Technique Chirurgicale

 

Philippe HARDY, Jean Louis BLIN

Hôpital Ambroise Paré – C.H.U. PARIS OUEST

9 Avenue Charles De Gaulle – 92100 BOULOGNE

 

 

Le traitement arthroscopique des fractures des plateaux tibiaux comprend six étapes : l’installation, le bilan articulaire, le relèvement, l’ostéosynthèse, le comblement, et enfin les suites post opératoires.

 

1 – L’INSTALLATION :

Elle se fait en décubitus dorsal. Un garrot pneumatique appliqué à la racine du membre est gonflé sans excéder trois fois la pression artérielle systolique. L’hémarthrose, le plus souvent volumineuse, sous tension, doit être évacuée. C’est le premier temps de l’intervention. L’utilisation d’une arthro-pompe permet de raccourcir ce geste, et de le faciliter. L’arthro-pompe, si elle est utilisée, doit être utilisée à basse pression (60 mm de mercure), ceci afin d’éviter un éventuel syndrome de loge. Un amplificateur de brillance sera préparé afin de permettre des contrôles radiographiques peropératoires. Il doit être installé de manière à ce qu’il soit possible de réaliser des contrôles du genou, aussi bien de face que de profil (fig. 1). En fonction du siège de la fracture, on s’assurera que le membre inférieur pourra être positionné aussi bien en position de Cabot (fig. 2) (plateau tibial latéral) qu’en position de valgus forcé (plateau tibial médial).

 

 

 

2 – LE BILAN ARTICULAIRE :

Le bilan n’est possible que si le lavage de l’articulation a été complet. Les voies d’abord utilisées sont les voies d’abord arthroscopiques classiques antérolatérale et antéromédiale. Un drainage à l’angle supérolatéral de la patella peut être utilisé. La présence de graisse intra articulaire signe la fracture articulaire (fig. 3). Le lavage, s’il a permis d’évacuer l’hémarthrose, n’a pas permis de retirer tous les caillots. Un shaver peut compléter ce nettoyage intra articulaire. Le bilan articulaire comprendra le bilan fracturaire et le bilan des lésions associées. Le bilan fracturaire est réalisé en plaçant le crochet palpeur du côté homo latéral à la fracture, et l’optique du côté controlatéral. Le plus souvent, la fracture du plateau tibial siège sous le ménisque. Il est donc nécessaire de soulever le ménisque, afin de voir le foyer de fracture articulaire (fig. 4). On précisera dans un premier temps la localisation de la fracture en antéro postérieur, mais aussi dans le plan frontal (fracture axiale ou périphérique). Les fractures des plateaux tibiaux sont surtout périphériques. On appréciera l’importance de la comminution et son siège (fig. 5). La hauteur du hiatus séparant le bord libre du ménisque de la surface articulaire permet d’apprécier arthroscopiquement l’importance de l’enfoncement.

Le bilan des lésions associées intra articulaires  est l’étape suivante : Les ménisques seront explorés : lésion méniscale pré-existante (lésion dégénérative), traumatisme méniscal associé à la fracture (désinsertion méniscale homo ou controlatérale). La fracture du plateau tibial peut survenir sur un cartilage sain ou préalablement pathologique. On analysera l’état du cartilage condylien en regard de la fracture, et enfin le status cartilagineux de tous les compartiments du genou. Les ligaments croisés, en particulier le ligament croisé antérieur sont parfois lésés, il s’agit rarement d’une rupture complète. La lésion méniscale peut nécessiter une méniscectomie partielle ou une réparation méniscale. Une synoviale antérieure volumineuse (intervention différée) sera réduite afin d’améliorer la vision et l’accessibilité au foyer de fracture.

 

3 – LE RELEVEMENT :

Avant d’envisager tout relèvement de l’enfoncement articulaire, il faut localiser le centre de l’enfoncement et déterminer le plus gros fragment à relever. Afin de guider le geste de relèvement, nous utilisons un viseur à ligamentoplastie (reconstruction du ligament croisé antérieur) (fig. 6). Le positionnement du viseur à ligamentoplastie est contrôlé arthroscopiquement (fig. 7). Une broche est montée au centre de l’enfoncement à l’aide du viseur, le viseur étant positionné avec un angle d’au moins 60° en s’appuyant sur la corticale tibiale antérieure homo ou controlatérale. Le positionnement de la broche est contrôlé de face et de profil à l’amplificateur de brillance (fig. 8). Une corticotomie de 10 mm de diamètre est réalisée à l’aide d’une tarière. A travers cette corticotomie, un chasse greffon de 10 mm de diamètre est inséré dans l’extrémité supérieure du tibia, et le relèvement est effectué sous contrôle arthroscopique en faisant disparaître le hiatus ménisco-cartilagineux, et en s’assurant du maintien du contact inter-fragmentaire afin de conserver le mécanisme d’auto-réduction des différents fragments fracturaires. L’accès à la partie antérieure du plateau tibial est toujours difficile. Le chasse greffon est gêné par le muscle tibial antérieur. Il peut être alors nécessaire de pratiquer une corticotomie controlatérale. La réduction articulaire doit être controlée radiographiquement de face et de profil. Il est souvent nécessaire de faire un complément de relèvement sous contrôle scopique. Une fois que la réduction a été jugée satisfaisante, on pourra passer à la fixation.

 

4 – L’OSTEOSYNTHESE :

L’ostéosynthèse dans le cadre du traitement arthroscopique est nécessairement une ostéosynthèse légère, qui reposera sur l’utilisation de vis canulées corticales ou spongieuses de 5 ou 7.5 mm de diamètre. Deux ou trois vis seront nécessaires (fig. 9). Elles seront placées le plus près possible de l’os sous chondral afin d’avoir un effet plancher. L’utilisation de rondelles permet d’avoir un meilleur appui sur la corticale homolatérale à la fracture. Ces vis sont placées sous contrôle scopique. Un davier temporaire type davier dents de lion peut être utilisé en per cutané pour maintenir les fragments fracturaires (fracture séparation).

 

5 – LE COMBLEMENT :

Le plus souvent aucun comblement n’est nécessaire (sujet jeune, enfoncement modéré, fracture séparation pure). Lorsqu’un comblement est décidé, plusieurs types de comblement peuvent être réalisés : substitut osseux, autogreffe, ciment acrylique. L’autogreffe peut être prélevée au niveau de la crête iliaque homolatérale, ou alors initialement si la corticotomie a été réalisée à l’aide d’une treffine. Cette dernière technique consiste à utiliser le spongieux tibial prélevé à la treffine, et n’est possible que chez le sujet jeune. Les substituts osseux sous la forme de blocs ou de granulés peuvent être utilisés pour le comblement du défect épiphysaire, cependant, certains cas d’arthrite septique ont été décrits, dus au contact entre ces substituts et le liquide articulaire.

Le ciment acrylique est d’utilisation courante, surtout chez le sujet âgé. Il permet d’obtenir une stabilité immédiate, permettant parfois de se passer d’ostéosynthèse. Après son injection dans la corticotomie, il sera nécessaire de contrôler à la fois radioscopiquement (ciment radio opaque), et arthroscopiquement de l’absence de fuite de ciment en intra articulaire (fig. 10).

 

6 – LES SUITES POST OPERATOIRES :

La rééducation est entreprise immédiatement en post opératoire, à l’aide d’un arthro-moteur, en flexion et extension, le quadriceps étant travaillé en isométrique. La lutte contre la douleur est essentielle, elle permet de faciliter les suites post opératoires, et de rendre moins pénible les séances de rééducation. L’appui ne sera autorisé qu’au 2ème mois post opératoire. La rançon cicatricielle se limite à deux incisions arthroscopiques,  une incision pour la corticotomie, et des incisions latérales ou médiales pour l’ostéosynthèse.


LEGENDES DES FIGURES

FIG 1 Installation en décubitus dorsal avec un contrôle possible à l’amplificateur de brillance

FIG 2 Installation en position de Cabot pour une fracture du plateau tibial latéral

FIG 3 la présence de graisse en intra-articulaire signe la fracture articulaire

FIG 4 En soulevant le ménisque on peut mieux évaluer le siège de la fracture et l’importance de l’enfoncement

FIG 5 Comminution articulaire

FIG 6 Mise en place du viseur a LCA

FIG 7  Contrôle arthroscopique du bon positionnement du viseur

FIG 8 a,b Contrôle radioscopique du positionnement de la broche

FIG 9 Ostéosynthèse par trois vis plancher

fig. 10 Comblement par du ciment acrylique et contrôle radioscopique


fig 1


 

 

 


fig 2


 

 

 


fig 3


 



fig 4


 

 

 


fig 5


 

 

 


fig 6


 

 

 


fig 7


 


fig 8a


 

 

 


fig 8b


 

 

 


fig 9


 

 

 


fig 10