REEDUCATION APRES
LIGAMENTOPLASTIE
DI DT Versus Tendon rotulien
P. MIDDLETON – P.L. PUIG –
P. TROUVE – L. SAVALLI
CERS - Capbreton
La rééducation
après ligamentoplastie de genou doit tenir compte du transplant
prélevé mais aussi de la qualité de la fixation et de
l’intégration du transplant.
Pour chaque nouvelle technique, un temps d’apprentissage est nécessaire. Nous avons appris à éliminer le travail en chaîne ouverte du quadriceps dans les suites du transplant libre au tendon rotulien pour limiter les contraintes sur le transplant mais aussi pour protéger l’appareil extenseur qui était trop sollicité lors des exercices d’élévation jambe tendue ou lors du travail statique intermittent du quadriceps en extension du genou.
Une fois la phase inflammatoire
post-opératoire passée grâce à un traitement
médical approprié et des soins de nursing adéquat, le
protocole de rééducation donne une large place au travail en
chaîne fermée du membre inférieur et au travail dynamique
en chaîne ouverte des ischio-jambiers.
Nous avons, ainsi, vu diminuer de
manière notable les douleurs de l’appareil extenseur (20,9% avant
1994 contre 6,5% après 1994) dans les suites des transplants libres au
tendon rotulien, ainsi que les douleurs postéro-externes du genou (2,5%
après 1994 contre 7,5%). Ces douleurs postéro-externes qui
cèdent bien aux AINS, correspondent pour nous à une mise en
tension du transplant car la localisation de la douleur correspond à la
projection du siège du tunnel fémoral.
Depuis 2 ans, le CERS reçoit
de plus en plus de patients ayant bénéficié d’une
ligamentoplastie au DI DT. Nous avons noté, lors des premiers mois de
notre expérience, la survenue fréquente de douleurs au niveau du
prélèvement des ischio-jambiers. Allant de la simple gêne
à l’existence d’un tableau similaire à celui
d’un claquage musculaire, ce problème pouvait apparaître
lors de rééducation (essentiellement lors du travail
d’extension de hanche) mais surtout lors des activités
quotidiennes (passage de la position assise à la position debout, tentative
de retournement dans le lit). Ces complications rencontrées au
décours de la chirurgie nous ont paru plus fréquentes et plus
invalidantes que celles rencontrées dans la littérature
(LARSON : adhérence au niveau du site de prélèvement,
neurapraxie de la branche infra rotulienne du nerf saphène). Nous avons
ainsi appris à respecter les ischio-jambiers lors des 3 premières
semaines qui suivent l’intervention. Après ligamentoplastie au DI
DT notre protocole donne une place prioritaire au travail en chaîne
fermée du membre inférieur, avec introduction précoce du
travail sur presse comparativement au protocole après transplant libre
au tendon rotulien. Nous introduisons de manière très progressive
le travail des ischio-jambiers à partir de la 4ème semaine.
La difficulté d’évaluer
les résultats en post-opératoire n’est pas un vain mot.
Nous avons, afin d’être le plus objectif possible, mis en place une
grille d’évaluation de nos genoux ligamentaires. Cette grille est
constituée de 2 parties : la première partie (grille 1) est
notée sur 100 points. Elle permet l’évaluation
post-opératoire immédiate. Elle recueille des données
subjectives (impression du patient, douleur) des données objectives d’examen
clinique (mobilité, stabilité, troubles trophiques) et des
données fonctionnelles (marche).
Si lors de l’évaluation,
le patient est sous antalgique ou AINS, 4 points lui sont retirés. S’il
reçoit un traitement de syndrome algodystrophique, c’est 6 points
qui lui sont retirés.
La deuxième partie de l’évaluation
est également notée sur 100 points (grille II). Elle comporte des
données fonctionnelles (possibilité de course à pied et de
travail sur bicyclette) et les résultats d’une évaluation
musculaire isocinétique où le déficit des ischio-jambiers
est plus pénalisé que le déficit quadricipital, ceci du
fait de l’importance reconnue de la récupération des
ischio-jambiers dans le résultat final. Cette deuxième
évaluation est réalisée à partir de la 20ème
semaine post-opératoire.
Dans notre étude, nous avons
classé les patients en fonction du transplant mais aussi en fonction des
gestes associés (ménisectomie, gestes périphériques….).
Nous ne donnons ici que les résultats des ligamentoplasties
intra-articulaires ou mixtes sans autres gestes associés.
Þ
Résultats
des évaluations réalisées entre le 30ème
et le 45ème jour post-opératoire (seule la
première grille est utilisée).
|
Plastie |
Effectif |
Score moyen |
Ecart type
|
|
DI DT |
209 |
91.68 |
5.91 |
|
DI DT + Lemaire |
85 |
90.01 |
6.16 |
|
TL. TR |
731 |
90.40 |
6.09 |
|
TL.TR + Lemaire |
239 |
86.77(*) |
6.97 |
(*) Différence significative
Þ
Résultats
des évaluations réalisées après la 20ème
semaine (score des grilles I et II)
TABLEAU II :
Résultats des évaluations I et II après ligamentoplastie
de genou
|
Plastie |
Effectif |
Score moyen |
Ecart type
|
|
DI DT |
43 |
171.53 |
20.38 |
|
DI DT + Lemaire |
11 |
171.09 |
20.06 |
|
TL. TR |
170 |
168.65 |
19.17 |
|
TL. TR + Lemaire |
65 |
170.95 |
17.44 |
Comme on peut le constater, dans les semaines qui suivent l’intervention, les résultats sont comparables après DI DT, DI DT + Lemaire et transplant libre au tendon rotulien. Il existe par contre une différence significative entre ces 3 interventions et les résultats obtenus après transplant libre au tendon rotulien associé à une ligamentoplastie extra-articulaire de Lemaire.
Il est d’ailleurs intéressant de souligner que les résultats obtenus après cette intervention sont similaires à ceux obtenus après un Mac Intosh réalisé aux dépens de l’appareil extenseur (142 patients à 87.32 +/- 6.13)
Par contre, à distance de l’intervention (délai moyen de 6 mois) les résultats quelque soit la technique sont comparables.
Une étude concernant des patients reçus récemment au CERS dans les suites d’une ligamentoplastie au DI DT nous a appris que des douleurs invalidantes des ischio-jambiers étaient retrouvées dans 3.8% (sur 78 patients) dans un délai inférieur à 6 semaines post-opératoires (délai moyen = 30 jours) et dans 8.3% des cas (sur 48 patients) après 6 semaines (délai moyen = 125 jours). Les douleurs antérieures du genou n’existent pas avant 6 semaines, mais sont présentes dans 12.5% des cas après 6 semaines.
Le déficit musculaire à 165 jours +/- 30 jours, évalué sur 36 dossiers met en évidence l’existence d’un déficit modéré sur le quadriceps et les ischio-jambiers.
TABLEAU III :
Déficit musculaire après DI DT
|
Evaluation
musculaire |
Déficit en
% côté sain |
|
Q conc. 240°/s |
18% +/-15 |
|
Q conc 90°/s |
26% +/- 17.6 |
|
Q exc. 90°/s |
20% +/- 19 |
|
IJ conc 240°/s |
8% +/- 12.5 |
|
IJ conc. 90°/s |
13% +/- 11.6 |
|
IJ exc 90°/s |
15% +/- 21 |
Les résultats nous paraissent satisfaisants et la ligamentoplastie au DI DT nous paraît bien être une alternative possible au transplant libre au tendon rotulien.
QUELLE REEDUCATION APRES DI DT
Les résultats inquiétants sur le devenir de ces plasties rapportées dans ce symposium font envisager une nouvelle prise en charge de ces ligamentoplasties.
Nous nous retrouvons de nouveau en phase d’apprentissage. Les rééducateurs que nous sommes ayant de grandes facultés d’adaptation aux protocoles proposés.
L’objectif est de limiter les contraintes sur le transplant pour éviter la laxité et l’élargissement des tunnels osseux. Ces problèmes sont favorisés par une rééducation mal conduite (de nombreux protocoles donnent encore une large place aux exercices d’élévation jambe tendue et au travail statique du quadriceps en extension de genou dans les suites immédiates de l’intervention) et par les activités de la vie quotidienne.
L’immobilisation post-opératoire, la mise en décharge répondent au souci de préserver le transplant et vont permettre aux ischio-jambiers de cicatriser dans de bonnes conditions. La rééducation sera, d’autant plus utile, qu’elle sera démarrée tardivement. Elle devra respecter la notion d’évitement du travail en chaîne ouverte du quadriceps (pas d’élévation jambe tendue, pas de travail statique du quadriceps en extension de genou) et respecter une progression dans le travail des ischio-jambiers.
Il pourra se poser des problèmes de raideur articulaire qui nécessiteront une analyse rigoureuse afin d’éviter les complications (syndrome inflammatoire non spécifique, syndrome algodystrophique) qu’une rééducation trop agressive pourrait provoquer.
A suivre.