Arthroscopie : passé et futur
Henri Dorfmann
Mon aventure personnelle débute
en 1969. Alors qu'ARMSTRONG pose le pied sur la lune, je débarque dans
le monde nouveau du Tokyo Teishin Hospital, dans le Service du Professeur
WATANABE.
Comment j'arrive là ?
Il faut d'abord remonter à la
première arthroscopie attribuée à TAKAGI (le maître
de WATANABE) faite à l'aide d'un cystoscope en 1918, pour arriver
à l'époque du premier grand saut de la technique qu'on peut
attribuer à WATANABE, véritable pionnier de l'arthroscopie
moderne avec la création de son arthroscope n°21 en 1958, alors
qu'il avait publié son premier atlas en 1957. Il faut mentionner
aussi le travail de quelques pionniers :
Aux Etats Unis, le premier article paraît en 1925 sous la
signature du Docteur KREUSCHER : " de l'intérêt de la
reconnaissance et du traitement des lésions méniscales" . Il
faut surtout mentionner et retenir l'important travail de BURMAN et son
équipe avec, en particulier, la publication en 1931 dans le JBJS d'un
article concernant l'exploration
de toutes les articulations.
En Europe, le Suisse Eugène BIRCHER publie en 1921 un
article sur l'arthro-endoscopie; en Allemagne, on retrouve les publications de
SOMMER et de VAUBEL en 1937 et 1938, et en 1955, dans la Revue d'Orthopédie,
HURTER de Strasbourg publie un article qui n'aura pas plus d'écho que la
courte communication de R.M. IMBERT rapportée dans le Marseille
Chirurgical de Mai Juin 1956.
A la fin des années 60,
plusieurs équipes rhumatologiques s'intéressent à l'arthroscopie
: JAYSON et DIXON publient en 1968
le rôle de l'arthroscopie du genou dans la pathologie rhumatismale
. ROBLES GIL et KATONA ont revu 80 arthroscopies, à propos de leur
intérêt diagnostique et pour la recherche, lors du 4ème
Congrès de Rhumatologie panaméricain en Octobre 1967. Plus tard,
c'est GOMES et BONOMO (1972) (Brésil), LESLIE et BENTLEY (1978) (GB) qui publient sur l'arthroscopie.
L'année 1969, (outre mon
arrivée à Tokyo) est surtout marquée par la
deuxième édition de l'Atlas d'Arthroscopie de WATANABE. On peut déjà mesurer
à ce moment là le progrès réalisé depuis le
premier atlas où les images sont peintes à la main, et ce deuxième
atlas où, grâce à l'arthroscope n°21, il existe
maintenant des photos.
Quelle est la situation quand je
m'insère dans ce petit milieu ?
Il y a, à côté des
noms déjà cités, un certain nombre de gens, dont j'ignore
l'existence à ce moment là, mais qui vont apparaître comme
des personnages importants, ainsi
R.W. JACKSON a pu s'initier
auprès du Pr WATANABE dès 1964, ou Richard O'CONNOR qui, lui
aussi, va venir le voir en
Février 1971 ; nous reverrons leur rôle plus tard.
Dans le Service de WATANABE, on
travaillait avec des arthroscopes
n°21, (figure 1A et 1B) composés d'une gaine, avec un trocart permettant la mise en place, d'un porte
lampe ( constitué d'une petite lame, avec comme son nom l'indique, une ampoule à son
extrémité) et d'un télescope s'emboîtant dans l'ensemble
de ce système. Essentiellement un télescope à vision
directe, mais il existait également un télescope à vision
à 90°. Le matériel était stérilisé aux
vapeurs de formaldéhyde dans un petit ensemble plastique avec des
étagères (figure 2). Cette désinfection durait 12 à
24 heures. Ce matériel, qui représentait déjà un
énorme progrès, était cependant source de certains ennuis
: d'abord il fallait toujours vérifier que l'ampoule était bien
vissée, car il y avait un risque de la perdre dans l'articulation. Mais
il pouvait arriver pire : que cette ampoule soit cassée dans l'articulation …. IKEUCHI
raconte cette anecdote, mais elle m'est aussi arrivée personnellement !
! ! Il pouvait arriver également que ce porte lampe se rompe sur son
élément métallique (figure 3). Tout cela était
à l'origine de corps étrangers pouvant nécessiter
l'arthrotomie. Les contacts entre le fil électrique et l'arrivée
sur le porte lampe étaient souvent interrompus par un effet isolant provenant de dégradation due aux
vapeurs de formaldéhyde. Il existait un système de survoltage,
sorte de flash , permettant la
prise de photos. Le format rendait en fait difficile la vision dans de grandes
salles, ce que j'appris à mes dépens lors d'une
présentation au Congrès de Rhumatologie de Prague en 1973. Le
budget du Service ne me permit de rapporter qu'un arthroscope que Mr FUKUYO me
remit en grande pompe en présence du Pr WATANABE. Au retour, comme je
n'eu droit (après bien des palabres) à la salle d'op. du Service
de chirurgie générale qu'une fois par semaine, il fallut, compte
tenu des délais de stérilisation, se réapprovisionner en
scopes. Les droits de douane firent un obstacle qui obligea le recours au
système "D", mais j'obtins à partir de Bale, avec
l'aide du Laboratoire Geigy, plusieurs arthroscopes. A la retraite du chef de
service, le nouveau, un « viscéral pur et dur » me
dit qu’il ne voulait plus d’ « os » chez
lui, et me met à la rue. Il fallut plusieurs mois pour que le Professeur
WITVOET me recueille à Saint Louis dans sa petite salle septique (Cloquet).
Ceux qui sont passés dans le service s’en souviennent.
Enfin, il faut surtout rappeler que,
pour l'enseignement, les choses n'étaient pas simples. L'enseignant
maintenait l'optique dans la situation de ce qu'il avait vu, et
décrivait à l'étudiant ce qu'il devait ensuite regarder
après que l’enseignant ait dégagé son œil de
l'arthroscope, sans avoir bougé. Inutile de vous dire que le moindre
mouvement entraînait une vision très différente de la
description et une perte de repère souvent décourageante.
Progressivement les conditions d'enseignement s'améliorent avec la
création de ce qu'on appelle un « teacher » .
D'abord un « teacher » fixe à deux branches,
surtout prévu au départ pour mettre une caméra permettant
de filmer pendant que l'on continuait à regarder par la deuxième
branche, mais qui devait s'avérer être un instrument
d'enseignement utile. Beaucoup plus tard, dans le milieu des années
1970, il est remplacé par un « teacher » long.
Celui-ci, plus maniable est constitué d'un bras à plusieurs
segments mobiles, permettant alors un suivi en direct par l'étudiant du
geste de l'opérateur et permettant de la même façon de
filmer dans des conditions plus faciles.
En 1970, deux équipes
rhumatologiques parisiennes (celle de l’Hôpital Lariboisière
et celle de l’Hôpital Cochin), sont obligées d'attendre le
numéro spécial de Noël de deux revues concurrentes, la
« Semaine des Hôpitaux », et la « Presse
Médicale », pour pouvoir publier leurs photos en couleur. A
cette époque en effet, les photos couleur étaient
l’exception et nécessitaient ce que l’on appelait des
« planches couleur hors texte » qui ne se faisaient
qu'une fois par an. Ceci explique que les deux publications soient sensiblement
concomitantes, en Décembre 1970. Mon article dans la Semaine des
Hôpitaux du 20 Décembre 1970 s'appelait " Arthroscopie du
genou : état actuel de la question
" tandis que l'article de Madame TESSON s'intitulait "
L'arthroscopie du genou : techniques, indications et
résultats" paru dans
la Presse Médicale du 26 Décembre 1970. Mon article, sous
l'influence de mon maître WATANABE, insistait déjà,
à côté des affections purement rhumatologiques, sur un
certain nombre de problèmes mécaniques et sur les premiers gestes
thérapeutiques. Il parlait non seulement des possibilités d'extraction
des corps étrangers, mais aussi des méniscectomies dont WATANABE
avait fait la première en 1962, et dont son assistant, IKEUCHI,
développa la technique en 1967. J'avais eu la chance, à la fin de
mon séjour, qu'ils me remettent une copie du film qu'ils avaient
réalisée en 1967 et qu'ils avaient montrée dans un certain
nombre de congrès japonais et nord-américains.
Il est bien évident que ces deux
publications, en Français, dans des revues générales,
n'ont eu aucun impact ni écho. Pas plus que mes communications suivantes
dans la Semaine des Hôpitaux : 1972 " Nouvelles observations sur
l'arthroscopie du genou" , ou en 1974 sur "L'intérêt de l'arthroscopie devant une
monoarthropathie isolée du genou ". En 1974 le monde orthopédique m'entrouvre sa porte
lors des Journées de Chirurgie du genou de l'Hôpital Bichat
sur "l'Arthroscopie du
genou. Méthodes et indications, intérêt pour l'étude
des lésions méniscales " et la même année
à l'Hôpital St Pierre de Bruxelles j'expose "L'arthroscopie du genou" .
Plus tard encore, je m'exprime chez les radiologues, via le GETROA, en 1975
:" Arthroscopie du genou. Apports particuliers de la méthode
", puis en 1980 dans un face à face avec B. MALDAGUE sur "
Arthrographie-Arthroscopie du genou " (c’est encore
l’époque de l’affirmation difficile du rôle
diagnostique de l’arthroscopie).
On peut dire en fait que c'est la mise
en route du rouleau compresseur nord-américain, qui démarre avec
la publication de deux grandes séries : celle de CASSCELLS dans le JBJS
de 1971, et la série de JACKSON dans le JBJS de 1972, qui marquent le vrai
début de la diffusion mondiale de l'arthroscopie. Même si en 1973
c'est encore les rhumatologues qui, à l’échelon
international, se distinguent lors de leur XIIIème Congrès
à Kyoto en acceptant que j'expose les "Résultats d'une enquête prospective sur
les monoarthrites " et que la maison SHINKO OPTICAL présente sur
son stand l'arthroscope de WATANABE.
Evolution du matériel
Parallèlement, le
matériel va lui aussi beaucoup évoluer. Dès 1960, STORZ
avait introduit la lumière froide puis les optiques forobliques. Il
n'avait pas pris de brevet, et différents concurrents vont finalement
faire avancer les arthroscopes. Les arthroscopes du début des
années 1970 que STORZ fabriquait comportaient une petite pince à biopsie dans une gaine
située au-dessous de l'optique. Cet instrument était peu maniable
et fragile. Le seul avantage était qu'on quittait la vision directe pour
la vision foroblique. C’est celle que vous connaissez aujourdhui et qui
élargit le champ de vision par rotation du scope sur lui-même.
Compte tenu des reproches faits déjà à
l'arthroscopie:
"pourquoi regarder par un trou de serrure quand on peut ouvrir la
porte " comme le rappelle R.W. JACKSON, il paraissait souhaitable de ne
pas faire un deuxième trou. Le premier arthroscope, dit opératoire,
est conçu par O'CONNOR en 1974. Il procédait toujours du
même principe : introduire scope et instruments par un seul trou, ce qui
s'avèrera peu confortable, et cet instrument fut peu
développé. Pourtant, dès 1950, WATANABE se sert d'une
deuxième gaine pour faire des biopsies, en 1955 il résèque
une SVN localisée, et en 1961 il pratique l'ablation d'un corps
étranger.
Finalement, cette notion de
triangulation qu'il a développé dès 1955 apparaît la
plus efficace malgré la nécessité d'un deuxième
trou. Ceci permet d'abord des gestes simples, comme l'ablation de corps
étrangers, et surtout le remplacement d'une simple aiguille par un
palpateur, tel que vous le connaissez aujourdhui. Les étapes suivantes
sont marquées par l'apparition du travail sur écran de télévision. D'abord rèalisé par des
équipes comme celle de L.L. JOHNSON, avec une caméra fixe
reliée au scope par le « teacher ». Cette équipe
utilise un scope de petit taille dit Needelscope. Puis progressivement vont
apparaître des micro caméras qui n'ont, au départ, rien de
la taille de celles d'aujourdhui. Les premières que nous avons
personnellement connues à la fin des années 1970 pèsent
600 à 700 g. Elles ne sont naturellement pas trempables. On doit les habiller.
Puis sont apparues les micro caméras que vous connaissez.
En ce qui concerne le matériel
opératoire lui-même, les premiers instruments sont volontiers
fragiles, avec en particulier un risque de rupture autour des axes, surtout
pour les ciseaux. D'autre part ces ciseaux, pointus au bout, sont dangereux.
Puis progressivement s'est développée toute la palette que vous
connaissez de pinces à saisir de meilleure qualité, la
disparition quasi-complète des ciseaux autour d'un axe, remplacés
par des ciseaux rotateurs, et aussi le développement de baskets
évitant ce problème de la pointe acérée. Se sont
également développés les instruments motorisés :
les premiers, certes moins puissants que ceux dont vous disposez aujourdhui,
n'en sont pas très différents. Le problème des pompes,
indispensables dans certaines situations, souhaitées par certaines
équipes de façon plus systématique, apparaissent
dès le milieu des années 80. L'introduction du laser n'a pour le
moment pas apporté les bouleversements que certains espéraient.
Même si en 1981, lors du Congrès de L'IAA de Rio, le travail de T.
WHIPPLE et celui de GLICK se partagèrent un premier prix bien
mérité.
Le développement de l'IAA fut
certainement un facteur très important de diffusion et de connaissance
de l'arthroscopie. Créée en 1974, à l'occasion d'une
rencontre à Philadelphie, j'y fus, sur proposition de mon maître
WATANABE, admis comme l'un des 70 membres fondateurs. Elle tint son premier
congrès en 1975 à Copenhague et élut comme premier
président, naturellement, le Professeur WATANABE. Sur son chemin de retour, j'eus le
plaisir et l'honneur de le recevoir à Paris. Les travaux de cette
réunion furent rapportés dans un numéro spécial
d'une revue rhumatologique qui s'appelait "R" (entièrement
dans la mouvance du Pr.Delbarre), de diffusion extrêmement limitée
et qui a même disparu depuis. L'article de Cochin faisait état
de l'expérience
française (la leur exclusivement ! cf bibliographie de l’article
ne citant ni HURTER ni moi-même) sur 10 ans (1969, date du séjour
de Me TESSON àTokyo-1975,
date du congrès! ). La réunion suivante eu lieu en 1978, dans le
cadre de la SICOT à Kyoto. Le Professeur WATANABE fit un état des
lieux de l'arthroscopie, comme j'essaie de le faire aujourdhui. Sur sa recommandation, j'entrais au
Conseil dAdministration. Mission que j'accomplis avec mes faibles moyens
pendant 5 ans. En 1981, toujours dans le cadre de la SICOT, la réunion
de l'IAA se tint à Rio de Janeiro. Il fut décidé là
de se rapprocher de l'International Society of the Knee. Les congrès se
tinrent donc en même temps, soit tous les deux ans, jusqu'en 1989
à Rome, où malgré l'opposition de la Belgique et de la
France, l'IAA se fusionna à l'ISK pour devenir l'ISAKOS. Depuis, grâce
aux efforts des présidents successifs de la SFA, cette incartade a
été oubliée, et c'est A. FRANK*
qui nous représente au bureau tandis que P. BEAUFILS**
est au bureau de l'ESSKA.
Le nombre de publications,
conférences d'enseignement et congrès, augmenta de façon
exponentielle à la fin de ces années 1970 et au début des
années 1980. Quelques uns
des noms marquants de cette époque vous sont probablement connus : L
.JOHNSON, R.W. JACKSON, McGINTY, METCALF, GUHL, GLICK, …, en Europe, VAN
REENS, GILLQUIST, ERIKSSON, …Dans cette débauche de cours, tout le
monde se promène et se rencontre beaucoup, mais cette communication tout
azimut porte ses fruits. L'arthroscopie explose, les Sociétés se
multiplient. Votre serviteur s’exprime à Cambridge, Toronto,
Québec, Nimègue, Bermudes, en Caroline du Sud, … Dès
1976, JACKSON et DANDY publient une monographie sur l'arthroscopie du genou. En
1977, L. JOHNSON publie un important livre sur le diagnostic et la chirurgie
arthroscopique, la même année O'CONNOR publie le sien, tandis
qu’en 1978 WATANABE publie la troisième édition de son
atlas y incluant les autres articulations que le genou. Les livres vont se
multiplier : en 1979 W.GLINZ de Zurich publie en allemand sur l'arthroscopie du
genou. En 1980 idem pour HENCHE, un Allemand qui publie (en anglais), puis pour
DANDY en 1981. EIKALAR publie en 1975 sa thèse sur l'arthroscopie du
genou à Groningen (Pays Bas).
Le changement d'image et la
reconnaissance progressive de l'arthroscopie apparaît à travers
ces quelques publications, choisit entre 1978 et 1988 montrant d'abord le doute
quand à sa valeur
diagnostique, puis sa reconnaissance à titre
thérapeutique, elle devient
même référence à l'apparition de l'IRM tandis
que son emploi s'étend aux autres articulations.
A côté de tous ces
éléments écrits, l'enseignement a donc été
facilité, comme nous l'avons vu, par le passage de la vision optique
directe, au « teacher », puis surtout à la micro
caméra, permettant déjà un apprentissage théorique
en suivant les opérateurs de façon plus aisée que la
façon primitive. Différents modèles d'articulations pour
s’entraîner ont été proposés, pas toujours
parfaits, mais d'accessibilité plus simple que les études sur
cadavres, comme j'en ai faites moi-même pendant un an, surtout avec
l'arthroscope de WATANABE qui était quand même relativement
encombrant.
Enfin il faut naturellement mentionner
la création de la revue ARTHROSCOPY en 1985 qui va progressivement
recueillir l'essentiel des articles mondiaux sur le sujet.
SFA
Les débuts furent difficiles,
dans l'indifférence pour ne pas dire l'hostilité de
l'establishement en particulier des Maitres Universitaires. Il n'est d'ailleurs
pas inutile de rappeler que l'arthroscopie s'est développée hors
de l'université pour ne pas dire contre elle pendant de très
nombreuses années. Nous verrons pas à pas ce que la SFA a fait et
où nous en sommes aujourd’hui.
Une première réunion
informelle à eu lieu
à Strasbourg à l'automne 1980 à l'initiative de
J.Y.DUPONT. Il joua un rôle important en particulier par le pole Ambroise
Paré qui éveilla l'intérêt de nombre
d'orthopédistes. Parmi eux, inutile de mentionner deux de ces
émules: Ph. BEAUFILS et A.FRANK. Le congrès fondateur date du 12
Novembre 1980 à Paris, en présence de ses 20 membres (dont 2
agrégés qui bien que non arthroscopistes de fait nous ont apporté
une caution amicale) . Il adopte les statuts et définit les buts de
l'Association. Il réalise ainsi les vœux de Valenti CONTI qui,
dès 1978, m'avait poussé sans succès à la
création d'une telle association (et qui sera responsable du premier
symposium provincial à Marseille). Nous avons alors décidé
de nous réunir deux fois par an, une fois en province au printemps, et
une fois à Paris en décembre (tableaux).
A partir de 1990, seule la
réunion de Décembre a été maintenue, avec toujours
une alternance Paris-Province. Nous avons cherché à couvrir le
maximum de régions. Les comptes-rendus de nos premières
réunions ont d'abord été publiés dans un
supplément du Journal de Médecine de Lyon (entre Octobre 81 et
Septembre 91 : 11 publications).Les délais de parution sont trop longs,
avec des retards de publications qui nous incitent à changer .
Début 91, A.FRANK et B.LOCKER sont mandatés pour créer une
monographie publiée par nous-mêmes. Il en sera ainsi pendant trois
ans (1991 à 1993). Puis, dernière étape, cette
monographie, toujours dirigée de main de maître par A.FRANK est
éditée et vendue par la Société SAURAMPS à
partir de 1994.
D'emblée, notre
Société s'est intéressée à une
coopération internationale. C'est ainsi que dès 1982, nous avons
invité des orateurs étrangers à nos réunions
annuelles. En 1984, le cours de l'IAA que j’ai organisé à
Paris avec toute la SFA a été très important : il a
augmenté notre notoriété, notre attractivité,
c'était la première grande réunion en France avec les meilleurs conférenciers du
moment et plus de 400 participants ce qui paraissait énorme pour
l'époque. Plus tard, un grand nombre de nos sociétaires ont
participé à des réunions en Europe et hors d'Europe. Nous
avons fait aussi des réunions communes avec des Sociétés étrangères,
à Bruges avec la Société Belge en 1985, à Paris
avec la Société Suisse en 1989. Et nous participerons en 2000
à la réunion de la Société Espagnole à San
Sebastian.
En ce qui concerne l'enseignement,
après quelques cours épisodiques débutés par des
membres de la SFA : Octobre 1981
(MOYEN) et Septembre 1983 Lyon(MOYEN IMBERT), Avril 1986 Caen (LOCKER - BEGUIN), nous avons
créé un cours régulier de la SFA avec l'aval et le label
du Collège des Chirurgiens Orthopédistes. En 1989 et en 1990
uniquement un cours de base, puis à partir de 1991 un cours de base et
un cours avancé, répartis sur trois jours. Puis, le temps aidant,
une coopération institutionnelle s’est créée avec
l'Université sous forme d'un Diplôme Inter-Universitaire, et de ce
fait nous avons supprimé nos cours de base, mais maintenu nos cours
supérieurs, comme cette année toujours avant notre réunion
annuelle. Le premier diplôme délivré en 1996 par les trois
Universités fondatrices voit sa reconnaissance augmentée par
l'addition de nouvelles facultés. Cette année, 17
Universités sont concernées par ce DIU. Initialement, chaque
étudiant inscrit aux cours de la SFA, puis au DIU recevait une
monographie régulièrement mise à jour. Cette année
est marquée par la publication de notre livre, fruit d'une
coopération active de 70 auteurs, et surtout du travail constant et de
la ténacité de notre coordonnateur principal : André
FRANK.
Je ne m'étendrai pas sur le
développement du fellowship depuis 1996 avec l'AGA dont on semble
apprécier l'intérêt dans les deux sens. Je voudrais dire un
mot de l'admission dans notre Société, dont la croissance a
été volontairement limitée au départ, avec des
critères d'admission très sévères. Actuellement,
avant notre Assemblée générale, il y a 144 membres titulaires
et 183 membres associés dans notre Société. Ce
contrôle volontaire du développement, le travail de chacun de ses
membres, la valeur de ses réunions ainsi que de son enseignement, ont
permis une reconnaissance progressive de la SFA. D'abord par le Collège
des Chirurgiens Orthopédistes comme nous l'avons vu, puis l'année
1994 a été faste par notre présence "es
qualité" au "Quoi de neuf "en arthroscopie à la SOFCOT et à la
Conférence de Consensus sur l'arthroscopie du genou.
Je vous ai déjà
mentionné le DIU et la coopération internationale, ainsi que la
présence de deux de nos anciens Présidents à des postes
importants de Sociétés internationales. Maintenant il me
paraît intéressant de regarder quelques uns de nos thèmes
de symposium et de parcourir quelques sommaires*,
car nous avons là, me semble-t-il, un des meilleurs reflets de
l'évolution de l'arthroscopie, non seulement en France, mais en
général.
Notre première réunion scientifique a
cherché à déterminer un langage commun entre des
intervenants d'horizons très différents, et ceux qui
étaient là s'en souviennent peut-être, même si
aujourdhui ces discussions de "Sorbonnards "peuvent prêter
à sourire. De même l'année suivante, la discussion à
propos du matériel qui avait encore de gros progrès à faire,
comme nous l'avons vu.
En 1983 se place la première
étude coopérative qui est, à mon avis, l'une des forces de
notre Société, à condition que cette œuvre collective
soit toujours reconnue et utilisée comme telle, ce qui, à de
rares exceptions près, a toujours été le cas, et
naturellement il appartient au bureau de la Société de veiller au
maintien de cet esprit.
En 1984, nous en sommes encore à
l'arthroscopie dans la suite de la chirurgie du genou. En 1985 on quitte le
genou pour la première fois pour parler de l'épaule. En 1986 on
commence à parler du genou dégénératif et en 1987
des limites et échecs de l'arthroscopie du genou.
Au travers des communications libres,
on voit d'abord de nombreux exposés à propos des problèmes
techniques, puis on va beaucoup parler des plicae, ensuite c'est la valeur de
l'arthroscopie dans les accidents aigus du genou qui pose question. On voit que
c'est aussi la valeur diagnostique même de l'arthroscopie qui a besoin
d'être reconnue. Dans ces années 1981-82 on voit apparaître
l'intérêt de la méniscectomie. En 1983, deux nouveaux
thèmes : l'arthroscopie de hanche et les premiers pas vers la
ligamentoplastie sous arthroscopie. En 1984 on débat de la question qui
s'est à nouveau posée récemment avec le
développement de l'IRM à propos de l'ostéonécrose
du condyle fémoral et la méniscectomie, mais aussi du traitement
du kyste méniscal par arthroscopie seule. Mentionnons les discussions
sur la ligamentoplastie artificielle.
En 1987, vous avez là l'influence des rhumatologues dans notre
Société qui explique bien ce thème sur les monoarthrites ;
ce qui n'est pas le cas à l'étranger ou malgré de rares tentatives comme celle d'ARNOLD et
KALUNIAN de Chicago ils sont (en particulier aux USA) hors jeu. Au sommaire* de
1990 on voit que le champ de l'arthroscopie s'est élargi, avec des
sujets sur la cheville, le poignet, l'épaule, la synovite
villo-nodulaire, la suture méniscale. Mais il s'agit des réunions
de 1988, et en raison de ces deux ans de retard, nous nous décidons donc
à un nouveau type de publications comme je vous l’ai dit. Les
thèmes des symposiums marquent une évolution à dix ans par
rapport aux premiers thèmes. Par exemple en 1992, on en est aux
résultats des réarthroscopies ou ceux des méniscectomies
externes avec des reculs plus importants. En 1992 le thème principal est
le genou après 50 ans avec 14 intervenants sous la direction de
Th.BOYER. Vous notez aussi la première présentation du Score
Cartilagineux de la SFA et le résultat d'une enquête
épidémiologique coopérative sur le ménisque interne
sur genou stable rapporté par A.FRANK grâce aux réponses de
57 membres. Il y a aussi 3 ateliers dont vous pouvez lire les thèmes sur
notre site. Je ne m’étends pas sur les sommaires de 1993, 94 et
des années suivantes. Je mentionnerai quand même plus
particulièrement en 1996 l'importante étude coopérative
sur les résultats des méniscectomies sur genou stable avec un
recul de dix ans. Vous connaissez
la structure actuelle de nos réunions : une série de
conférences d'enseignement, un ou plusieurs symposiums toujours
basés sur les études coopératives, et les communications
libres (avec parmi elles une présentation de chacun des
"Fellows"), les vidéo-flash.
Grâce à la SFA,
l'arthroscopie s'est largement répandue à travers la France et a
pénétré maintenant le cursus des études
médicales. La Société elle-même, et un grand nombre
de ses membres actifs, participent à des études
coopératives et à des recherches au sein de notre
Société, mais aussi au sein de Sociétés
étrangères.
Futur de
l'arthroscopie
Je pense qu'on peut reprendre la phrase
de conclusion de notre ami J.P. DUBOS dans l'historique qu’il a fait dans
notre livre d'arthroscopie " à l'aube du nouveau millénaire,
on est en droit de penser que l'arthroscopie conservera une place de choix, si
ce n'est la première, dans l'arsenal des techniques orthopédiques
". Mais sous quelle forme ? Il y a des pistes avec des tendances
générales, et l'espoir du passage de plus en plus de gestes
d'exérèse à des gestes de réparation.
Jusqu'où iront ces possibilités de réparation ? Elle ne
tiennent probablement pas de la seule technique arthroscopique. Elles
dépendront certainement des avancées de la science
médicale et de la technologie de front. Je pense tout particulièrement
au cartilage. Il est probable que les années à venir devraient
permettre des réparations du cartilage comme cela vous a
été exposé hier. L'arthroscopie devrait permettre une
meilleur connaissance de certaines pathologies (ex: pathologie du bourrelet de
hanche.....) et se développer en dehors des articulations. Les
tunneloscopies dont le canal carpien
a été le premier exemple, se développent à
différents niveaux. L'endoscopie rachidienne dont les premiers essais il
y a une quinzaine d'années avaient entraîné plus de
réserve que d'adhésion, semblent maintenant suivre un rail plus
sérieux, avec des développements qui me paraissent
intéressants et d'avenir. Qu'en sera-t-il réellement des
possibilités du laser ? Philippe HARDY répondra probablement
mieux à cette question que je ne peux le faire. Mais il est quand
même probable que, malgré une avancée assez lente, des
possibilités restent en perspective. Que penser du développement
en 3 D, de l'utilisation des images virtuelles, et même des robots ? Je
n’ai pas les capacités de Jules Verne à le prédire.
Si les pronostics précis dans le
domaine scientifique sont quand même difficiles, je voudrais reprendre la
phase finale du discours que j'avais prononcé lorsque j'ai quitté
la présidence en 1990. " Je souhaite aussi que lors du 20ème
anniversaire de notre Société, le Président de
l'époque puisse faire un bilan encore plus positif et constater le
bien-fondé de nos efforts". Il me semble qu'en effet Henry COUDANE*, le Président
d'aujourd’hui, et celui de tout à l'heure peuvent acquiescer
à ce qui n'était alors qu'une prévision, et je souhaite
que, pour les autres prévisions que j’ai pu faire dans le domaine
scientifique et de la vie notre Société, elles se
réalisent dans les années à venir dans
l'intérêt et le bien de tous.