ETUDE
ARTHROSCOPIQUE DE L'ENGAGEMENT ROTULIEN
C. DELAUNAY
Clinique de
l'Yvette, Longjumeau
INTRODUCTION
Place de
l'arthroscopie dans la pathologie fémoro-patellaire
Elle ne fait pas
l'unanimité de par le monde, la classique "exception
Française" s'exprimant une nouvelle fois.
1/ A
l'étranger
L'arthroscopie du
genou fait en général partie des moyens diagnostics possibles.
Elle est
préconisée par de nombreux auteurs, en particulier dans le
démembrement des "anterior knee pain" syndromes. Ainsi,
dès 1979, Casscells (1)
plaidait pour sa pratique
quasi systématique du fait de sa valeur diagnostique (fiabilité
à 95%), en fait essentiellement afin d'éviter des arthrotomies
inutiles et des méniscectomies iatrogènes, qui n'étaient
pas exceptionnelles à l'époque. Plus pondérés en
1984, Casscells et Morgan (2) reconnaissaient que l'examen clinique
restait fondamental et objectivaient par son aspect arthroscopique, le syndrome
d'hyperpression externe rotulien comme une cause potentielle de douleurs
antérieures du genou chez les sujets jeunes.
Dans leurs
Conférences d'Enseignements, Dandy (3) recommandait
un examen arthroscopique avant la réalisation de tout geste chirurgical
de stabilisation rotulienne, et Fulkerson (4) insistait en
particulier sur l'intérêt du contrôle arthroscopique de la
validité des défauts d'alignement suspectés cliniquement.
Ainsi, pour
Johnson (5), le recentrage arthroscopique de la
rotule dans la gorge trochléenne devrait être acquis
"normalement" à 45° de flexion pour un genou sain. Pour
Casscells et Morgan (2), Dandy (3) et Fulkerson
(4), ce recentrage, observé en
arthroscopie, devrait être complètement acquis au plus tard dans
les 60 premiers degrés de flexion du genou. Au-delà de cette
valeur seuil, on pourrait parler, en cas de recentrage rotulien trop tardif, de
course rotulienne "anormale" ("patellar maltracking").
2/ En
France
La place de
l'arthroscopie reste encore restreinte, et elle ne fait toujours pas partie des
moyens diagnostics recommandés.
En 1990, Dorfmann
et Labaune (6) insistaient sur la
nécessité d'une bonne maîtrise des indications de
l'arthroscopie en général, afin d'éviter des examens
abusifs, en particulier dans la si fréquente pathologie clinique
d'origine fémoro-patellaire. En 1994, la Conférence de consensus
sur l'arthroscopie du genou (7) concluait: "L'arthroscopie
diagnostique n'a guère de place dans l'évaluation des douleurs
antérieures du genou d'origine fémoro-patellaire". La Référence
Médicale Opposable N°2, sur le thème N°IV
"Explorations et chirurgie du genou", édictée en 1995
par la Caisse Nationale de l'Assurance Maladie (8),
reprenait à son compte ces conclusions en limitant la latitude à
pratiquer une athroscopie aux "cas particuliers de douleurs rebelles
pour lesquelles est évoqué le rôle d'un plica ou d'un
clapet cartilagineux".
Cependant, Dupont
en 1995 reconnaissait à l'arthroscopie l'apanage du diagnostic de
certains engagements fémoro-patellaires atypiques (9). Simultanément, ce même auteur s'interrogeait sur
l'intérêt de l'arthroscopie diagnostique lorsqu'un syndrome
rotulien douloureux coexiste avec un bilan d'imagerie
radio-tomodensitométrique totalement négatif (10). Dans cette situation clinique, il suggérait que
l'arthroscopie pourrait se montrer plus sensible que l'imagerie traditionnelle,
mais moins spécifique (nombreux faux positifs).
Reproches
faits à l'arthroscopie en pathologie fémoro-patellaire
Ils sont de deux
ordres.
1/
Déontologiques
Comme tout acte
chirurgical, l'arthroscopie n'est pas dénuée de risques et son
coût économique n'est pas négligeable. Surtout, sa pratique
devant tout genou douloureux ouvre la porte à de nombreux examens
abusifs, voire iatrogènes.
2/
Techniques
Les conditions
"chirurgicales" de la réalisation de l'acte arthroscopique
éloignent inévitablement de la biomécanique "naturelle".
En particulier,
les effets: 1) de la constriction due au garrot, 2) de l'annulation
anesthésique du tonus musculaire quadricipital, et 3) de la distension
articulaire liée au remplissage liquidien, représentent des
artéfacts techniques apparemment rédhibitoires et susceptibles de
rendre caduques les informations fournies par l'arthroscopie sur l'engagement
et la course rotuliens.
Les
objectifs de nos
études vont être doubles :
1/ Déterminer les effets des
conditions techniques de réalisation de l'arthroscopie sur l'observation
de l'engagement rotulien
2/ Etablir s'il existe une
corrélation entre l'aspect arthroscopique de l'engagement rotulien et
les données de l'examen clinique du genou.
QUESTION
N° 1 :
Quels sont
les effets des conditions techniques de l'arthroscopie ?
1/ Les
conditions techniques
Les examens
arthroscopiques du genou qui composent le matériel des études
décrites ici ont tous été réalisés par le
seul auteur et toujours avec la même installation. Le garrot pneumatique
était très haut placé dans un arthrostress à la
racine de la cuisse, le membre étant libre et totalement
préparé. L'anesthésie était le plus souvent générale
(quelques rachi-anesthésies). Le remplissage du genou était obtenu
par simple pesanteur avec une poche de 2 litres de sérum physiologique
à 2 mètres du sol. Le scope utilisé était
conventionnel à 30° et introduit par abord antéro-externe
habituel.
2/ Etude
des effets
- De la
détente quadricipitale
Ses effets sur la
course rotulienne ne peuvent être qu'extrapolés à partir
des constatations faîtes lors des études portant sur la contraction
quadricipitale.
Plusieurs travaux
scannographiques ont indiqué que la contraction quadricipitale majorait
la bascule rotulienne externe sur des genoux symptomatiques avec
instabilité rotulienne objective (luxation) examinés en extension
par Nove-Josserand et Dejour (11), ainsi qu'en extension et flexion
à 20° par Delgado-Martinez et al.(12). Cette
majoration de la bascule rotulienne externe en extension a été
parfaitement confirmée par Johnson (5), lors
d'examens arthroscopiques pratiqués sous anesthésie locale sur 11
genoux sains de volontaires. Par contre, alors que passivement le recentrage
sur genou sain se produisait pour la même flexion (environ 45°) que
celle notée sous anesthésie générale, activement,
la contraction quadricipitale réduisait de 50% environ la course
rotulienne avant recentrage, qui survenait alors aux environs de 20°.
Dans les genoux
avec instabilité rotulienne objective (subluxation et luxation), les
effets de l'atonie quadricipitale lors de la mise en flexion progressive
restent encore indéterminés.
- De la voie
de pénétration du scope
Elle reste
discutée. Une voie supérieure (externe ou interne) est
préconisée par Dandy (3), Fulkerson (4) et Dupont (9). Pour Lindberg et al.(13), le scope est introduit par voie trans ligamentaire rotulienne de
Gillquist. Par simplicité, nous avons examiné cet engagement par
la voie habituelle antéro-externe, retenue aussi par Casscells et Morgan
(2), Johnson (5) et
Chassaing et Parier (14). Le scope à 30°, peu
poussé par cette voie, ne nous a pas semblé interférer
avec le parcours rotulien et l'engagement trochléen, que l'on observe
alors de face.
- Du
remplissage articulaire liquidien
Un
précédent travail personnel (Delaunay et Kapandji (15)) portant sur 100 arthroscopies simples du genou a consisté
à mesurer systématiquement à l'aide d'un goniomètre
stérile la valeur de l'Angle de Flexion nécessaire à
l'obtention du Recentrage (AFR) fémoro-patellaire aussi complet que
possible (visualisation arthroscopique d'un parfait contact entre les facettes
rotuliennes et les berges trochléennes correspondantes). Cet angle de
flexion se majorait de l'ordre de sept degrés en moyenne entre les
situations de vacuité articulaire et de remplissage liquidien sans
arthropompe (poche de 2 litres à 2 mètres du sol et par simple
pesanteur). Cette différence était significative (test-t
apparié, p < 0,001), et identique quelque soit le diagnostic de
l'affection ayant légitimé l'acte arthroscopique (77
lésions ménisco-ligamentaires, 13 syndromes douloureux rotuliens,
7 contrôles lors d'ablation de vis tubérositaires et 3 genoux
mystérieux).
- Du garrot
pneumatique
Ces effets sur la
course rotulienne étaient imprévisibles dans le travail de Marson
et Tokish (16), lors de la réalisation
d'arthroplasties totales du genou par arthrotomie classique d'Insall, avec une
majoration de la bascule rotulienne dans la moitié seulement des genoux
opérés.
Dans les
conditions techniques habituelles d'une arthroscopie réalisée sur
des genoux non-arthrosiques et "fermés", il semblait peu
probable qu'un garrot placé très haut sur la cuisse puisse
perturber considérablement la course rotulienne. Il n'avait aucun effet
notable dans l'étude arthroscopique de Johnson (5), sous réserve de conditions techniques précises que
nous avons de ce fait strictement reproduites. Mais, cette étude ne
portait que sur 11 genoux de volontaires "sains".
Dans une courte
série personnelle de 40 examens arthroscopiques consécutifs
"tout venant", l'auteur a constaté, avant et après
gonflage du garrot pneumatique à 40 mm de mercure, une réduction
de la mesure de l'AFR au sérum de 5° à 15° (1 genou) dans
2/3 des cas, et aucun effet dans le dernier tiers. La différence moyenne
relevée entre les 2 situations était de l'ordre de 5°, ce qui
était significatif (test-t apparié, p<0,0001). Cet effet
"constricteur" du garrot en arthroscopie est à la fois
imprévisible et relativement faible. Il s'oppose de plus à
l'effet du remplissage liquidien, qui s'annulerait donc plus ou moins.
Réponse
à la première question
Les effets
combinés; -"déstabilisateur" de l'atonie
quadricipitale; - "constricteur" du garrot; et - les 7° moyens de
bascule rotulienne externe supplémentaire liée au remplissage, ne
rendent pas inexploitables les données visuelles obtenues par
l'observation arthroscopique de l'engagement rotulien.
Ainsi, les
conditions techniques sus-décrites permettent de mesurer l'AFR,
donnée rapide, objective, simple et reproductible.
QUESTION
N° 2
Quelle
valeur accorder à l'AFR dans la pathologie douloureuse rotulienne du
sujet jeune ?
Sous
réserve des constatations techniques précédentes, cette
étude a cherché à confronter rétrospectivement les
valeurs d'AFR "au sérum", systématiquement
mesurées à l'arthroscopie, avec les manifestations
pré-opératoires cliniques d'origine rotulienne correspondantes.
Matériel
et méthode
De janvier 1993
à octobre 1996, 390 arthroscopies consécutives du genou ont
été réalisées par l'auteur. Après
élimination des patients agés de plus de 40 ans ou
déjà radiologiquement arthrosiques, et des arthroscopies
accompagnant un acte chirurgical (chondroplasties, ligamentoplasties, etc ...),
116 examens arthroscopiques ont été retenus. Ils concernaient 115
patients, 66 hommes et 49 femmes (1 patiente ayant été
examinée des 2 côtés), agés de moins de 40 ans (age
moyen, 26 ans; extrêmes, 12 à 40 ans). L'examen clinique
pré-opératoire du genou a toujours été complet. Le
bilan radiographique standard ne comportait que des clichés de face, de
profil, et une incidence axiale à 30° de flexion. Ces 116 genoux ont
été classés en 3 groupes.
- Groupe-T
(Témoin): il comprenait 50 genoux ne présentant aucune
symptomatologie fémoro-patellaire, à l'interrogatoire et à
l'examen clinique pré-arthroscopique. Ces arthroscopies étaient
essentiellement indiquées pour des lésions ménisco-ligamentaires.
- Groupe SDR
(Syndrome Douloureux Rotulien): 55 genoux présentant une symptomatologie
rotulienne douloureuse et éventuellement d'instabilité rotulienne
subjective. Dans 19 cas, l'arthroscopie a retrouvé des lésions
chondro/ ménisco/ligamentaires associées.
- Groupe LUX: 11 genoux ayant présenté un ou plusieurs
épisodes plus ou moins récents de luxation de rotule.
L'installation et
la technique arthroscopiques ont toujours été identiques à
celles précédemment décrites. La bascule rotulienne exerne
en extension avec ouverture de l'interligne fémoro-patellaire interne,
et le contact initial de la facette rotulienne externe lors de la mise en
flexion, éventuellement réduit (signe de Casscells, Figure 1),
ont été notés.
Surtout, la
mesure après inflation de sérum de l'AFR a été
systématiquement effectuée, en rotation naturelle du squelette
jambier. Compte tenu de l'effet du remplissage liquidien, majorant la bascule
rotulienne externe de 7° en moyenne dans les conditions techniques
sus-décrites, et des effets opposés du garrot et du relachement
quadricipital, l'auteur a retenu un angle de recentrage de 65° comme
étant la valeur seuil de "normalité arthroscopique". La
sensibilité, la spécificité, les valeurs
prédictives positive et négative de cette valeur d'AFR seuil
"au sérum" de 65° ont été
déterminées selon les critères retenus par Dupont (10).
Résultats
Par groupes, les
valeurs moyennes d'AFR "au sérum" ont été de
39° pour les 50 genoux du groupe-T, et de 52° pour 50 des 55 genoux du
groupe-SDR, car en 5 occasions le recentrage n'avait pu être obtenu en
flexion maximale autorisée par l'installation. Cette différence
était hautement significative (ANOVA, p <
0,0001). Dans le groupe des luxations, le recentrage a été
impossible à obtenir 9 fois sur 11.
Sur les 116
genoux examinés, 30 avaient un AFR "au sérum" >
65°; 1 seul appartenait au groupe témoin, alors que tous les autres
appartenaient aux groupes rotuliens symptomatiques (19/55 au groupe SDR et
10/11 au groupe-LUX). La corrélation entre la
constatation d'un AFR > 65° et l'existence de manifestations cliniques
rotuliennes, douleur et instabilité (groupe-T versus groupes SDR + LUX) était significative (Chi2, p = 0,0001).
L'analyse
statistique du critère "AFR > 65° au sérum"
révélait des valeurs différentes selon les groupes
pathologiques considérés par rapport au groupe-Témoin.
Dans le groupe-SDR, sa sensibilité était faible (0,34), mais sa
spécificité et sa valeur prédictive positive (VPP)
étaient très fortes (0,98 et 0,95, respectivement). Dans le
groupe-LUX, sa sensibilité et sa
spécificité étaient fortes (0,91 et 0,81, respectivement),
mais sa VPP faible (0,33).
Réponse
à la deuxième question
Il existait
une corrélation réelle entre les tableaux cliniques
fémoro-patellaires pré-arthroscopiques et les mesures d'AFR
"au sérum", en particulier dans le groupe des SDR du sujet
jeune, où la valeur d'AFR seuil "au sérum" > 65°
présentait une spécificité et une valeur prédictive
positive élevées.
DISCUSSION
Critiques
méthodologiques
1/ La
mesure de l'AFR
Elle n'est
possible et reproductible qu'à condition de respecter des conditions
techniques toujours identiques. Le recours à l'arthrostress nous parait
indispensable, afin que la jambe soit parfaitement libre et en rotation
naturelle. Les examens pratiqués sur table normale, où la flexion
est obtenue jambe contrainte, ne nous semblent pas offrir les mêmes
possibilités de mesure et surtout la même reproductibilité.
Quant à la
mesure de l'AFR à l'aide d'un goniomètre stérile, son
caractère fruste est évident, et des difficultés ont
été rencontrées par Johnson (5) et
par l'auteur, du fait du drapage par les champs stériles. Il n'existe
cependant pas d'autre moyen de mesure en clinique courante.
2/
Définition du Syndrome Douloureux Rotulien
Elle est une
constante source de confusion dans la littérature.
Ainsi, en 1994,
Martinez Moreno (17) définissait le syndrome rotulien
douloureux "idiopathique" comme regroupant les genoux
présentant une douleur à la surcharge fémoro-patellaire
constamment associée à des lésions cartilagineuses
rotuliennes observées à l'arthroscopie. Cette définition
n'était pas retenue par Casscells (1), Johnson (5), Dupont (10) et Lindberg et al.(13), pour lesquels il n'existait aucune relation fréquente
entre SDR et lésion cartilagineuses rotuliennes. Sur 163 genoux SDR
étudiés sous arthroscopie par Casscells et Morgan (2), 3 sur 4 avaient un cartilage rotulien d'aspect normal. De
même, sur 56 genoux SDR examinés par Dupont (18), 56% avaient un cartilage rotulien d'aspect normal
L'auteur a quant
à lui retenu la définition du syndrome rotulien douloureux
proposée par Dejour et al.(19): douleurs
subjectives à la descente des escaliers, à la position assise
prolongée et à l'examen clinique, éventuellement
associées à des phénomènes d'instabilité
subjective (instabilité rotulienne potentielle), mais sans luxation
(instabilité rotulienne "objective") et sans arthrose (absence
de pincement sur la vue axiale à 30°). Ce SDR est qualifié
par Dupont d'"idiopathique" seulement lorsque l'imagerie
radiographique est "normale" (10).
Quoiqu'il en
soit, le SDR représente pour l'auteur un sous-ensemble du groupe des
douleurs antérieures du genou et un stade intermédiaire entre
genoux asymptomatiques rotuliens (groupe-Témoin) et luxations de rotule
(groupe-LUX, avec instabilité rotulienne
objective).
3/
Confrontation Radio-Arthroscopie
L'absence de
bilan radiographique complet pour tous les patients et le caractère
rétrospectif de ce travail ne permettaient pas de confronter les données
de l'arthroscopie à celles fournies par les examens d'imagerie
conventionnelle.
Cependant, une
analyse prospective des relations entre symptômes et imagerie a
été effectuée par Dupont (10). Sur
une série de 431 genoux classés en 3 groupes comparables aux
notres (groupe-Témoin, 295 genoux; groupe-SDR, 89 genoux; et groupe LUX, 47 genoux), cet auteur a testé la sensibilité et
la spécificité des informations sur la position de la rotule et
la morphologie trochléenne fournies par 4 incidences radiographiques:
vue axiale à 30°, profil en extension, profil en flexion à
30° et trochlée de profil (signe du croisement).
Dans les groupes
des luxations, la constatation d'un AFR au sérum > 65°
présentait une sensibilité (0,91) et une
spécificité (0,81) inférieures à celles fournies
respectivement par les incidences de profil en extension (sensibilité,
0,98) et à 30° de flexion (spécificité, 0,91). Par
contre dans le groupe-SDR de notre étude, si la valeur seuil d'AFR >
65° présentait une sensibilité faible (0,34; car un tiers
seulement des genoux SDR avaient un AFR > 65°), sa
spécificité de 0,98 (car 1 seul des genoux témoins avait
un AFR > 65°) et sa valeur prédictive positive de 0,95
étaient supérieures à celles fournies par les 4 incidences
radiographiques conventionnelles étudiées par Dupont.
4/
Confrontation Scanner-Arthroscopie
Dans ce travail,
la réalisation d'un scanner avec mesure de la TAGT avait
été réservé aux bilans
pré-opératoires des genoux dont l'intensité rebelle de la
symptomatologie rotulienne (douleur et instabilité potentielle)
conduisait à envisager l'opportunité d'une intervention de
recentrage rotulien. Dans le groupe des 55 genoux avec SDR, 24 scanners furent
effectués; 13 mesures de TAGT (54%) étaient dans les limites
normales (9mm +/- 4 à 30° de flexion et 15mm +/-4 en extension).
Le scanner permet
aussi d'apprécier la bascule rotulienne externe, étudiée
par Nove-Josserand et dejour dans l'instabilité rotulienne objective (11). Une valeur seuil de 20° de bascule externe était
déterminée par ces auteurs, au-delà de laquelle la bascule
serait pathologique. En respectant ce seuil, la valeur moyenne de la bascule
rotulienne (quadriceps décontracté + contracté),
permettait d'obtenir le meilleur équilibre entre sensibilité
(0,91) et spécificité (0,90) dans l'instabilité rotulienne
objective. Cette spécificité de la bascule rotulienne externe est
donc supérieure à celle de 81% obtenue par la mesure de l'AFR
"au sérum" pour les genoux des groupes LUX.
Par contre dans
l'étude de Nove-Josserand et Dejour, la sensibilité et la
spécificité de cette bascule seuil de 20° n'avaient pas
été calculées pour des genoux avec SDR isolé sans
instabilité objective. Aucune comparaison statistique entre
l'étude Lyonnaise et la notre n'était donc possible pour le
groupe-SDR, où nous rappellerons cependant que la valeur seuil d'AFR
> 65° avait dans notre série une spécificité de
0,98, qui paraît difficile à surpasser.
5/
Confrontation RMN-Arthroscopie
L'imagerie par
résonance magnétique nucléaire (RMN) n'avait
jusqu'à présent suscité que peu d'intérêt
dans la pathologie fémoro-patellaire douloureuse. Dupont la
considérait en 1995 comme trop onéreuse, fournissant des
données cartilagineuses moins précises que l'arthro-scanner,
très "opérateur-dépendante" et
non-aisément accessible partout (10). De plus,
ses applications à l'étude de l'interligne
fémoro-patellaire ne sont pas d'interprétation facile du fait des
variations entre les mesures angulaires de congruence osseuse et cartilagineuse
relevées par Muellner et al.(20). Dans notre
travail, aucune RMN n'avait été pratiquée dans le but
d'étudier spécifiquement la mécanique
fémoro-patellaire; aucune confrontation avec la mesure de l'AFR
arthroscopique n'était donc possible.
Tout
récemment cependant, Williams et al.(21) ont
décrit une technique d'imagerie par RMN dynamique, permettant
d'étudier la course rotulienne (de l'extension à 90° de
flexion) chez le sujet debout (en charge) et assis. Dans 2/3 des sujets
asymptomatiques (genoux Témoins) examinés en charge, la rotule
genou en extension était en position de bascule latérale. Pour
tous ces genoux sains, la rotule était recentrée dans la gorge
rotulienne à 30° de flexion, ce qui correspond bien à ce qui
avait été décrit dans l'étude arthroscopique sous
anesthésie locale de Johnson (5). Cette
application de la RMN à l'étude de la pathologie rotulienne
douloureuse semble donc prometteuse, mais d'un accès encore
limité.
6/
Confrontation Arthroscopique: signe de Casscells-AFR
Une analyse
statistique de la valeur du signe arthroscopique de Casscells (bascule
rotulienne externe et contact marginal interne en début de flexion) a
déjà été réalisée par Dupont (18). La sensibilité de ce signe était de 1 dans les
luxations et de 0,93 dans son groupe de SDR. Par contre, sa
spécificité dans le SDR était seulement de 0,56, soit
inférieure à celles de toutes les données radiologiques
étudiées par ce même auteur, en raison du nombre
élevé de subluxations asymptomatiques (43% de signe de Casscells
positif dans son groupe de 298 genoux-Témoins).
Notre
étude statistique de la valeur d'AFR seuil > 65° indiquait une
excellente spécificité dans notre groupe de SDR, avec anomalies
radiographiques (correspondant au SDR avec instabilité subjective selon
Dejour) ou sans anomalie radiographique (SDR "idiopathique" selon
Dupont). La spécificité (0,98) et la valeur prédictive
positive (0,95) de cette valeur arthroscopique "AFR seuil >
65°" étaient donc supérieures à celles du signe
de Casscells.
CONCLUSIONS
1/ Les
conditions techniques ici définies de la réalisation d'une
arthroscopie du genou perturbent relativement peu la
"mécanique" de l'engagement fémoro-patellaire.
2/
L'arthroscopie fournit des informations fémoro-patellaires non seulement
qualitatives (vision, palpation), mais aussi quantitatives (AFR).
3/ La
valeur seuil de l'AFR "au sérum" > 65° est une
donnée originale jusque-là non appréciée en
pathologie fémoro-patellaire.
4/ Dans le
SDR sans instabilité objective, cette valeur seuil de l'AFR "au
sérum" > 65° présente une spécificité
de 98%, forte et inégalée.
Propositions
1/ Une
mesure arthroscopique de l'AFR "au sérum", rapide et
facilement reproductible sous réserve d'une technique toujours
identique, devrait être systématiquement réalisée lors
de tout examen arthroscopique du genou.
2/ La place
éventuelle de l'arthroscopie couplée à la mesure de l'AFR
"au sérum" dans le bilan des SDR sans instabilité
rotulienne objective pourrait ainsi faire l'objet de futures études
prospectives.
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Corrélation
chirurgie-arthroscopie
Dans cette
série personnelle, 8 (73%) des 11 genoux du groupe-LUX ont été opérés à la fin de la
période d'étude. De plus, selon les indications chirurgicales
finalement retenues par l'auteur, 22 genoux du groupe SDR furent finalement
opérés, après échec des mesures attentistes et des
traîtements fonctionnels recommandés (Dorfmann et Labaune (1)). Ce taux de 40% d'évolution défavorable est voisin
de celui de 33% de non amélioration rapporté par Kannus et al.(), après 7 ans de traîtement fonctionnel, dans un groupe
de 51 genoux douloureux antérieurs non arthrosiques (SDR).
Pour 22 genoux du
groupe SDR finalement opérés (transfert-abaissement
tubérositaire), 13 (59%) ne présentaient pas de patella alta
selon l'indice de Caton (AT/AP < 1,2)
Sur les 21
mesures de TAGT effectués pour 22 genoux du groupe SDR qui furent
finalement opérés (transfert-abaissement tubérositaire),
10 étaient dans les limites de la "normale". La
sensibilité de cette mesure de la TAGT dans ce sous-groupe des genoux
SDR opérés n'était que de 0,52, et sa
spécificité ne pouvait être calculée du fait du
très faible nombre (3) de scanner-TAGT réalisés pour les
genoux-SDR non-opérés. Treize de ces 22 genoux
opérés avaient un AFR > 65° (dont 5 avec un recentrage
impossible), d'où la sensibilité faible (0,59) de la valeur d'AFR
> 65° dans le sous-groupe des SDR opérés, mais une
spécificité supérieure de 0,82.