La série
Xavier
Cassard
Clinique
des Cèdres
Cornebarrieu
Nous
avons étudié une série de patients traités sous
contrôle arthroscopique pour une fracture récente du plateau
tibial. Nous avons joint à cette série une étude
“témoin” de fractures du même type traitées
à ciel ouvert.
La série arthroscopique :
Cette étude, rétrospective
et multicentrique, a porté sur 112 patients, traités par
arthroscopie pour une fracture récente du plateau tibial,
opérés entre 1992 et 1999. Les patients provenaient des centres
suivants : Centre Hospitalier André Mignot - Le Chesnay (P.
Beaufils), Hôpital Ambroise
Paré - Boulogne (P. Hardy), Clinique de traumatologie et
d’orthopédie - CHU Nancy (D. Molé), AZ-VUB - Bruxelles (F. Handelberg), Centre
Hospitalier Pellegrin - Bordeaux (D. chauveaux, J.C. Le Huec). Elle comprenait
55 femmes et 57 hommes d’âge moyen 45,7 ans, (14 à 88 ans).
Les circonstances de l’accident ayant entraîné la fracture
étaient un accident de la voie publique dans 45%, un accident domestique
dans 26%, un accident sportif dans 23%, et un accident du travail dans 3% des
cas. Il s’agissait dans 83% des cas de fracture isolée de
l’appareil locomoteur.
Les
lésions osseuses ont été évaluées sur les
clichés préopératoires et classées selon la
classification de Schatzker (fig. 1), largement utilisée dans la
littérature (1). La répartition selon le type de fracture (fig.
2) montre une prédominance des fractures du plateau tibial externe de
type séparation, enfoncement ou mixte selon Duparc et Ficat (2).
L’enfoncement a été évalué par une mesure
millimétrique sur les clichés radiographiques
préopératoires de face et de profil. L’enfoncement moyen
était de 7,7 mm (de 0 mm, en cas de fracture séparation pure,
à 20 mm).Le bilan arthroscopique a permis de préciser les
lésions articulaires. La localisation de l’enfoncement
était située sur les 2/3 antérieurs du plateau tibial dans
83% des cas contre 17% pour le 1/3 postérieur. Dans 25% des cas, une
lésion méniscale a été détectée (anse
de seau 6%, désinsertion au mur 9% et
déchirure partielle 9%). Une méniscectomie a été
réalisée dans le même temps dans 9% des cas et une suture
dans 6%. Dans 22,5% des cas, une lésion du pivot central à
été notée (20% de lésion du LCA et 2,5% de
lésion du LCP). Une contusion du condyle d’aspect récent en
regard de la fracture a été observée dans 15% des cas et
une chondropathie du compartiment fémoro-tibial, antérieure au
traumatisme, a été observée dans 11% des cas.
La
durée moyenne de l’intervention était de 87 mn (40 à
205 mn). Un drainage n’a été mis en place que dans 10% des
cas.
Le matériel d’ostéosynthèse utilisé était principalement le vissage percutané (82% des cas) (fig. 3) , utilisant 1 vis pour 26%, 2 vis pour 48% et 3 vis pour 18 % des cas. D’autres types de synthèse ont été utilisés : broches 3%, fixateur + vis 4%, ciment seul 1%.
Dans
30% des cas (fractures de type II et III uniquement) une greffe osseuse (fig.
4)était utilisée (autogreffe 4%, allogreffe 13 %, substitut
osseux 9% et ciment 4 %).
Série chirurgicale “ciel
ouvert” :
30
patients (15 hommes 15 femmes) ont été étudiés avec
un recul moyen de 22 mois. L’age moyen était de 53,6 ans. La
répartition selon le type de fracture était proche de la
série arthroscopique (fig 5).
L’ostéosynthèse
utilisée était une plaque pour 70% des patients ou un vissage
pour les autres cas. Une greffe osseuse était utilisée chez 47%
des patients (autologue 20%, allogreffe 10%, substitut osseux 17%).
Méthode :
Une
analyse à court terme (recul supérieur à 3 mois) pour les
112 patients de la série arthroscopique a permis d’étudier
la morbidité et les résultats fonctionnels précoces. La
morbidité concernait les complications éventuelles (thrombose
veineuse [Fowble (3)], arthrite septique [Lortat Jacob (4)], hémarthrose
persistante, syndrome de loge [Peek (5)], paralysie du nerf péronier
latéral [Bernfeld (6)], complication cutanée), les
déplacements secondaires et la durée d’hospitalisation. Les
résultats fonctionnels précoces comprenaient: délai avant
début de mobilisation, délai avant appui complet, mobilité
au 3ème mois et délai avant la reprise du travail.
82
patients étaient disponibles pour une analyse à moyen et long
terme avec un recul moyen de 45 mois.
Nous avons tenté de cerner à l’interrogatoire le
niveau de satisfaction des patients. Le patient devait juger la douleur
postopératoire, la durée d’hospitalisation, la
qualité du résultat à la révision.
L’échelle de valeur d’appréciation proposée
était la suivante: très satisfait, satisfait, déçu,
mécontent. Un bilan fonctionnel, clinique et radiographique a
été effectué au plus long recul. Nous avons
utilisé, pour la cotation du genou opéré, la grille
d’évaluation de la
“Knee Society”
[Insall (7)]. Le bilan radiographique, réalisé en charge,
comportait: genoux face et profil comparatifs, 30° de flexion de face et
goniométrie. Sur les radios, ont été recherchés par
comparaison au genou controlatéral, aux clichés
postopératoires, et aux clichés pris au 3ème mois
d’évolution: un pincement articulaire en cas de différence
supérieure à 1 mm par rapport au genou controlatéral, un
remodelé ou une condensation de l’os sous chondral. La
goniométrie a permis de mesurer objectivement un défaut
d’axe du genou opéré par rapport au genou
controlatéral.
L’ensemble
des données a été recueilli sur fiches (logiciel
File-Maker Pro-3®),
collectées par un examinateur indépendant et redistribuées
aux membres du symposium pour l’exploitation des résultats.
Références
:
1- SCHATZKER J., McBROOM R., BRUCE D. The
Tibial Plateau Fracture, the Toronto experience 1968-1975. Clin. Orthop. 1979;
138: 94-104.
2- DUPARC J., FICAT P. Fractures
articulaires de l’extrémité supérieure du tibia.
Rev. Chir. Orthop. 1960. 46, 399-486.
3- FOWBLE C.D., ZIMMER J.W., SCHEPSIS
A.A. The role of arthroscopy in the assesment and treatment of tibial plateau
fractures. Arthroscopy 1993; 9: 584-590.
4- LORTAT- JACOB A., HARDY P., BENOIT J.
La réintervention précoce pour infection en chirurgie
orthopédique du membre inférieur. Rev. Chir. Orthop. 1990;
76:321-328.
5- PEEK R.D., Haynes D.W. Compartment
syndrome as a complication of arthroscopy. Am. J. Sports Med. 1984; 12:132-134.
6- BERNFELD B., KLINGMAN M., ROFFMAN M.
Arthroscopic assistance for unselected tibial plateau fractures. Arthroscopy
1996; 12: 598-602.
7- INSALL J.N., DORR L.D., SCOTT R.D.,
NORMAN S.W. Rationale of the Knee Society clinical rating system. Clin. Orthop.
1989; 248: 13-14.
Figure I :
Classification de Schatker :

Type I Type
II Type III

Type IV Type V Type VI
Figure 2 :
Répartition selon le type de
fracture. Série arthroscopique.

Enfoncement
moyen (47 patient) 7,7 mm
(1 à 20 mm)
Figure 3 : exemple de vissage


Figure 4 : exemple de greffe
Figure 5 Répartition selon le type
dans la série "arthrotomie"
