H.Dorfmann* , Ph.Chiron** , F.Kelberine***
SYNOVIALE (H. Dorfmann)
Normalement la synoviale est lisse, parcourue par quelques vaisseaux réguliers, visibles par transparence, il y a peu ou pas de villosités .A la face inférieure du col, le repli pectinéo fovéal constitue un repère important. La réflexion au dessus du bourrelet est la zone qui présente le plus de villosités même si elles sont, comme nous l'avons dit, assez rares. Dans la synovite mécanique, l'hyperhémie est volontiers marquée avec une apparition de villosités plus ou moins volumineuses, plus ou moins nombreuses gardant cependant l'aspect usuel des villosités synoviales mais plus hypertrophiques, plus arrondies et surtout très hyper vascularisées. Cet aspect est un peu différent de celui du genou où l'hyperhémie est souvent moins marquée et où ce qui domine, c'est plutôt la perte de transparence de ces villosités qui se retrouve ici aussi. Cette synovite peut être suffisamment importante pour géner la vision mais la valeur de la biopsie fait que même avec une vision incomplète l'arthroscopie rend alors un important service pour le diagnostic.
Pour pouvoir donner une orientation sur l'aspect macroscopique, il est indiscutable qu'il faut établir pour la hanche ses propres références et non pas partir de la mémoire visuelle que l'on a des synovites mécaniques du genou, ceci aboutirait forcément à une surcotation et une tendance à classer comme inflammatoire un certain nombre de synovites mécaniques. Nous sommes souvent tombés dans ce piège au début de notre expérience mais j'ai souligné l'importance de la biopsie.
Dans les synovites inflammatoires, l'hypertrophie synoviale est caricaturale réalisant de volumineuses villosités en massue serrées occupant l'essentiel de la cavité, barrant la vision même du bourrelet, de l'interligne ou du cartilage qui n'apparaissent que par à coup lors de la mobilisation de la hanche ou l'utilisation d'une hyperpression liquidienne.
Certaines synovites infectieuses torpides peuvent être envisagées sur un mélange d'aspect nécrotique et hyperhémique mais là, comme dans les cas précédents, la biopsie est l'élément déterminant permettant à la fois une étude anatomopathologique et bactériologique.
Certains aspects synoviaux sont immédiatement et macroscopiquement caractéristiques, qu'il s'agisse de la synovite villo nodulaire réalisant surtout des aspects villeux envahissant toute la cavité et pouvant diffuser dans la bourse du psoas. Ce diagnostic a été posé 9 fois dans notre série de 287 cas d'arthroscopie de hanche et nous n'avons rencontré aucune forme nodulaire.
La chondromatose synoviale est elle aussi en régle reconnue macroscopiquement bien qu'elle revête des aspects très polymorphes, tantôt on se trouve en présence d'amas de petits chondromes riziformes complètement libres, parfois il s'agit d'un agrégat de grains réalisant une semoule mal cuite, tantôt il s'agit de chondromes réunis en amas fermes réalisant des corps étrangers plus homogènes voir durs. La synoviale elle-même est, le plus souvent dans notre expérience, déjà normale et nous ne retrouvons que ces corps étrangers libres. Dans de rares cas, nous avons pû trouver, comme dans le genou, des chondromes pédiculés au sommet de villosités ou des chondromes sessiles inclus dans la synoviale et complètement adhérentes. Parfois, ces aspects peuvent se cumuler chez le même malade.
Le dernier point très important dans cette chondromatose est de connaître sa diffusion soit à la seule synoviale périphérique, soit à l'arrière-fond sur la tente du ligament rond. Cette question renvoie au problème de la technique. Dans notre expérience l'atteinte de l'arrière fond est loin d'être constante et la majorité des corps étrangers libres se retrouvent dans le cul-de-sac inférieur où ils sont facilement accessible par notre technique d'approche antéro-latérale sans traction.
LES CORPS ETRANGERS (F.Kelberine)
Les corps étrangers représentent une des indications de choix de l'arthroscopie de hanche.
L'absence de luxation habituellement nécessaire à leur extraction supprime le risque de nécrose et l'absence de myotomie et d'arthrotomie simplifie les suites opératoires.
1) Etiologie
* Les corps étrangers endogènes sont les plus fréquents.
La hanche est le troisième site préférentiel de la chondromatose après le genou et le coude. Le nombre des ostéochondromes est variable et en général inversement proportionnel à leur taille. Leur siège est indifféremment la zone cervicale ou cartilagineuse. Enfin, ils peuvent s'agglomérer entre eux pour former une masse unique ou s'accoler aux surfaces cartilagineuses donnant un aspect de gâteau de rizécrasé. Le génie évolutif et le risque de récidive de cette maladie synoviale sont imprévisibles.
Les fractures ostéochondrales ou chondrales de la tête fémorale ou du cotyle peuvent aussi siéger dans l'arrière fond (après luxation de hanche par exemple) ou dans la zone cervicale (fracture en flexion forcée).
Les corps étrangers dégénératifs peuvent être cartilagineux provenant d'une arthrose débutante, d'une nécrose ou d'une chondromalacie. Ils peuvent aussi être fibreux provenant du bourrelet et restant parfois pédiculé (hanche dysplasique, microtraumatismes repétés).
* Les corps étrangers exogènes sont plus rares.
La littérature rapporte l'exérèse arthroscopique de fragment de ciment libre après prothèse totale, de balles intraarticulaires ou de matériel chirurgical fracturé.
2) Bilan pré-opératoire
L'exérèse des corps étrangers intraarticulaires n'est à envisager qu'en cas de gêne fonctionnelle ou de risque évolutif péjoratif.
* La gêne fonctionnelle peut être très modeste pour les C.E. siégeant dans la zone cervicale, avec parfois dans certaines chondromatoses des lyses pseudotumorales du col fémoral par frottement. L'existence de blocages fugaces labiles fait évoquer le passage de souris dans la zone articulaire. Enfin, certains corps étrangers se révèlent par une raideur douloureuse de hanche.
* Les examens complémentaires permettront d'apprécier leur siège, leur nombre et leur taille, ce qui orientera le geste thérapeutique. Actuellement, après un bilan standard, l'arthroscanner semble être l'examen le plus fiable.
3) L'arthroscopie
Sans revenir sur les voies d'abord et la technique proprement dite, certains points de détail méritent d'être soulignés.
* En cas de fragments siégeant uniquement dans la zone cervicale, la distraction doit être évitée pour ne pas égarer un morceau dans la zone articulaire.
* Le repérage du corps étranger peut être difficile :
. caché dans une zone aveugle : les jeux de pression en faisant varier l'arrivée de sérum essaiera de le ramener au secteur de préhension,
. accolé (en particulier dans les fractures ostéochondrales) : il nécessitera un débridement du tissu fibreux pour le libérer,
. trop volumineux, il peut masquer la vision : après confirmation qu'il s'agit du corps étranger par mobilisation, un espace sera fait progressivement par "grignotage" pour élargir le champ de vision.
* Une canule de gros calibre est indispensable pour ne pas égarer le corps étranger dans le panicule musculaire.
* Pour les fragments volumineux, un morcellement est nécessaire soit à l'aide du matériel motorisé, soit à l'aide de pinces basket.
* Enfin, dans tous les cas, un système d'aspiration est indispensable qui permet en cours et en fin d'intervention un rinçage abondant et la récupération des corps libres. En faisant varier le flux d'arrivée de sérum, les zones aveugles peuvent être nettoyées.
CONCLUSION
L'ablation arthroscopique de corps étrangers de hanche peut être aisée ou très fastidieuse. Cependant, les avantages qu'elle amène sont tels qu'elle doit être être envisagée de principe comme méthode thérapeutique préférentielle.
LE SYNDROME DU BOURRELET DE LA HANCHE (Ph. Chiron)
Un certain nombre de cas de fissures, de ruptures ou d'interpositions intra-articulaires du bourrelet cotyloïdien ont été rapportés depuis une dizaine d'années. La pathogénie de ces ruptures du bourrelet dans l'arthrose reste discutée ; il semble cependant actuellement admis que ce type de lésions est plus fréquent lorsqu'il existe une dysplasie cotyloïdienne (5, 9) et qu'elles sont alors à l'origine d'une décompensation clinique et éventuellement d'un mauvais résultat d'ostéotomie d'agrandissement du cotyle (17) ; HARRIS et ALTENBERG (12, 1) accusent le bourrelet d'être la cause déclenchante d'arthrose sur hanche sans anomalie architecturale avec cartilage sain ; d'autres enfin pensent que les lésions du bourrelet sont secondaires aux lésions cartilagineuses. Il est décrit enfin une pathologie du bourrelet après luxation postérieure de hanche à type d'incarcération ou même de luxation récidivante de la hanche (19)
Il est fort probable que la fréquence des lésions du bourrelet ait été fortement sous-estimée. En effet, devant une hanche douloureuse, au début, le diagnostic de rupture du bourrelet n'est pas toujours évoqué et les examens complémentaires, arthrographie, arthroscanner et I.R.M. ne mettent pas toujours en évidence la lésion. Un examen endoscopique de toute hanche douloureuse "qui ne fait pas sa preuve" retrouve relativement fréquemment une rupture du bourrelet isolée ou associée à une lésion cartilagineuse localisée de la tête. Sur 7 cas de rupture du bourrelet, rapportés par NISHINA (17), 1 seul avait pu être
diagnostiqué avant l'arthroscopie grâce à l'arthrographie; dans notre série de 56 arthroscopies de la hanche, nous retrouvons 12 cas de fissure ou de rupture du bourrelet dont un seul avait été diagnostiqué avant l'endoscopie.
Qu'il existe une dysplasie cotyloïdienne ou non, il semble que la résection chirurgicale du bourrelet permette seule de redonner l'indolence. Ce geste peuvent être réalisés à minima sous arthroscopie.
1) Anatomie du bourrelet
Le bourrelet est un anneau fibreux qui s'enroule au pourtour de la cavité cotyloïdienne qu'il agrandit ( 2 ). Il a une forme triangulaire dont la base adhère de manière irrégulière au sourcil cotyloïdien. Il s'appuie par sa face externe sur la capsule articulaire dont il est séparé par la synoviale.
Sa face interne articulaire prolonge en dehors le cartilage articulaire cotyloïdien et épouse la forme du plus grand rayon de la tête fémorale. Son élasticité lui permet de se déformer. Son épaisseur et sa largeur est variable entre individu et sur une même hanche en fonction de sa localisation sur le pourtour cotyloïdien.
Une étude arthrographique du bourrelet cotyloïdien sur 121 cas réalisée par CHEVROT (5) permet d'analyser l'angle formé par le bord externe du sourcil cotyloïdien, le centre de la tête fémorale du bord externe du bourrelet ou angle ECB. Cet angle ajouté à celui formé par la verticale passant par le centre de la tête fémorale et le bord externe du sourcil cotyloïdien ou angle VCE forme l'angle VCB de couverture réelle de la tête fémorale. L'angle ECB est très variable avec une moyenne à 16° et des valeurs extrêmes de 6° et 32°. En moyenne l'angle ECB représente 1/3 de l'angle VCB. Cet angle VCB est relativement constant, aux alentours de 45°, la taille du bourrelet variant inversement en fonction de celle de la couverture cartilagineuse. Ainsi lorsqu'il existe une dysplasie de hanche, le bourrelet est souvent de grande taille selon un phénomène de compensation.
Bien qu'aucune démonstration n'ait été rapportée, l'on peut imaginer que le bourrelet a pour rôle d'augmenter la couverture de la tête fémorale, de favoriser la stabilité de l'articulation, par un effet de ventouse d'améliorer la lubrification, de transformer les phénomènes de roulement en glissement par un effet de cale. Le cotyle ayant une forme ogivale, les zones de pression varient lors de la marche ; dans ce mécanisme le bourrelet a certainement une action d'harmonisation et d'amortissement.
A l'inverse des ménisques du genou, le bourrelet cotyloïdien est vascularisé et s'insère directement sur l'os. Il subit par là des phénomènes de cisaillement lors de contraintes extrêmes en rotation ou de phénomènes de latéralisation.
2) Le syndrome du bourrelet
Les séries sont particulièrement courtes et les données recueillies disparates. Cependant, l'analyse de 64 cas rapportés par 10 auteurs (1, 8, 11, 12, 13, 14, 15, 17, 21, 22) et de notre série de 12 cas permet de mettre en évidence un certain nombre de facteurs communs.
* Mécanisme
. Lorsqu'il existe une dysplasie cotyloïdienne, la tendance à la latéralisation de la hanche associée à l'hyperpression externe sollicite anormalement un bourrelet qui est souvent hypertrophié. La rupture du bourrelet peut se produire spontanément, soit tout simplement lors de la marche.
. Lorsqu'il n'existe pas d'anomalie structurale, la rupture peut être occasionnée par une contrainte excessive en rotation, lors d'un coup de pied par exemple.
* Clinique
Dans la forme aiguë, le patient présente une douleur violente inguinale ou trochantérienne de type mécanique associée éventuellement à une sensation de ressaut ou même à un blocage de hanche en flexion. L'examen met en évidence une douleur provoquée lors d'une manoeuvre de flexion à 90°, rotation interne de hanche, compression dans l'axe du fémur.
Avant d'évoquer une rupture du bourrelet, il convient d'éliminer d'autres pathologies plus fréquentes extra-articulaires (tendinite, bursite, nerveuse) ou intra-articulaire (corps étranger intra-articulaire, interposition du ligament rond).
La plupart du temps, les malades consultent tardivement, plusieurs mois ou plusieurs années après le début du syndrome douloureux qui évolue sur un mode subaigu.
* Moyens d'investigation
. Les radiographies
Les radiographies standard sont dans la plupart des cas normales. Cependant, le diagnostic peut être évoqué devant l'existence d'une dysplasie cotyloïdienne, d'ostéophytes en collerette sans pincement de l'interligne articulaire, de calcifications dans la région du bourrelet. Les calcifications du bourrelet pourraient être le témoin de sa dégénérescence. Celles-ci peuvent siéger dans le bourrelet lui-même ou dans la capsule à sa face externe. Bien entendu, la présence de calcifications du bourrelet doit faire tout d'abord éliminer une chondro-calcinose, une hyperostose ou éventuellement chez l'adulte la persistance d'un os acétabulaire. L'examen de la symphyse pubienne et du rachis lombaire peut aider à orienter le diagnostic. Enfin, dans les cas exceptionnels d'interposition du bourrelet dans l'interligne articulaire, un élargissement de l'interligne peut être observé.
. L'arthographie
L'arthrographie de la hanche est à priori l'élément clef du diagnostic. Cependant, cet examen n'est pas toujours facilement interprétable; il existe un nombre important de faux positifs et de faux négatifs. Seules les ruptures externes au niveau du toit sont bien visibles.
L'arthrographie normale du bourrelet met en évidence des bourrelets de taille très différente pouvant aller de quelques millimètres à plusieurs centimètres. Il existe bien souvent un espace physiologique entre l'os et le bourrelet côté articulaire qui peut être confondu avec une fissure. Enfin, la mobilité du bourrelet doit être appréciée sur des clichés en adduction et en abduction.
Sur le plan pathologique, il est ainsi possible de distinguer de simples ulcérations, des fissures plus ou moins complexes, des ruptures complètes du bourrelet avec ou sans arrachement osseux du sourcil et exceptionnellement une interposition intra-articulaire.
L'existence d'un kyste du muscle ilio-psoas peut faire évoquer une pathologie du bourrelet avec phénomène de clapet lorsqu'il existe une communication intra-articulaire.
L'analyse de la pathogénie du syndrome du bourrelet par l'intermédiaire des arthrographies reste difficile. En effet, la rupture du bourrelet reste souvent de découverte fortuite à l'occasion d'une arthrographie. Lorsqu'il existe des signes évocateurs d'une rupture du bourrelet, une arthrographie n'est pas toujours demandée. Enfin, l'arthrographie sous-estime l'existence des ruptures. Dans notre série de 12 ruptures de bourrelet, une seule avait été visualisée par l'arthrographie.
. L'arthroscanner
Actuellement l'arthroscanner est systématiquement réalisé après arthrographie complète de la hanche lorsque l'on suspecte une pathologie synoviale, des corps étrangers intra-articulaires ou un syndrome du bourrelet cotyloïdien. L'arthroscanner ne permet d'explorer que les segments antérieur et postérieur du bourrelet. En théorie, l'association d'une arthrographie qui explore le segment du toit et d'un arthroscanner devrait permettre d'explorer les principales zones de rupture. L'arthroscanner permet également d'apprécier le rôle pathologique de certaines calcifications du bourrelet. Il permet aussi d'apprécier la présence d'une communication par l'intermédiaire d'une rupture du bourrelet, d'un kyste synovial développé dans la gaine du psoas avec l'articulation.
. La résonance magnétique nucléaire
L'étude des lésions du bourrelet nécessitent un protocole d'examen particulier (antenne de surface). Les fissures et les ruptures sont difficiles à mettre en évidence par cette technique. Les kystes du bourrelet sont par contre bien individualisés. L'I.R.M. est un examen nouveau et il est possible que l'analyse des lésions du bourrelet s'affine avec le temps.
En synthèse, le syndrome du bourrelet existe et a été décrit par de nombreux auteurs. Qu'il s'agisse d'une hanche dysplasique ou normale, la rupture ou une fissure du bourrelet peut être à l'origine d'un syndrome douloureux de la hanche accompagné dans certains cas d'une sensation de ressaut. Ces douleurs résistent dans la plupart des cas à la simple mise en décharge. Le diagnostic peut être fait en associant une arthrographie de hanche à un arthroscanner. Cependant, la négativité des examens ne doit pas faire éliminer le diagnostic. La rupture du bourrelet comme facteur déclenchant de l'arthrose reste discutée. Le traitement est chirurgical, la simple mise en décharge prolongée ne suffit pas pour améliorer de manière durable le syndrôme douloureux.
3) Apport de l'arthroscopie pour le diagnostic et le traitement du syndrome du bourrelet cotyloïdien
Si la symptomatologie clinique évoque un syndrome du bourrelet, l'arthroscopie de hanche par sa voie d'abord minimale et ses suites opératoires simples est la solution thérapeutique la plus élégante. Dans la plupart des cas, l'arthroscopie est indiquée pour un syndrome douloureux non spécifique pour lequel toute les examens complémentaires modernes n'ont pas apporté de solution. Dans notre série le diagnostic de ces hanches douloureuses qui ne font pas leur preuve était 1 fois sur 5 un syndrome de bourrelet passé inaperçu à l'arthrographie ou à l'arthroscanner. Cette lésion du bourrelet étant isolée, nous pouvons penser qu'elle était à l'origine et non le témoin de la pathologie.
* Arthroscopie de hanche à visée diagnostique
La plupart des ruptures constatées arthroscopiquement étaient situées au pôle postéro-supérieur du cotyle. Exceptionnellement, cette rupture était antérieure. C'est pourquoi, une voie d'abord antéro-latérale ou latérale est la plus adaptée au diagnostic de ces lésions. Pour mieux visualiser l'ensemble du bourrelet, il semble que l'utilisation d'une double voie d'abord soit utile.
Lors de l'introduction de l'arthroscope, dans les formes aiguës comme dans les formes subaiguës, la vision est gênée par la présence d'un épanchement hématique constitué, interposé entre les surfaces articulaires. De nombreux corps étrangers cartilagineux
sont piégés dans la fibrine. Ce n'est qu'après un lavage abondant, si possible psous pression sinon par un nettoyage au shaver, que les surfaces articulaires deviennent visibles.
Le bourrelet peut être alors visualisé par sa face intra-articulaire en suivant le bord du sourcil cotyloïdien et par sa face extra-articulaire en retirant l'arthroscope au ras de la capsule. Pour notre part, nous avons toujours constaté en regard d'une rupture du bourrelet, une érosion cartilagineuse localisée de la même largeur. Cette constatation nous fait penser que la rupture du bourrelet a un rôle arthrogène par érosion mécanique du cartilage et création de corps étrangers. Le pronostic est conditionné à notre avis par l'état du cartilage de l'ensemble de la tête fémorale et du cotyle indépendamment de l'importance de l'érosion localisée en regard de la lésion du bourrelet.
* Arthroscopie de hanche à visée thérapeutique
Il est tout à fait possible comme dans la chirurgie des ménisques de réaliser une résection d'une rupture du bourrelet ou une régularisation au shaver d'une languette. Ce geste, lors d'une rupture latérale ou postéro-supérieure, est facilité par l'introduction de l'arthroscope par voie antéro-latérale et des instruments par voie proche de 1 ou 2 cm.
Dans tous les cas, l'action de lavage de l'hématome et des corps étrangers piégés ne peut être que bénéfique. Il est possible de réaliser des gestes associés de régularisation du cartilage ou de forage selon PRIDIE de l'os chondral mis à nu en regard du bourrelet. L'évolution dans notre série a été corrélée à l'état du cartilage. Lorsque le cartilage en zone portante à distance de la rupture paraissait sain, l'évolution après résection endoscopique a été favorable et de manière durable. Lorsqu'il existait une arthrose débutante, le geste endoscopique n'a pas stoppé son évolution (4 cas).
CONCLUSION
Comme dans toute pathologie, il est intéressant de traiter le syndrome du bourrelet au début. Une période d'attente pouvait être justifiée lorsque le diagnostic et le traitement ne pouvaient se faire qu'à l'aide d'une arthrotomie mais elle ne l'est plus maintenant que l'arthroscopie de hanche est devenue une technique possible et bientôt banale.
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H.Dorfmann*
Les indications de l'arthroscopie de hanche sont la conclusion d'une démarche diagnostique. La prescription d'une arthroscopie ne vient pas en première intention dans la démarche diagnostique d'une hanche douloureuse et/ou de l'origine d'une impotence paroxystique ou permanente.
Un examen clinique de la hanche est nécessaire, tentant d'éliminer en particulier ce qui n'appartient pas à l'articulation coxo-fémorale. A côté de douleurs projetées, il faut surtout insister sur la possibilité de lésions péri-articulaires souvent mal analysées. En dehors de la hanche à ressaut classique, il existe en effet une pathologie d'accrochage tendineux douloureux antérieur volontiers méconnu. Le test à la Xylocaine en intra-articulaire sous contrôle radiologique prôné depuis longtemps par Y. Desmarais paraît intéressant dans ces cas.
La radiographie standard doit être normale ou ne pas permettre le diagnostic pour justifier l'arthroscopie diagnostique. Le scanner est assez peu performant, sauf pour la recherche de corps étranger au fond du cotyle de façon isolée ou associée à une arthrographie. L'arthrographie pratiquée dans de bonnes conditions permet, outre la ponction de hanche avec éventuellement étude du liquide, de remarquer la présence d'une synovite. Elle est souvent trop imprécise pour trancher entre synovite villo-nodulaire et synovite inflammatoire. Elle sait reconnaître une chondromatose pure, avec cependant des risques de fausses images en cas de clichés imparfaits par mauvais remplissage. Pour la pathologie du bourrelet, elle peut certes reconnaître une rupture vraie, mais elle paraît, dans notre expérience, apporter un nombre de faux positifs non négligeable.
La scintigraphie peut avoir de l'intérêt, même si elle est volontiers non spécifique. La présence ou non d'une fixation, son caractère plus ou moins localisé peuvent permettre d'authentifier certains troubles.
La place de l'IRM reste mal définie et si des progrès sont à espérer, actuellement elle paraît plutôt moins performante que le scanner dans le cadre des pathologies pouvant mener à l'arthroscopie.
Les contre-indications sont rares, soit d'ordre général habituel, soit d'ordre local : obésité majeure, mauvais état cutané.
L'indication diagnostique majeure est devant une hanche mystérieuse aux termes des différents examens que nous venons d'envisager en particulier lorsqu'on hésite entre
coxarthrose et coxite et en demandant à l'arthroscopie de voir la synoviale, le cartilage, l'état du bourrelet et surtout de faire une biopsie sous contrôle visuel.
Devant des blocages, on demandera à l'arthroscopie de reconnaître une éventuelle pathologie du bourrelet, dont la suspicion clinique a souvent été renforcée par des explorations d'imagerie, sachant qu'il y a là pour le moment souvent une discordance entre l'examen par imagerie et l'arthroscopie. Ces blocages peuvent être aussi extra-articulaires, à reconnaître par la clinique, encore qu'en arthroscopie, dans un certain nombre de cas, il me semble que nous avons pu remarquer la saillie du tendon du psoas anormale et l'arthroscopie avait là un but à la fois de confirmation et d'élimination d'une autre cause éventuelle intra-articulaire. Ces blocages peuvent être aussi liés à des corps étrangers, rarement chondromatose, plus souvent corps étranger d'origine indéterminée ou lié à une ostéochondrite.
Nous avons actuellement 8 lésions isolées du bourrelet sur 287 arthroscopies de hanche.
L'arthroscopie commence à avoir des indications thérapeutiques, pour nous la chondromatose est une indication privilégiée. Les résultats sont naturellement fonction du type de chondromatose et de son siège, on en revient au problème du choix de l'installation et des voies en fonction de l'orientation.
Les anglo-saxons utilisent assez souvent l'émondage [2] en raison de douleurs sur des hanches dégénératives. Il est aussi proposé par Bowen [1] le traitement de certaines ostéochondrites disséquantes. La synovectomie au moins antérieure est possible de même que la résection de languette de bourrelet sous réserve, actuellement, d'une taille relativement modeste et de la possibilité d'un bon accès par l'instrumentation.