TRAITEMENT
ARTHROSCOPIQUE DES LESIONS DU BOURRELET GLENOIDIEN DE L'EPAULE DOULOUREUSE ET
INSTABLE
A PROPOS D'UNE SÉRIE DE 17 CAS.
O. COURAGE
Clinique
François 1er 76600 Le Havre
Introduction
Les
luxations récidivantes d'épaule traitées sous arthroscopie
donnaient un taux d'échecs en moyenne deux fois supérieur aux
techniques chirurgicales conventionnelles. L'étude multicentrique de la
SFA en 1993 (1) confirmait ce taux élevé de récidives
à 22 %. La même année, pour Walch (2), il atteignait 37 %.
L'analyse plus fine des sous-groupes "subluxation" donnant des
résultats plus encourageants, nous avions réservé nos
indications arthroscopiques aux lésions traumatiques du bourrelet sans
luxation de l'épaule.
Pour
ces patients douloureux et instables, indemnes de luxation, il était en
effet difficile de proposer une intervention conventionnelle type Bankart ou
butée. L'arthroscopie permettait de confirmer le diagnostic, de traiter
la lésion avec une faible morbidité, en respectant au mieux le
sous-scapulaire, au prix d'une hospitalisation plus courte.
L'objectif
de cette étude rétrospective a été d'évaluer
les résultats cliniques et sportifs de 17 épaules douloureuses et
instables avec lésion du bourrelet sans luxation traitées par arthroscopie.
Matériel et méthodes
Pour
cette étude, 17 patients opérés par le même
chirurgien d'avril 97 à août 98 ont été inclus. Il s'agissait de 11 hommes et 6 femmes
d'âge moyen de 20 ans (14 à 25 ans) sans activité
professionnelle, plutôt étudiant. Le côté dominant
était le plus souvent atteint pour 14 cas.
Aucun antécédent familial
d'instabilité n'avait été retrouvé. Il s'agissait
de patients sportifs dans 15 cas, 11 d'entre eux pratiquant un sport
d'armé. Un épisode traumatique initial était constamment
présent, sportif dans 11cas, AVP dans 4 cas. Le mécanisme le plus
souvent retrouvé était
en rotation externe et en abduction (9 cas). Un traitement fonctionnel
par rééducation avait été réalisé
dans 15 cas, mais n'avait pas permis de supprimer les sensations de subluxation
et de douleurs.
Le
délai accident-chirurgie était de 16,5 mois, avec un nombre de
récidives de subluxation
supérieur à 10, dans 10 cas. La gêne ressentie avait
nécessité un arrêt sportif dans tous les cas et un arrêt de travail dans 1 cas.
Tous les patients ont été
évalués fonctionnellement selon les critères de la
cotation Duplay et classés en quatre catégories : Excellent (91
à 100 points), Bon (76 à 90 points) , Moyen (51 à 75
points), Mauvais (0 à 50 points).
L'examen
clinique n'avait pas mis en
évidence d'hyper-rotation externe, mais les tests d'appréhension
antérieur (Fulcrum Test) et
le Relocation test de Jobe (disparition
des douleurs et de l'appréhension en exerçant une poussée
antéro-postérieure sur la tête humérale)
étaient tous deux positifs (6). Aucune atteinte clinique de la coiffe
des rotateurs n'avait été retrouvée.
Le
bilan radiographique
pré-opératoire comportant un cliché de face en 3
incidences et l'incidence de Garth (7), avait retrouvé une lésion
osseuse de la glène qui avait été jugée minime, et
aucune encoche de la tête humérale. L'arthroscanner, toujours
réalisé par le même radiologue, et
"sensibilisé" par une série de coupes en rotation
interne, permettait de confirmer la lésion du bourrelet (photo n°1)
en zone 2 et 3 de SNYDER (8) dans 14 cas. Deux fois la lésion avait
été étiquetée "douteuse", une fois, le
bourrelet était jugé normal. Une poche de décollement
avait été notée importante dans 3 cas. Aucune atteinte de
la coiffe n'était associée.
L'intervention :
La
technique Fastak ® développée par MAKI et HABERMEYER (9) a
été utilisée, elle permet de réinsérer le
bourrelet sur le bord antérieur de la glène, d'assurer la
continuité de la concavité glène bourrelet et de
reproduire ainsi l'effet ventouse (10). Ce type d'implant présente une
bonne bio-compatibilité, l'ablation de celui-ci est par ailleurs
possible. Elle était réalisée sous anesthésie
générale en position demi-assise. L'arthropompe a
été utilisée. La voie arthroscopique postérieure
permettait de confirmer le diagnostic (photo n°2), puis une seule voie
antérieure instrumentale était réalisée de dedans
en dehors au dessus du tendon du sous scapulaire ou en trans tendineux en cas de lésion à
"5 ou 6 h".
Cette
exploration arthroscopique nous a permis de retrouver une bonne
corrélation avec l'arthroscanner, puisque dans 17 cas, la lésion a été
confirmée. Toutefois l'arthroscopie retrouvait un décollement jugé
important dans 8 cas. Le premier temps consistait en l'exérèse au
shaver des tissus fibreux. On exposait alors à la spatule le bord
antérieur de la glène que l'on avivait à la râpe et
à la fraise. Pour ce temps important , il fallait disposer d'une
instrumentation spécifique.
On
disposait alors les implants à l'angle antérieur de la
glène, débordant légèrement sur le cartilage
aprés avivement. Dans 10 cas, deux implants ont été
nécessaires. Après passage du fil, le bourrelet etait
accolé par un noeud réalisé sous arthroscopie (photo
n°3). On peut dans certains cas passer l'implant à travers le
bourrelet et récupérer le fil, mais il y a alors un risque
d'implantation trop interne. Les voies d'abord sont fermées sans
drainage.
L'hospitalisation
a toujours été de 24 h et le patient sortait immobilisé
pour 3 semaines sans rééducation. La reprise de travail a été faite à
deux mois.
Aucune complication précoce
n'est survenue, tant septique que neurologique. On note deux capsulites dont
une a nécessité une mobilisation sous anesthésie à
6 mois, avec une récupération compléte.
Résultats
Cliniques et sportifs
Le
recul moyen était 15,5 mois ( de 8 à 28 mois) et tous les
patients ont été revus par l'opérateur.
La
reprise sportive a été
autorisée à 3 mois, elle a été effective en moyenne
à 4,9 mois.
Le sport a été repris au
même niveau ou à un niveau supérieur dans 14 cas, dans deux
cas une baisse de niveau était constatée. Nous avons noté
une récidive à 6 mois sous forme de luxation
antéro-interne. Il s'agissait d'un armé contré au
hand-ball sévère qualifié par le patient
"d'agression". La reprise sportive avait été
effectuée à 3 mois dans de bonnes conditions. Le patient a
été repris par une butée coracoïdienne après
ablation des implants, il est alors sorti de l'étude.
La
gêne dans la vie quotidienne
jugée peu importante n' a été soulignée que
4 fois.
Le
résultat subjectif
montrait : 10 très contents, 5 contents et 1 déçu
Le
résultat fonctionnel
global selon la fiche de cotation de WALCH (4) et du groupe DUPLAY était
réparti en : Excellent (91 à 100 points) dans 6 cas, Bon (76
à 90) dans 9 cas, Moyen (51 à 75) dans 0 cas, Mauvais (0 à 50) dans deux cas.
Pour
notre mauvais résultat, la fracture de glène initialement
jugée peu importante était certainement en cause. Il a toutefois
repris le rugby avec des douleurs et une sensation d'instabilité, mais
pour l'instant il a refusé une réintervention. L'appréhension
ressentie avait disparu dans 14 cas, mais les douleurs étaient encore
présentes dans 7 cas. Un déficit de rotation externe a été
retrouvé dans 5 cas: il n'excédait jamais 10°. La disparition
du test d'appréhension a été noté dans 16 cas.
Radiologiquement, par rapport aux données opératoires,
la position des implants était jugée satisfaisante sur la radio
de contrôle dans 14 cas. Pour les trois cas, les implants étaient
positionnés en haut, sans conséquences cliniques .Dans un cas,
une mobilisation d'implant a été constatée sans traumatisme
particulier et sans douleur ou appréhension.
.
Analyse et Discussion:
Suite
à un traumatisme de l'épaule sans luxation après une
période de cicatrisation d'au moins 6 semaines, si la pratique sportive
entraîne des douleurs, une instabilité ou des épisodes de
sub-luxation, une lésion du bourrelet doit être
évoquée. Le diagnostic sera confirmé par la clinique et
par l'arthroscanner. Dans ce cadre,
les lésions sont moins importantes qu'en cas de luxation
récidivante, il nous est apparu indispensable de "sensibiliser
" l'examen par des coupes en rotation interne. L'arthro - I.R.M
prometteuse est en cours de validation.
L'arthroscopie
est une technique de choix pour traiter ces lésions, comme l'avait
étudié GREEN (11) dans une étude comparant le Bankart
à ciel ouvert et la technique sous arthroscopie. La résection ou
la régularisation comme pour un ménisque est à proscrire
car elle entraîne une agravation de l'instabilité pouvant aller
jusqu'à la luxation de l'épaule.
Plusieurs techniques ont
été proposées:
Dès
1987, WALCH (5) utilisa la technique trans-glénoïdienne de MORGAN
(12), le taux élevé de récidive à 37 % pour les
luxations récidivantes fut rédibitoire. Par contre dans cette
série, pour le groupe des subluxations et des épaules
douloureuses et instables soit 23 patients, cette technique donne 85% de bons
résultats. Elle semble toutefois difficile , et la réalisation du
noeud sur l'aponévrose peut-être discutable.
Pour
KEMPF J.F.(13) qui utilisait l'agrafage de L.L.Johnson, le sous-groupe des
subluxations (19 cas) présente des résultats comparables aux
butées (7 % d'échecs) mais certaines douleurs ont
nécessité l'ablation de l'implant. Les chevilles
résorbables type Suretac proposées par WARREN(14) sont de tenues
parfois insuffisantes, la publication récente de BURKART (15) rapporte
deux cas de réaction synoviale importante à ces polymères
d'acide glycocolique. Les ancres MITEK de WOLF (16) donnent pour ISERIN (17) de
bon résultats dans ces indications, mais il insiste sur l'absence de
fracture de la glène associée. Ces implants sont bien
tolérés mais l'ablation est délicate, ils sont maintenant
proposés en "résorbables".
Enfin
la technique du Fastak® utilisée dans cette série
développée par Peter HABERMEYER et introduite en France par
Pascal GLEYZE (18) présente l'avantage d'une simplification technique
mais le bourrelet doit être minutieusement préparé.
L'amélioration de l'ancillaire permet une meilleure implantation des vis
(photo n°4). Aucune série n'a été publiée
concernant les subluxations.
Dans
notre série, les résultats sur la stabilité sont
satisfaisants, mais le recul est encore insuffisant, certaines récidives
sont survenues à 2 ans. Les insuffisances de résultats sont
surtout liées aux douleurs, un facteur de distension de la capsule pourrait
les expliquer. Un geste complémentaire de rétraction au Laser a
été proposé par HARDY(17) ou plus simplement à l'Arthrocare ® par TASTO J.P (18).
Les atteintes associées du bourrelet postérieur, parfois visible
au scanner pourraient être
une autre cause de douleurs.
Enfin,
tous les auteurs insistent pour toutes ces techniques sur une période
d'immobilisation après l'intervention d'au moins 3 semaines. Un
délai de trois mois pour la reprise sportive semble être un
minimum et de six mois pour les sports d'armés contrés.
Conclusion:
Il faut être prudent du fait du faible effectif
de cette série et du recul ne dépassant pas 28 mois. Mais pour
ces épaules douloureuses et instables, cette technique apporte un
résultat satisfaisant sur l'instabilité, l'absence de
lésion osseuse de la glène semble être un
élément déterminant. Pour les douleurs résiduelles,
la distension pourrait être
une explication, un geste complémentaire de rétraction et de
stimulation tissulaire doit être évalué. Enfin pour le
patient, il ne faut pas sous-estimer la lésion et l'intervention
malgré l'aspect trompeur des cicatrices, la reprise sportive doit rester
prudente.
Bibliographie :
1. NOLLE D., COUDANE H. Etude
multicentrique de la Société Française d'arthroscopie
réunion annuelle 1993, livre du congrès
2. WALCH G, NOEL E, LIOTARD JP, et
Coll. Journées lyonnaises de chirurgie de l'épaule. 1-3 Avril
1993. Livre du congrès.
3. WALCH G, MOLE D. Instabilités
et luxations de l'épaule (articulation gléno-humérale) Ed
Techniques. Encycl. Méd. Chir.(Paris France). App. locomoteur 14037 A10
1991 14 p
4. WALCH G. Plaidoyer pour
l'utilisation d'une fiche d'évaluation commune du traitement des
instabilité antérieure de l'épaule. La fiche de cotation
Duplay. Lecture au 1er Congrès SECEC Paris 1987.
5. WALCH G. Traitement de
l'instabilité antérieure de l'épaule par voie
arthroscopique. Encycl. Méd. Chir.(Paris France). Technique chirurgicales,
Orthropédie-Traumatologie, 44265 3e fiche. 4-90.
6. RODINEAU J., SAILLANT G. DAUBINET
G. Pathologie traumatique du
membre supérieur chez le sportif. 15 ème journées de
traumatologie du sport Hal Salpétrière Masson, Paris 1997. p
60,61
7. GARTH, W.P. Roentgenographic
demonstration of the soulder. The apical oblique projection. A technical note J
Bone Joint Surg 66A:1450, 1453 1984.
8. SNYDER SJ., KARZEL LP., DELPIZZO W.,
ET AL. SLAP lesion of the soulder. Arthroscopy 1990; vol 6: p 274.
9. MAKI NJ. Athroscopic stabilisation
for recurent soulder instability. Orthop. Trans 1988 ; 12 757.
10. HABERMAYER P. The intra-articular
pressure of the shouder . Arthroscopy 8: 166-172, 1992.
11. GREEN M., CHRISTENSEN KP. :
Arthroscopic versus Open Bankart Procedures. A comparason of Early Morbidity
and Complication, Arthroscopy 9 (4) : 371-374, 1993.
12. MORGAN CD., BODENSTAB AB .
Arthroscopic suture repair: Technique and early results. Arthroscopy 1987; 3:
111-22.
13. KEMPF JF, NERISSON D, BONNOMET F, GLEIZE P. Staple
capsulorraphy: 55 cases 6° meeting of ESSKA Berlin 21/04/94.
14. SPEER K.P. , WARREN R.F.
Arthroscpic shoulder stabilization : a role for biodegradable materials-
Clnical. Orthop 1993 ; 291: 64-7
15. BURKART A, IMHOFF A, ROSCHER E. Arthroscopic
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16.WOLF E.M. Arthroscopic shoulder
capsulorraphy - In "Technique in Orthopedics" 1988; Vol 3 (1) Aspen
Pub
17. HARDY PH. Utilisation du Laser
holmium / YAG dans le traitement arthroscopique de l'instabilité
gléno-huméral
antérieure 10
ème Journées de la Société Française de
Traumatologie du Sport. Avril 1999. Livre du congrès.
18. GLEIZE P. HABERMEYER P. à
paraitre dans RCO
19. TASTO J.P. Arthroscopic Shoulder
surgery advances and perspectives for 2000 and beyond. SICOT 99 Sydney Livre du
congrès


photo
n°1: Aspect de la lésion au scanner en rotation externe et interne

photo
n°2 : aspect arthroscopique de la lésion

photo
n°3
A : mise en place de la vis avec
oeillet directement dans la glène sans prétrou.
B :
accolement du bourrelet après passage du fil avec la pince et
réalisation du noeud

photo n°4 : fixation du bourrelet à la partie antérieure de la glène

photo n°5 : position de l'implant
sur un arthroscanner