au stade oedémateux reste actuellement du ressort de larthroscopie, mais il ny a guère de consensus sur lutilité de cette démarche.
Lexistence dune plica para-rotulienne interne, présente dans 25 % environ des genoux, mais dont seule une sur dix est symptomatique peut être démontrée par larthro-scanner ou lIRM. Cest cependant lexamen clinique et arthroscopique qui est le plus à même de confirmer le caractère pathologique dune plica, et dorienter son traitement arthroscopique.
Dautres pathologies para-rotuliennes telles que bursites pré-rotuliennes ou tendinopathies sous-rotuliennes peuvent être mises en évidence, soit par échographie, soit par IRM. De ces deux méthodes, léchographie offre lintérêt dun coût sensiblement moindre mais est particulièrement opérateur-dépendant. A noter enfin que cette méthode peut être utilisée pour évaluer la profondeur de la trochlée fémorale.
Le diagnostic darthrose fémoro-patellaire est par contre du ressort de la radiographie conventionnelle et ne justifie pas de recours à larthroscopie. Les chondrolyses sévères du compartiment fémoro-patellaire interne sont mieux démontrées par une vue axiale en charge.
2 - PLACE DE LARTHROSCOPIE DANS LE TRAITEMENT DE LA PATHOLOGIE FEMORO-PATELLAIRE.
Il faut distinguer comme pour le diagnostic les problèmes posés par linstabilité rotulienne objective, et les autres causes de troubles pathologiques.
Linstabilité rotulienne objective est due à certains défauts anatomiques et la correction de ces défauts lorsquelle est nécessaire repose sur des techniques chirurgicales où larthroscopie na pas de place. (Patella alta, T.A.G.T. excessive, trochlée plate).
Larthroscopie a été proposée pour réaliser la section de laileron externe. La rétraction de cet aileron a été en effet évoquée comme étiologie dune instabilité ou dun syndrome dhyperpression externe. Lhypothèse pathogénique et les résultats de cette technique sont encore lobjet de discussions et des études complémentaires sont donc nécessaires. Il faut rappeler que cette technique est à lorigine dhémarthroses fréquentes (entre 5 et 10 %). Ceci explique que certains auteurs aient renoncé à cette technique par arthroscopie et soient revenus à une section de laileron externe à ciel ouvert.
En dehors de linstabilité, la cause des syndromes rotuliens douloureux est très mal connue. En labsence danomalie des structures, on invoque souvent la responsabilité du cartilage. Hors, pour une même symptomatologie, il peut y avoir des cartilages normaux et à linverse des lésions cartilagineuses plus ou moins importantes. Par ailleurs au cours de méniscectomies par exemple, de nombreux auteurs ont noté des lésions cartilagineuses très fréquentes et variées sans symptomatologie (doù lambiguïté des termes de chondromalacie, chondropathie, ce qui justifie le terme anglo-saxon de " douleur antérieure du genou " pour décrire ce syndrome).
En outre, les données de la littérature montrent que dans la majorité des cas lévolution est favorable, spontanément ou après traitement médical, en particulier chez les adolescents et les adultes jeunes.
Les gestes thérapeutiques chirurgicaux directs sur le cartilage sont diversement appréciés dans la littérature. Lexploitation scientifique des publications est impossible. la méthodologie est trop hétérogène, sur le plan du choix du patient, de la description de la lésion, du choix des méthodes et du suivi des malades.
Seule lexistence dun clapet cartilagineux isolé semble réagir favorablement à la résection sous arthroscopie. Dès que les lésions cartilagineuses sont étendues, les gestes de régularisation sont très discutés dans leurs résultats, pouvant même, pour certains auteurs, être sources daggravation.
Des études ultérieures seront donc nécessaires pour comprendre ces lésions et pour évaluer lefficacité et les indications de ces gestes directs.
La résection dune plica pathologique est une indication de larthroscopie, mais il faut prouver quelle est à lorigine des troubles (douleur interne, claquement, plica épaisse venant en conflit avec la trochlée). Le pourcentage de plicae constaté est de 25 % environ mais les plica pathologiques ne semblent pas dépasser 2,4 %.
En conclusion, la pathologie fémoro-patellaire comporte un domaine ou les attitudes diagnostiques et thérapeutiques sont consensuelles : celui de linstabilité objective de la rotule, mais larthroscopie ny a aucune place.
En dehors de ce cadre, nos connaissances sont très limitées : la référence aux lésions cartilagineuses pour expliquer tous les symptômes sappuie sur des données insuffisantes. Des travaux ultérieurs devront donc préciser létiopathogénie et le traitement de ces lésions.
En attendant, larthroscopie na ici quun rôle très limité, surtout sur ladolescent et les adultes jeunes.
4ème question :
QUELLE EST LA PLACE DE LARTHROSCOPIE DANS LES LESIONS CARTILAGINEUSES NON TRAUMATIQUES DES SURFACES ARTICULAIRES ?
1) Diagnostic des lésions non traumatiques du cartilage devant un genou douloureux.
- Si les radiographies standard faites dans les conditions requises (debout et en schuss) montrent au minimum le pincement dun interligne, le recours à des examens dimagerie complémentaire ou à larthroscopie nest pas nécessaire pour affirmer lexistence dune lésion cartilagineuse.
- Si les radiographies standard sont normales, des examens complémentaires sont licites (scintigraphie, arthrographie couplée ou non au scanner, IRM).
Lordre et lintérêt de ces examens dépend de lanamnèse, de lexamen clinique et de lâge des patients.
- Avant 50 ans, où les dérangements internes sont les plus fréquents, le recours à larthrographie, lIRM et éventuellement larthroscopie est justifié (FIFE et coll.).
- Après 50 ans, si les radiographies standard répétées à un mois dintervalle et comparées aux précédentes sont toujours normales, lIRM et/ou la scintigraphie recherchent une ostéonécrose, une algodystrophie.
Dans la situation où le genou douloureux reste " mystérieux ", la douleur pouvant être due à des causes diverses dont certaines curables, il est justifié de proposer une arthroscopie. Les lésions cartilagineuses évoluées (stade 3 ou 4) sur des genoux radiologiquement normaux (faux négatif de la radiographie standard) sont de 29 % pour Fife et Coll. et de 9/33 pour Ayral et coll. Larthroscopie peut révéler des lésions cartilagineuses superficielles ou plus profondes.
Bien que la corrélation entre ces lésions et les doléances du patient ne soient pas clairement établi, ces lésions cartilagineuses permettent dorienter le traitement médical.
2) Place de larthroscopie dans le traitement des lésions cartilagineuses non traumatique du genou :
Trois modalités thérapeutiques ont fait lobjet détudes comparatives :
Un traitement médical, le lavage articulaire et le lavage articulaire associé au débridement ou " toilette articulaire " associant diversement méniscectomie, chondrectomie, ablation de corps étrangers, ostéophytectomie et synovectomie.
Merchan (43 p.16) trouve une différence en faveur du débridement associé au lavage par rapport au traitement médical.
Chang observe autant damélioration avec un simple lavage quaprès un débridement avec lavage. Cet effet favorable du lavage est décrit dans plusieurs études non comparatives.
Pour dautres modalités thérapeutiques (abrasion arthroplastique, perforations, chondrectomie), les études sont disparates tant dans leur méthodologie que dans leurs résultats ce qui ne permet pas de les recommander.
Des études comparatives prospectives randomisées, avec un suivi prolongé, utilisant :
a) un score validé des lésions cartilagineuses (Ayral 55 p. 26),
b) une standardisation des modalités thérapeutiques,
sont nécessaires pour situer la place de larthroscopie dans le traitement des lésions cartilagineuses non traumatiques et évaluer lefficacité des médicaments chondroprotecteurs..
5ème Question :
QUELLE EST LA PLACE DE LARTHROSCOPIE DANS LES TRAUMATISMES RECENTS DU GENOU ?
Nous entendons par genou traumatique récent, un tableau clinique qui succède à un traumatisme précis datant de moins de 15 jours
Nous excluons les traumatismes graves, osseux ou ligamentaires complexes qui, du fait du contexte, sont immédiatement adressés dans un service durgences chirurgicales. Nous excluons également les traumatismes bénins et les banales contusions du genou.
Nous nous intéresserons uniquement aux traumatismes du genou où le diagnostic lésionnel est plus difficile à établir, notamment pour lomnipraticien qui est, en règle, appelé le premier en consultation.
Les arthroscopies diagnostiques ont permis dans les années passées de montrer que dans près de 2/3 des cas, lhémarthrose signait une rupture du LCA complète ou partielle; dans un tiers des cas, elle est le témoin dune luxation de rotule, souvent accompagnée dune fracture ostéochondrale du versant interne de la rotule ou du condyle externe; plus rarement, il sagit dune rupture ou dun arrachement du ligament croisé postérieur, dune fracture ostéochondrale, dune lésion capsulo-méniscale. Largument de fréquence conduit à rechercher en premier lieu une lésion du LCA ou une luxation de rotule.
Le traumatisme est souvent un accident de sport : ski, football, handball, sport de combat, etc...Ce peut également être un accident domestique ou un accident de travail. Le mécanisme déclenchant est une torsion du genou, pied fixé au sol, genou légèrement fléchi; il peut aussi sagir de la réception dun saut ou dune impulsion brusque. Un choc direct sur une des faces latérales du genou est plus rarement en cause. Au cours de cet accident, le sujet peut percevoir un craquement ou avoir une sensation de déboîtement articulaire. Cette chute peut entraîner des douleurs souvent vives, mais passagères, une difficulté à reprendre lappui, une sensation dinsécurité à la marche. Toutefois, dans bien des cas, la marche peut être reprise, et parfois même lactivité sportive en cours. - mais au bout de quelques heures, les douleurs, le gonflement articulaire, la limitation damplitude des mouvements conduisent à une consultation médicale auprès du médecin traitant, dans un service durgence ou dans un centre spécialisé.
Cest dans ce contexte de gros genou traumatique récent que la conduite à tenir doit être précisée. Elle doit être fondée sur un examen clinique très précis et sur un bilan radiographique simple. Elle doit être complétée, dans certains cas, par la ponction du genou.
Linterrogatoire est un temps très important. Il précise le mécanisme traumatique, les symptômes initiaux, lévolution dans les minutes qui ont suivi laccident. Un craquement survenant pendant le mouvement de torsion du genou évoque une rupture du ligament croisé antérieur. Une impression de déboîtement du genou a la même valeur.
Dans ce contexte, limportant aussi bien pour le spécialiste que pour lomnipraticien est de rechercher quelques signes cliniques qui ont une grande valeur sur létat de larticulation :
- un épanchement signe une lésion intra-articulaire.
- de même quun flessum irréductible témoigne dune lésion méniscale ou dun LCA en battant de cloche.
- une laxité latérale avec vive douleur lors de la mise en tension des ligaments périphériques témoigne dune atteinte du LLI pour la manoeuvre en valgus et de celle du LLE pour le test en varus.
- une laxité antérieure, le genou à 20 ° de flexion, oriente vers une rupture du LCA (signe de Lachman).
La radiographie est indispensable et comporte une face, un profil et une vue axiale. Elle permet de faire de nombreux diagnostics :
- - fracture de rotule (fracture verticale visible uniquement sur la vue axiale),
- - fracture épiphysaire en particulier du plateau tibial externe,
- - fracture arrachement de SEGOND, de la tête du péroné, témoin dune lésion associée dun ligament croisé antérieur,
- - fracture de lépine tibiale antérieure (arrachement du LCA),
- - fracture rétro-spinale (arrachement du LCP),
- - luxation de rotule avec :
. des signes directs : fracture ostéochondrale du versant interne de la rotule ou de la face antérieure du condyle externe, subluxation de la rotule sur la vue axiale. . et de signes indirects avec lexistence dune dysplasie fémoro-patellaire importante sur la vue de profil (signe de croisement).
Dans tous ces cas larthroscopie na aucun rôle diagnostique.
La ponction de lépanchement intra-articulaire est un geste important. Elle permet den définir la nature exacte : hydarthrose, hydrohémarthrose, hémarthrose, lipo-hémarthrose dont la signification doit être connue de tout praticien : spécialiste ou généraliste. Lhydarthrose et/ou lhydrohémarthrose se voient dans des lésions capsulo-ligamentaires périphériques isolées ou dans les lésions méniscales. Lhémarthrose signe plutôt une rupture de ligament croisé ou une luxation de rotule et la lipo-hémarthrose oriente vers une fracture ostéochondrale.
Lexamen clinique attentif et un bilan radiographique simple permettent de définir la cause de lhémarthrose dans la très grande majorité des cas. La réalisation dune arthroscopie diagnostique nest donc plus nécessaire en cas dhémarthrose. Lexpérience conduit même à la déconseiller car cest dans ce contexte traumatique quelle présente le plus dinconvénients :
- - risque thromboembolique, aggravé par lutilisation du garrot,
- - risque daggravation des lésions capsulo-ligamentaires latérales, lié au fait que lexploration arthroscopique du genou nécessite la mise en valgus et en varus forcés de larticulation,
- - risque de compression des tissus extra-articulaires pouvant aller jusquà un syndrome de loges du fait des fuites du liquide de lavage en dehors de larticulation,
- - majoration du risque dalgodystrophie réflexe post-traumatique.
La place de larthroscopie diagnostique dans le cadre de lurgence traumatologique se voit donc réduite à quelques cas particuliers, réellement exceptionnels, liés à la personnalité des blessés.
En revanche, la place de larthroscopie thérapeutique dans le cadre dun traumatisme récent existe mais dans des cas particuliers uniquement :
- La seule indication indiscutable est la constatation, après ponction évacuatrice, de la persistance dun flexum irréductible pouvant évoquer soit une anse de seau méniscale luxée, soit une fracture ostéo-cartilagineuse bloquée dans léchancrure, soit une gêne entraînée par une rupture du croisé antérieur en battant de cloche.
- dans la suture simple du LCA, les études statistiques ont montré que quel que soit le niveau de la lésion : au plancher, au milieu, au plafond, le taux déchecs était très élevé (30 à 40 %); alors que les plasties avaient un taux déchecs beaucoup plus bas (4 à 10 %).
La suture simple du ligament croisé antérieur a donc été abandonnée. Or, la réalisation dune suture immédiate était la seule justification de lintervention en urgence. Les plasties programmées (à partir de la 2ème ou 3ème semaines pour les sportifs) ont en revanche, pour la grande majorité des chirurgiens, des avantages certains :
. indication opératoire en fonction de la gêne réelle, . respect des cursus scolaires et universitaires ou des activités professionnelles,
Larthroscopie avait lavantage de montrer les ruptures partielles du LCA, mais là aussi, un consensus est dégagé pour ne pas proposer dans ces cas de gestes chirurgicaux immédiats.
- Dans la luxation traumatique de la rotule, quelques travaux font état de résultats dune suture sous arthroscopie de laileron interne associée ou non à une section de laileron externe; mais lhistoire naturelle de linstabilité rotulienne montre quil est fréquent de voir une première luxation apparemment guérie pendant plusieurs années. La crainte dune récidive, seule justification de lintervention en urgence, contraint à sinterroger sur la cause réelle de la luxation, qui, de toute façon, ne sera pas modifiée par les gestes arthroscopiques.
Pour toutes les autres lésions, en particulier méniscales, lindication opératoire na aucune obligation durgence. Plusieurs travaux font même penser que lon peut voir des cicatrisations spontanées de certaines lésions méniscales. Il est donc préférable de revoir à distance le patient pour poser à froid lindication thérapeutique.
CONCLUSION :
Si, dans le passé, larthroscopie réalisée en urgence a permis de faire le bilan étiologique des genoux traumatiques récents, la place quelle occupe actuellement dans ce contexte est devenue réduite.
. Sur le plan du diagnostic lésionnel : une évaluation fondée sur les données de linterrogatoire et de lexamen clinique, un bilan radiographique orienté, permettent un diagnostic lésionnel dans limmense majorité des cas. Sauf cas exceptionnel larthroscopie diagnostique na donc pratiquement plus aucune justification.
. Sur le plan thérapeutique : le traitement arthroscopique en urgence dune lésion traumatique du genou est rarement nécessaire. Bien souvent, au contraire, la chirurgie différée ou un traitement non opératoire permettent des suites plus simples et un résultat fonctionnel meilleur.
QUELLE EST LA PLACE DE LARTHROSCOPIE DANS LA PATHOLOGIE SYNOVIALE DU GENOU
I - Intérêt diagnostique
Les monoarthropathies subaiguës ou chroniques dont létiologie na pas été reconnue par :
- létude clinique ou biologique dans les arthrites inflammatoires (monoarthrites " nues ") - lIRM dans les synovites villo nodulaires ou les tumeurs synoviales
- larthro-scanner dans la chondromatose
ont toujours été lindication à létude histologique et bactériologique de la synoviale.
Les prélèvements de la synoviale, autrefois chirurgicaux, se font actuellement par biopsie au trocart.
Quand ces examens nont pas conduit à un diagnostic (Kurosaka), larthroscopie, explorant lensemble de la cavité articulaire et permettant des biopsies dirigées sur des lésions focales, augmente les performances des examens anatomopathologiques et bactériologiques, et découvre parfois une lésion insoupçonnée (exemple : tuberculose).
II - Intérêt thérapeutique
a) La synovectomie arthroscopique :
Développée dabord dans les arthropathies hémophiliques, elle a été étendue aux synovites rhumatoïdes. Onze publications non randomisées, donnent des résultats comparables :
- effet symptomatique rapide, prolongé 2 à 4 ans :
- faible morbidité.
- mais dégradation progressive des résultats à 10 ans.
La synovectomie arthroscopique est donc un progrès indéniable par rapport à la synovectomie par arthrotomie.
Les résultats à court et moyen terme sont au moins équivalents à ceux des synoviorthèses à lacide osmique ou par des isotopes radioactifs. Le praticien a donc en première intention le choix entre synovectomie arthroscopique et synoviorthèse, tant que des études prospectives comparatives nauront pas été publiées. Ces 2 méthodes thérapeutiques peuvent éventuellement être utilisées en complément lune de lautre.
Dans la synovite villo nodulaire, la synovectomie arthroscopique constitue le traitement de première intention.
Dans la chondromatose synoviale le geste fondamental est lablation des corps étrangers, la synovectomie partielle associée dépendra du stade évolutif..
b) Le débridement synovial associé au lavage dans les arthrites septiques résistant au traitement médical a fait lobjet de plusieurs travaux montrant son intérêt (Boyer) aussi bien pour raccourcir les délais de guérison que pour limiter les séquelles fonctionnelles.