TECHNIQUE OPERATOIRE ARTHROSCOPIQUE KJ – DIDT
Philippe COLOMBET
Le temps arthroscopique de la reconstruction du ligament croisé antérieur (LCA) est semblable que l’on utilise le tendon rotulien ou les tendons de la patte d’oie. L’essentiel des règles à respecter sont communes à toutes les techniques et ne différent que par quelques détails souvent liés au système de fixation utilisé.
I
- L’INSTALLATION DU PATIENT :
deux grandes tendances se dégagent quel que soit le greffon
utilisé : d’une part la position jambe pendante en cassant
l’extrémité de la table (6), la cuisse étant
fixée par un appui latéral ou un étrier, d’autre
part, la table à plat avec le pied sur un appui en bout de table (10)
permettant la flexion et l’extension à volonté, la cuisse
étant maintenue par un appui latéral. Dans tous les cas il est
essentiel de conserver la possibilité de flexion au moins à
120° de manière à pouvoir placer le tunnel fémoral en
bonne position.
II
- LES PORTES D’ENTREE : Le
point d’entrée se fait à l’angle externe entre la
rotule et le tendon rotulien pour l’arthroscope à l’angle
interne du tendon rotulien et de la rotule pour l’instrumentation. Les
accès de perçage pour les différents tunnels se font le
plus souvent par l’incision qui permet le prélèvement du
greffon pour le tunnel tibial. Pour le tunnel fémoral lorsque
qu’il est borgne, il peut être percé soit par le tunnel
tibial soit par la porte d’entrée instrumentale. Pour certains, le
tunnel fémoral est percé de l’extérieur vers
l ‘intérieur par une courte incision externe pour les
utilisateurs du tendon rotulien comme pour les utilisateurs des tendons de la
patte d’oie.
III
LE TEMPS ARTHROSCOPIQUE : Il
commence toujours par un nettoyage de l’échancrure. Celui ci peut
se faire de diverses façons, à la curette et à la pince ou
comme cela est le plus fréquent à l’aide d’un shaver.
Certains opérateurs ne touchent pas à l’échancrure,
d’autres réalisent une plastie systématique d’élargissement
du toit de l’échancrure (4). Lorsque l’échancrure est
étroite ou remodelée tout le monde s’accord pour
réaliser un remodelage de l’échancrure.
L’important étant de bien visualiser la partie postérieure
du condyle externe et à ce titre, il faut souvent se méfier de la
présence d’un petit promontoire osseux qui en imposer pour la
partie postérieure du condyle et peut amener à creuser un tunnel
fémoral trop antérieur. Le bilan articulaire peut être
réalisé à ce moment là. Il est classique quelle que
soit la technique.
GENERALITE :
On peut utiliser une mèche canulée ou un compacteur à os
canulé, certains préconisent un perçage de diamètre
inférieur à la greffe puis une compaction osseuse à
l’aide d’un dilatateur (11). Le perçage est fait sur une
broche guide qui est introduite soit initialement à l’aide
d’un viseur ou à main levée soit après
perçage d’un pré trou de diamètre 4.5. Ce pré
trou présente l’avantage de ne pas être dévié
dans sa trajectoire
(à l’inverse des
broches qui sont plus flexibles) et de permettre un petit rattrapage pour affiner
les positions définitives de l’émergence articulaire du
tunnel.
DIAMETRE :
Il est fonction du diamètre de la greffe et varie de 6,5 mm à 11
ou 12 mm. Le diamètre est en moyenne plus gros pour les utilisateurs de
tendon rotulien que pour le DIDT. Il est également fonction du
système de fixation utilisé avec des diamètres assez
importants pour certains systèmes (LINK DEVICE). Des tunnels
surdimensionnés peuvent être source de mauvaise fixation des
greffons ou de l’ovalisation secondaire de l’entrée du tunnel.
Effet « windshield wiper» majoré par une fixation trop
distale des greffons.
LE
TUNNEL TIBIAL : Il doit être suffisamment postérieur,
pour éviter un conflit avec
le toit de l’échancrure, et suffisamment interne pour que le transplant ne
frotte pas sur la paroi externe de l’échancrure. Il est percé avec ou sans
viseur. Le point d’émergence articulaire peut être visuel ou
théorique. Il est visuel lorsque l’on prends comme repère
le moignon du LCA restant qui est pratiquement toujours visible
à l’exception des reprises. Sur le plan théorique, il est
à l’intersection
d’une ligne tracée à partie du bord
postérieur de la corne antérieure du ménisque externe et
de l’épine tibiale interne à 7mm en avant du bord
antérieur du croisé
postérieur (Figure 1)(8). Il peut être
guidé par l’utilisation d’un amplificateur de brillance ou
par des guides spécifiques (S. HOWELL)(5) Figure 2. Un bon critère de
contrôle du positionnement est le passage de la broche guide au bord
externe du LCP. On peut également après perçage introduire
la mèche dans le tunnel en la laissant dépasser en
intra-articulaire de 2 à 3 cm et
mettre le genou en extension pour rechercher un éventuel conflit
avec le toit de l’échancrure (6). On pourra alors procéder
à une correction qui peut se faire sur le toit de
l’échancrure ou par ovalisation à la curette de la partie
postérieure du tunnel.
L’angle du tunnel par rapport à l’interligne
articulaire doit être compris entre 70 et 75° pour diminuer les contraintes sur le greffon
(S. HOWELL)(5). Le nettoyage de l’émergence articulaire du tunnel
tibial est diversement réalisé. Pour les uns il est complet pour
éviter la survenue de syndrome du cyclope. Pour d’autres, la
conservation du moignon est souhaitable pour une meilleure vascularisation du
greffon et pour éviter (par phénomène de clapet) la fuite
du liquide articulaire par le tunnel tibial au travers de la vis canulée
pouvant occasionner des faux kystes tibiaux secondaires.
Lors
de l’utilisation d’un greffon os tendon os la règle de N+ 7
peut être utilisée (7) N étant la longueur de tendon entre
les deux blocs osseux et N+7 est l’angle à afficher sur le viseur
pour le perçage du tunnel tibial ceci afin que la pastille osseuse se
trouve bien dans le tunnel et puisse être fixée par une vis
d’interférence. L’application nécessite une certaine
expérience (9)
LE
TUNNEL FEMORAL : a) Lorsqu’il est percé de dedans en
dehors, il est borgne utilisant un poinçon d’amorçage pour
assurer son positionnement. Le perçage d’un pré trou de
diamètre 4.5 mm ou un viseur à appui condylien postérieur
permettent la mise en place d’une broche guide. La flexion doit
être au moins de 120° voire plus. Il faut être
postérieur tout en gardant suffisamment d’os en arrière du
tunnel pour garantir la qualité de fixation dans le cas
d’utilisation de vis d’interférence. Il semble que le
perçage du tunnel fémoral par la porte d’entrée
instrumentale permette un meilleur positionnement secondaire de la vis
d’interférence évitant les divergences d’axe entre le
perçage et la vis d’interférence. Le positionnement du
centre du tunnel est à 11 H (lorsque l’on regarde
l’échancrure de face) pour les genoux droits, à 13 H pour
les genoux gauches et à 4 à 5 mm en avant du bord
postérieur du condyle externe.
b) Lorsqu’il est percé de dehors en dedans. Il faut réaliser une petite incision externe, pour aborder la face externe du condyle fémoral puis on utilise un viseur.
Certains réalisent au préalable une pré-tension
de la greffe pour éviter son élongation (3) ce qui a parfois pour
d’autres l’effet contraire sur la greffe (12). Le passage du
greffon se fait soit du tibia vers
le fémur pour les tunnels borgnes soit du fémur vers le tibia
pour les « OUT/IN » qui percent le tunnel fémoral
de dehors en dedans. Il faut au mois 25 mm de greffon dans chaque tunnels. Avec
le tendon rotulien on peut s’aider du décalage entre la pastille
osseuse et le tendon pour bien positionner le greffon le plus postérieur
possible. Avec le DiDt il faut placer la vis d’interférence en
avant de la greffe pour bien
s’assurer que la vis est enfouie dans le tunnel de 2 à 3 mm pour
permettre une bonne fixation ultérieure du greffon. Certains auteurs ont
proposé une torsion du
greffon sur lui-même pour éviter un conflit avec le condyle et
pour se rapprocher de l’anatomie initiale du LCA, les avis semblent assez
partagés (2) (1)
IV
- LA FIXATION DU GREFFON
A.
POSITION DE
FIXATION : Il n’existe pas de consensus et tout semble se faire de la
fixation en flexion à la fixation en extension complète. Il
semble cependant que plus l’émergence articulaire du tunnel tibial
est postérieure plus cette fixation doit se faire vers
l’extension. La tension appliquée sur le greffon au moment de sa
fixation est le plus souvent
manuelle, certains utilisent un dynamomètre. Avant la fixation
tibiale un cyclage semble souhaitable pour bien asseoir la position de la
greffe.
B.
NIVEAU DE LA
FIXATION : Les greffons doivent être fixés le plus
prés possible de l’émergence articulaire des tunnels quel
que soit le moyen de fixation utilisé. L’élasticité
de la greffe et/ou des systèmes de fixation ( Endobutton) peut
être responsable de micro mouvement qui vont modifier le tunnel fémoral
en l’ovalisant ( Effet « Bungee »). La fixation
trop distale associée à un tunnel large aboutira à la
même chose sur le tunnel tibial (Effet « windshield
wiper » ).
VI
-TEST DE QUALITE : En fin
d’intervention, on peut réaliser un test de qualité. Il
faut manœuvrer sous contrôle arthroscopique le genou de la flexion
à l’extension et retour afin de vérifier le bon
comportement du greffon par rapport à l’échancrure qui peut
amener parfois à réaliser un remodelage du toit de l’échancrure.
Enfin contrôler que l’extension complète voire
l’hyper- extension chez les patients
hyperlaxes est possible.
Références bibliographiques
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8 |
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Piczewski L. A.; P. Thuresson;
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Figure 1