KJ - DIDT : Prélèvement du transplant

 

 

V Chassaing

J Lemoine

Clinique des Maussins

67 rue de Romainville 75019 Paris

 

 

 

 

Prélèvement du tendon rotulien (KJ)

 

1- Prélèvement du tendon :

L’incision est habituellement  longitudinale antérieure, étendue de la pointe de la rotule à la tubérosité tibiale antérieure. Tracée sur un genou, en flexion, elle peut être assez courte de 5 à 7 centimètres. L’exposition de la rotule est ensuite facilitée par les écarteurs, la mobilité cutanée et les manipulations de la rotule. Il est aussi possible d’utiliser deux petites incisions cutanées, prérotulienne et prétibiale, en laissant un pont cutané entre les deux.

Le péritendon est incisé longitudinalement en débordant sur la face antérieure de la rotule. Il est écartée de façon à exposer les fibres tendineuses.

Au bistouri on incise longitudinalement le tendon rotulien pour isoler son tiers moyen. La largeur de ce prélèvement dépend de la largeur du tendon rotulien, de l’ordre de 10 mm (9 à 11mm). 

2- Prélèvement des baguettes osseuses :

On réalise au niveau de la rotule et de la tubérosité tibiale antérieure des traits de scie dans le prolongement des incisions tendineuses (8, 9), longitudinaux, parallèles et convergents vers la profondeur pour obtenir des baguettes de diamètre triangulaire (1, 7) ou même, avec une fraise, cylindrique (4, 24). Elles sont détachées après avoir délimité leurs extrémités au petit ciseau à os ou à la scie oscillante suffisamment étroite pour ne pas empiéter sur les sections longitudinales. Il faut faire attention à ne pas fragiliser l’insertion tendineuse au niveau de la pointe de la rotule : aussi le bloc tibial est détaché en premier, ce qui permet en le réclinant vers l’avant de bien exposer la pointe de la rotule et de glisser un ciseau droit ou concave pour finir de détacher la baguette rotulienne. Certains (20) détachent un bloc rotulien de forme trapézoïdale permettant un blocage spontané de la barette osseuse dans un tunnel fémoral réalisé de dehors en dedans. Il ne faut pas fragiliser la rotule en détachant un trop gros fragment osseux.

Il est plus facile de forer les orifices des fils de traction sur les baguettes en place, avant de les détacher.

 Il est possible d’utiliser le partie supérieure du défect tendineux pour la voie d’abord arthroscopique, ou même une éventuelle arthrotomie.

Préparation du transplant

Un nettoyage minutieux du transplant paraît important pour diminuer le risque de survenue ultérieure d’un syndrome du cyclope (8). Les baguettes osseuses sont calibrées à la demande et ramenées la longueur souhaitée. Les fils de tractions sont mis en place.

Le transplant est temporairement conservé dans du sérum physiologique, ou entouré de compresses humides pour éviter qu’il ne se dessèche.

3- Fermeture :

Le tendon rotulien peut être suturé ou laissé ouvert. Le risque d’abaissement de la rotule par fermeture du tendon est diversement apprécié, mais ce raccourcissement éventuel ne semble pas responsable  des douleurs résiduelles (18, 23, 26).

Certains ont  proposé un peignage tendineux systématique pour diminuer le risque de douleurs résiduelles. La gaine est soigneusement suturée en avant du prélèvement.

Au niveau de l’os, et en particulier de la rotule, il est possible de combler par de l’os récupéré lors de forages des tunnels le défect du prélèvement.

4- Complications :

Un certains nombre de complications (2, 22) liées au prélèvement os-tendon-os ont été rapportées : douleurs fémoro-patellaires et tendinite rotulienne, fracture de la rotule (6), rupture du tendon rotulien(3), amyotrophie quadricipitale.

 

 

Prélèvement des tendons de la patte d’oie (DIDT)

 

 

            Les tendons des muscles droit interne (gracilis) et demi tendineux (semitendinosus) peuvent servir de transplant pour la ligamentoplastie du ligament croisé antérieur. La reconstruction arthroscopique est particulièrement adaptée à ce type de transplant du fait de la faible morbidité du prélèvement au niveau du site donneur, d’une indolence rapide, de la petite taille de la cicatrice.

            Ce prélèvement, temps important de l’intervention, doit être minutieux pour obtenir des tendons suffisamment longs.

 

 

1-Installation :

 

Le patient est installé en décubitus dorsal, comme pour une arthroscopie. Le garrot pneumatique doit être placé haut sur la cuisse afin de laisser un accès facile sur l’ensemble du genou. Le garrot ne gne pas la progression et l’utilisation du stripper. L’étrier est soulevé pour placer la cuisse à l’horizontale. Le pied repose sur une table. La flexion du genou peut être réglée en modifiant la hauteur de la table d’opération. Le membre opposé repose sur un appui. Il est placé en abduction maximale pour faciliter l’accès au genou opéré.

 

 

2-Prélèvement de la greffe :

 

Le prélèvement est un temps important. Il doit suivre des règles précises si l’on veut obtenir un transplant de bonne qualité. La difficulté principale est de ne pas prélever un tendon trop court.

 

a-  incision

L’incision cutanée se situe en regard de la patte d’oie sur le tibia. Chez la plupart des sujets les tendons peuvent être palpés sous la peau. L’incision peut être soit oblique, soit verticale. L’incision oblique dans l’axe des tendons permet une meilleure exposition lors du prélèvement. La plupart des auteurs recommandent une incision oblique  de 4 à 7 centimètres (17, 28). L’incision verticale permet de réutiliser cette cicatrice en cas de reprise chirurgicale nécessitant un abord antérieur. En pratique 2 à 3 centimètres de long (11) selon l’épaisseur du pannicule adipeux sous-cutané sont suffisants. L’incision cutanée permet le forage du tunnel tibial.

 

b- prélèvement

L’aponévrose du couturier (sartorius) est facilement exposée. Sur un genou fléchi à 90°, les tendons de la patte d’oie font un angle de 90° avec l’axe du tibia. Les tendons du droit interne et du demi tendineux sont palpés. Deux bourses séreuses les séparent du couturier en avant et du ligament latéral interne en arrière. Le droit interne est au dessus du demi tendineux. Ils sont mieux individualisés un peu à distance de la patte d’oie où ils s’aplatissent et forment une insertion conjointe. L’aponévrose du couturier est incisée longitudinalement en regard ou au dessus des deux tendons, mettant en évidence les tendons à prélever. Il faut faire attention en profondeur au faisceau superficiel du ligament latéral interne qu’il ne faut pas confondre avec l’un des tendons de la patte d’oie, et en superficie à la veine et au nerf saphène interne. Le nerf saphène interne descend le long du bord postérieur du couturier jusqu’au niveau de l’interligne interne du genou puis il perfore l’aponévrose et se divise en deux branches terminales, l’une rotulienne, l’autre jambière. La branche jambière suit la veine saphène interne le long du bord interne du tibia et distribue vers l’avant de nombreux rameaux nerveux (21). La blessure du nerf saphène, rare, donne une anesthésie en regard de la face interne de la jambe avec parfois des douleurs de désafférentation. Le moignon proximal est souvent le siège d’un névrome qui lorsqu’il est piégé par du tissu fibreux peut devenir très douloureux dans les mouvements de flexion extension du genou (13). L’incision cutanée oblique menace plus le nerf saphène que l’incision verticale.

 

            Avant de prélever il faut rechercher une et parfois deux expansions du tendon du demi tendineux vers l’aponévrose du jumeau interne (gastrocnémius). Ces expansions, fréquentes, souvent d’un diamètre important se situent en moyenne à une distance de 5 à 7 centimètres de l’insertion tibiale (14, 21). Elles peuvent être à l’origine d’une section prématurée du tendon. Elles doivent être repérées et sectionnées.

 

La mise en flexion du genou lors du prélèvement favorise l’extériorisation des tendons.   Les deux tendons peuvent être prélevés en conservant leur insertion avec un stripper ouvert en queue de cochon ou détachés du tibia d’abord puis disséqués avec un stripper fermé. Les strippers mesurent 29cm de long. Certains se terminent par un cutter qui permet de sectionner le tendon à la longueur choisie (9).

 

L’instrument suit le tendon puis désinsère les fibres musculaires de la lame aponévrotique sans risquer de blesser un élément de voisinage. L’utilisation du stripper est facilitée par la mise en tension du tendon et par la flexion du genou. Il est poussé progressivement, lentement, en associant de petits mouvements de rotation. Avec le modèle ouvert que nous préférons, il ne faut pas reculer avant d’avoir sectionné le prélèvement sous peine de risquer de sortir du tendon. Habituellement le stripper pénètre de 20 à 30 centimètres dans la cuisse. La progression doit être facile. La section distale du tendon s’effectue automatiquement quand la lame aponévrotique se termine, les fibres musculaires n’offrant qu’une faible résistance à la lame du stripper. Les éléments vasculaires et nerveux sont à distance, protégés par le demi membraneux.

 

            La longueur obtenue est variable et presque toujours suffisante. Chitnis (9) obtient la longueur nécessaire dans 95 cas d’une série de 99 patients. Les 4 cas manquants sont la conséquence d’une difficulté dans la technique de prélèvement et non d’un problème de longueur du transplant. Le demi tendineux est toujours plus long et d’un diamètre plus important que le droit interne. Il mesure en moyenne de 235 à 283mm de long (9, 14, 27) et sa lame aponévrotique est large et épaisse. Le droit interne est plus petit, 200 à 258 mm de long (9, 27). Sa terminaison est fine et effilée. Brown (5) donne une longueur pour chaque tendon comprise entre 26 et 32 centimètres ( en moyenne 30 chez les hommes et 28 chez les femmes). Yasuda (28) résèque quelques centimètres de l’extrémité aponévrotique du tendon car il ne la considère pas suffisamment solide.

 

            Kim (16) réalise une reconstruction DIDT sans détacher les tendons de la patte d’oie de leur insertion tibiale.

 

            Le prélèvement de deux tendons ne compromet pas significativement la force et la fonction des ischiojambiers après 6 mois (25) à 9 mois(28). Des études IRM post opératoires montreraient que les tendons DIDT se reconstituent sous la forme d’un tendon fibrocicatriciel établissant une continuité entre le corps musculaire et le tibia (25).

 

 

3-Préparation du transplant :

 

            Les tendons prélevés sont préparés. Les lames aponévrotiques sont nettoyées des fibres musculaires restantes aux ciseaux ou à la rugine.

 

Un laçage est réalisé. Il s’agit soit d’un laçage séparé des 4 extrémités, donnant un transplant à 4 faisceaux indépendants (17), soit d’une suture des deux tendons l’un avec l’autre sur toute leur longueur donnant un transplant à deux faisceaux doubles, soit encore d’un laçage avec les 4 extrémités solidarisées.

 

Les tendons sont habituellement doublés (4 faisceaux) parfois même triplés pour obtenir un transplant d’un diamètre et d’une longueur satisfaisante. La moyenne des diamètres des deux tendons en boucle ,soit un transplant à 4 faisceaux est pour Brown (5) de 8 mm chez les femmes et de 9 mm chez les hommes ( de 7 à 10 mm).

 Pendant la durée de l’intervention le transplant est glissé dans une compresse humide. Il faut éviter de le plonger dans l’eau pour éviter qu’il ne gonfle.

 

            La qualité du transplant à 4 faisceaux est bonne. Si les tendons de la patte d’oie n’ont individuellement qu’environ 50% de la résistance d’un tendon rotulien de 13.8 mm de large selon Noyes (19), 4 faisceaux ont une résistance estimée à 140% d’un tendon rotulien de 13.8 mm de large soit encore à 240% d’un ligament croisé antérieur normal.

 

 

 Bibliographie :

 

 

 

1.  Aglietti P., Buzzi R., D’andria S., Zaccherotti G. : Arthroscopic anterior cruciate ligament reconstruction with patellar tendon. Arthroscopy 1992 ; Vol 8, 4 ; 510 - 516.

2.  Aglietti P., Buzzi R., D’andria S., Zaccherotti G. : Patellofemoral problems after intra articular anterior cruciate ligament reconstruction. Clin. Orthop. 228 : 195-203, 1993.

3.  Bonano J., Krinick R., Sporn A.A. : Rupture of the patellar ligament after use of its central third for anterior cruciate ligament reconstruction. J. Bone and Joint Surg., 66 : 1294-1297, 1984

4.  Boszotta H. : arthroscopic anterior cruciate ligament reconstruction using a patellar tendon graft in press-fit technique : surgical technique and follow-up. Arthroscopy 1997 ; Vol 13, 3 ; 332 - 339.

5.  D- Brown C., Steiner M., Carson E : The use of hamstring tendons for anterior cruciate ligament reconstruction. Clinics sport. Med.1993 : 12 : 723-753.

6.  Carroll J.R. : Fracture of the patella during a golf swing following reconstruction of the anterior cruciate ligament. A case report. Am J Sports Med 11 : 26 - 27, 1983.

7.  Carson W.G. : A new technique of harvesting patellar tendon autografts for anterior cruciate ligament reconstruction. Arthroscopy 1991 ; Vol 7, 4 ; 368 - 374.

8.  Chassaing V., Perraudin JE., Parier J., Lucas D. : Complications des ligamentoplasties : raideurs, syndrome du cyclope. J. Traumatol. Sport 1995, 12, 29-32.

9. Chitnis S., Ireland J. : Special instruments for harvesting hamstring tendons, The Knee. 1988, 5 : 59-61.DD

 

11. Corry I., Webb J., Clingeleffer A., Pinczewski L. : Arthroscopic reconstruction of the anterior cruciate ligament. Am. J. Sport Med. : 1999, 27(3) : 444-453.DD

 

12. Dejour H., Ait si selmi T., Dejour D. : Résultats à plus de 10 ans de 52 laxités antérieures isolées traitées par greffe libre de tendon rotulien associée à une plastie de Lemaire. Rev. Chir Orthop, 1996, 87, Supplément II, 83.

13. Fachinelli A., Masquelet A.C., Restrepo J., Gilbert A. : The vascularized sural nerve. Anatomy and surgical approach. Int. Microsurg. 1981 : 3 : 57-62.DD

 

14. Ferrari J., Ferrari D. : The semitendinosus : anatomic considerations in tendon harvesting. Orthop. Rev.1991 : 20 : 1085-1088.DD

15. Jones K. : Reconstruction of the anterior cruciate ligament using the central one-third of the patella ligament. J. Bone and Joint Surg., 81B : 24- 26, january 1970.

16.  Kim S., Kim H., Lee Y. : Arthroscopic anterior cruciate ligament reconstruction using autogenus Hamstring tendon graft without detachment of the tibial insertion. Arthroscopy. 1997 : 13(5) : 656-660.DD

17. Maeda A., Shino K., Horibe S. : Anterior cruciate ligament reconstruction with multistranded autogenous semitendinosus tendon. Am . J. Sport Med. 1996 : 24 : 504-509.DD

18. Muellner T., Kaltenbrunner W., Nikolic A., Mittlboeck M. , schabus R., Vecsei V. Shortening of the patellar tendon after anterior cruciate ligament reconstruction. Arthroscopy 1999 ; Vol 14, 6 ; 592 - 596.

19. Noyes F., Butler D., Zernicke R. : Biomechanical analysis of human ligament graft used in knee ligament repairs and reconstructions. J. Bone Joint Surg. (Am) 1984 : 66 : 344-352.DD

20. O’brien S., Russel F., Pavlof R., Panariello R., Wickiewicz T. : Reconstruction of the chronically insufficient anterior cruciate ligament with the central third of the patella ligament J. Bone and Joint Surg., 73A : 278- 285, february 1991.DD

21. Rouvière H : Anatomie humaine descriptive et topographique Masson Paris.DD

 

22. Sachs R., Daniel D., Stone M., Garfein R. :  Patellofemoral problems after anterior cruciate ligament reconstruction. Am J Sports Med 17 : 760 - 765, 1989

23. Shaffer B., Tibone J. : Patellar tendon length change after anterior cruciate ligament reconstruction using the mid third patellar tendon. Am J Sports Med 21 : 449 - 454, 1993.

24. Shapiro J., Cohn B., Jackson D., Postak P., Parker R., Greenwald A. : The biomechanical effects of geometric configuration of bone-tendon-bone autografts in anterior cruciate ligament reconstruction. Arthroscopy 199é ; Vol 8, 4 ; 453 - 458.

25. Simonian P., Harrison S., Cooley V. : Assesement of morbidity of semitendinosus and gracilis tendon harvest for ACL reconstruction. Am. J. Knee Surg.1997 :10 : 54-59.DD

 

26. Tria A., Alicea J., Cody R. : Patella baja in anterior cruciate ligament reconstruction of the knee. Clin. Orthop. 299 : 229-234, 1994.

27. Tohyama H ., Beynnon B., Nichols C. : Morphometry of the semitendinosus and gracilis tendons with application to antérior cruciate ligament reconstruction : Knee surg.Sports Traumatol. Arthroscopy 1993 : 143-147.DD

 

28. Yasuda K., Tsujino J., Ohkoshi Y. : Graft site morbidity with autogenous semitendinosus and gracilis tendons. Am. J. Sport Med.1995 : 23 : 706-714.DD