ARTHROSCOPIE ET
FRACTURE DU PLATEAU TIBIAL
FAUT-IL COMBLER OU
NON ?
D. Chauveaux , JC Le
Huec
Bordeaux
La pratique d’un geste de
comblement reste une recommandation classique dans le traitement des fractures
du plateau tibial unitubérositaires comportant un enfoncement isolé ou associé et
dans celui des fractures complexes notamment bitubérositaires. Cette
mesure, censée améliorer la qualité de la réduction
articulaire et éviter les pertes de réduction secondaires, reste diversement
appliquée.
Quel
peut-être son apport dans le traitement effectué sous
contrôle arthroscopique ?
- Présentation
Sur les 82 patients traités sous arthroscopie, 24 ont
bénéficié d’un geste de comblement.
Quatre greffes autologues seulement ont été
effectuées. L’utilisation préférentielle de
substituts osseux à type de dérivés phospho-calciques (9
cas), d'allogreffes (7 cas), et de ciment
(4 cas) ne nécessitant aucun prélèvement explique
la quasi-égalité des moyennes des temps opératoires (83
minutes contre 88 pour la série sans comblement).
Selon la classification de
Schatzker, ce sont les stades 3 (14 fois) et les stades 2 (9 fois) qui ont
bénéficié quasi exclusivement d’un geste de greffe,
ce qui correspond respectivement à 50 % des stades 3 et 32% des stades 2
de la série globale
-Résultats
L’ensemble a été
apprécié avec un recul moyen de 44mois pour l’ensemble de
la série, de 36 mois (extrêmes 8-82) pour les traitements avec
comblement, et de 54 mois (extrêmes 10-120) pour les autres.
-Postopératoires
En raison d’un nombre
insuffisant de fiches exploitables pour ces rubriques, la qualité des
réductions arthroscopique et radiologique n’a pas pu être
estimée puisque 11 des
fiches- greffes ne sont pas renseignées pour la qualité de la
réduction arthroscopique et 10 pour la qualité de la
réduction radiologique.
–
A la date de
révision
Þ Sur le plan de l’appréciation subjective des patients, l
’indice de satisfaction est très élevé.
Dans la série avec
comblement, 7 patients s’estiment satisfaits, 16 très satisfaits,
cette dernière catégorie représentant 69% de 23 cas exploitables. Par comparaison,
pour le reste de la série arthroscopique simple, il existe 77% de
satisfaits et très satisfaits ; toutefois 5 patients se
déclarent déçus.
Þ Radiologiquement
§ Aspect
Le bilan radiologique de
revue montre une similitude entre les deux séries sur les
incidences de base avec un aspect
normal dans 75% des cas sur la face et le profil pour la série des greffés et
respectivement 75% et 78% pour la
série des cas non
greffés.
Pour les clichés en schuss, un pincement est retrouvé dans 33 % des atteintes avec
comblement secondaire contre 19% des formes sans comblement. Le résultat
ne peut-être retenu puisque trois dossiers n’ayant pas
bénéficié de comblement ne sont pas argumentés pour
ce critère et correspondent, par ailleurs, à des aspects normaux
sur les incidences de base.
Parmi les dossiers avec anomalie, il existe, de profil, une répartition égale
dans les deux séries entre
aspect en condensation et aspect cupuliforme (50 %). De face, on retrouve une plus grande proportion
d’aspect irrégulier dans les formes non greffées (16%
des cas contre 75%.)
§ Alignement
Les études sont ici
plus intéressantes.
L’appréciation des défauts d’axes
postopératoires montre que, (en tenant compte d’un certain nombre
de dossiers inexploitables), 15 sur 21 des fractures ayant
bénéficié d’un comblement ne présentent aucun
défaut d’axe soit 71%, contre 29 sur 54 soit 53% dans
l’autre série. Toutefois
en raison de la faible taille de l’échantillon, cette
différence cliniquement intéressante ne l’est pas
statistiquement si on prend le seuil classique de significativité de 5%
(avec p = 0,05) : dans notre étude, p = 0,16.
Par contre pour les moyennes
de défaut d’axe, (1,83 pour les fractures avec comblement contre
3,66 pour les autres), la différence est à la limite de la significativité (p = 0,09).
Les conséquences
pathologiques d’une telle déviation et de sa mesure restent
toutefois à apprécier
Þ Scores de la Knee
Society :
Le score moyen genou est
de 95,4 (extrêmes 77- 100) pour les
genoux greffés et de 89,8 (extrêmes 6- 100) pour les non
greffés . (p= 0,08)
Avec là aussi une
taille d’échantillon plus grande, le seuil de la
significativité statistique serait sans doute atteint.
Les scores fonctionnels, avec
une moyenne de 94,2 pour les greffés contre 95,4 pour les non
greffés, sont quasiment
identiques.
Discussion
Il faut d’abord retenir
que tous les types de comblement ont parfaitement joué leur rôle
avec pour les substituts d’origine phosphocalcique une parfaite
assimilation avec résorption progressive. Aucun allongement du temps
d’intervention et aucune morbidité spécifique n’ont
été retrouvés.
La lecture brute des
résultats ne permet donc pas de dégager d’arguments
statistiquement significatifs, avec un seuil de confiance de 5%, en faveur de
l’association au traitement sous contrôle arthroscopique d’un
geste de comblement.
Ces résultats sont, a priori, en contradiction avec
ceux de la chirurgie à ciel ouvert. En fait, iIs renforcent simplement
la notion de moindre agressivité des techniques arthroscopiques .
Le caractère peu
invasif de la
réduction et de la stabilisation en percutané et sous
arthroscopie qui permet une réduction de qualité dans des formes
convenablement choisies, est moins
nocive pour les structures cortico-spongieuses et périostées et hypothèque moins les
possibilités de régénération osseuse. Elle rendrait
ainsi moins nécessaire le recours aux techniques de comblement que les
méthodes à foyer ouvert.
Il faut tenir compte de :
-
La bonne qualité
des résultats obtenus avec le traitement simple, qu’il est donc
difficile d’améliorer de façon significative.
-
la faible taille de nos
échantillons, préjudiciable à une appréciation
statistique correcte.
conclusion
Le
recours a l’utilisation d’un artifice de comblement n’est
donc pas à écarter. Les résultats montrent un avantage sensible en sa faveur pour
ce qui concerne la qualité de réduction (fréquence de
défaut d’axe et importance de la déviation ) et du bilan
chiffré du genou, qu’une plus grande taille des
échantillons permettrait sans doute d’affirmer statistiquement.