Ligamentoplastie du LCA après 40 ans

 

A.Texier, C. Hulet, D. Schiltz, E. Tallier, B. Locker, C. Vielpeau

 

Introduction

 

            La ligamentoplastie intra-articulaire du ligament croisé antérieur (LCA) est une intervention de routine dans un service de chirurgie orthopédique. Elle est désormais dans la très grande majorité des cas, réalisée sous arthroscopie. Au fur et à mesure des évolutions techniques et aux vues des bons résultats des ligamentoplasties  effectuées sur les jeunes et les sportifs, les indications ont, elles aussi, évoluées, notamment en ce qui concerne l’âge des patients.

            Ce travail rapporte donc notre expérience des ligamentoplasties au tendon rotulien sous arthroscopie chez les patients de plus de 40 ans, avec une série continue rétrospective de 38 cas opérés dans le service entre 1990 et 1996. Il s’agit d’une étude dont le propos est d’exposer les résultats et de l’analyser afin de dégager d’éventuels facteurs préopératoires ou per-opératoires de bon ou de mauvais pronostic.

 

Matériels et méthodes

Méthode 

 

            Dans la série, ont été inclus les patients de plus de 40 ans opérés dans le service d'une ligamentoplastie du LCA entre 1990 et 1996, effectuée sous arthroscopie par autogreffe de tendon rotulien avec ou sans plastie extra-articulaire externe associée. Toutes les ligamentoplasties effectuées par arthrotomie ont été écartées, ainsi que les reconstructions par ligament artificiel ou les reprises de ligamentoplastie par autogreffe de tendon rotulien. Le recul minimum pour l'inclusion d'un patient dans la série était de 2 ans.

Tous les patients ont eu, au plus grand recul, un examen de contrôle complet, comprenant un interrogatoire fonctionnel, un examen clinique, arthromètrique et radiologique standard, permettant l’évaluation  objective du résultat final selon le score IKDC.

 

Matériel 

 

            Entre 1990 et 1996, 43 patients de plus de 40 ans présentant une instabilité chronique antérieure, ont été opérés dans le service avec réalisation d’une ligamentoplastie sous arthroscopie, par autogreffe de tendon rotulien. Parmi ces 43 patients, 5 ont été perdus de vue (11,6%) au-delà des 6 premiers mois du suivi.

Ainsi, seuls 38 patients avec un recul supérieur à 2 ans, ont été retenus pour ce travail.

            La série était composée de 26 hommes et de 12 femmes, le côté droit était concerné dans 24 cas.

Le genou controlatéral était normal dans 36 cas alors que pour 2 patients, une ligamentoplastie contro-latérale (Macintosh) avait précédemment  été effectuée.       L'âge moyen était de 44,5 + 4,7 ans à la reprise. La moitié des patients de la série avait entre 40 et 45 ans lors de la ligamentoplastie.

            Avant l’accident, 30 patients pratiquaient une activité sportive régulière dont 7 à un niveau C.

Dans la majorité des cas, l’accident initial était survenu lors d’une pratique sportive (66% des cas, soit 25 patients). Le sport incriminé était un sport pivot sans contact dans 16 cas (42% des cas) et un sport pivot-contact dans 9 cas. Le délai moyen entre l’accident et la ligamentoplastie était de 51,7 + 66,2 mois avec des extrêmes allant de 4 à 240 mois.

Tous les patients de cette série présentaient une instabilité nette gênante dans la vie quotidienne.

            La majorité de ceux-ci étaient normo-axés (21 cas),10 patients présentaient un genu varum et 7 un genu valgum. Il s’agissait d’une laxité stade I selon Noyes et Dejour dans 8 cas et d’une laxité stade II pour les autres.

Avant la ligamentoplastie, 26 patients n’avaient eu aucun geste méniscal. 5 patients avaient un antécédent de méniscectomie externe,10 un antécédent de méniscectomie interne (3 patients avaient eu une biménisectomie).

Dans tous les cas, la ligamentoplastie a été réalisée sous arthroscopie. La reconstruction du LCA a été effectuée dans 9 cas selon la technique de Marshall-MacIntosh et dans 29 cas selon la technique de Kenneth Jones (24 fois par une technique tunnel borgne et 5 fois par une technique de dehors en dedans). Pendant l’intervention, une lésion du ménisque interne a été retrouvée 14 fois et 8 méniscectomies partielles ont été effectuées. Dans les autres cas, la lésion a été réinsérée ou laissée en place. Sur 10 lésions méniscales externes retrouvées, 5 méniscectomies partielles ont été réalisées et 5 lésions ont été laissées en place.

            Tous les patients ont bénéficié d’une immobilisation amovible permettant une rééducation immédiate à la sortie du service. Tous les patients ont été rééduqués en Centre avec un protocole de rééducation  identique à celui des patients plus jeunes et sportifs.                              

 

Résultats de la série

           

Aucune complication n’a été déplorée dans les suites immédiates.

            Le recul moyen de révision de cette série était de 32mois avec des extrêmes allant de 24 à 62 mois.

            Au dernier recul, 23 patients avaient repris une activité sportive dont 17 à un niveau L et 6 à un niveau C.

            En ce qui concerne les symptômes, c’est l’élément douloureux qui a été le plus souvent retrouvé. 17 patients n’avaient aucune douleur et ont été classés A en IKDC. 20 patients avaient des douleurs légères et 1 des douleurs importantes. Celles-ci étaient le plus souvent rotuliennes.

            Aucun flessum n’a été noté au plus grand recul chez les patients de la série.

Sur le plan de l’examen ligamentaire, le test de Lachman était négatif dans 30 cas et estimé à une croix dans 8 cas. Lors du dernier examen de contrôle, un ressaut était noté absent dans 37 cas et fruste dans un cas. La mesure différentielle de la laxité (en éliminant les 2 patients ayant un antécédent controlatéral) était en moyenne de 0,7 + 1,8 en tiroir à 7 kg et de 1,1 + 2,1 en tiroir à 9 kg. Ainsi au dernier recul, 30 patients étaient classés A et 8 étaient B selon l’évaluation IKDC.

            Au plus grand recul, le compartiment fémoro-tibial externe était radiographiquement normal dans 36 cas. Il existait un remodelé dans 2 cas. Par contre, il existait un remodelé fémoro-tibial interne dans 9 cas. Un pincement fémoro-tibial interne inférieur à 50% était noté dans 1 cas.

            Sur le plan subjectif, 30 patients estimaient avoir retrouvé un genou normal (IKDC A),7 patients un genou presque normal (IKDC B) et un patient considérait son genou anormal (IKDC C).   

            En définitive, le résultat final exprimé par le score IKDC global était le suivant : 11 patients classés A, 22 patients classés B et 5 patients classés C.

                       

Analyse des résultats

 

            Cette analyse a été effectuée dans le but d’essayer de mettre en évidence des éléments préopératoires susceptibles d’avoir influencé statistiquement le résultat final. Nous avons donc orienté nos recherches sur différents facteurs dont on pouvait penser raisonnablement qu’ils étaient susceptibles d’influencer ce résultat. Il s’agissait de facteurs liés au patient ou de facteurs liés à la laxité, comme la présence de lésions cartilagineuses ou méniscales ou les lésions méniscales.

 

            L’étude de l’âge au moment de la ligamentoplastie a montré qu’il existait une corrélation statistique significative entre celui-ci et le résultat final. En effet, il apparaît que les patients qui avaient moins de 45 ans lors de la chirurgie ont tous eu un bon résultat. Les patients de plus de 45 ans ont eu significativement  un moins bon résultat que les autres (p=0,0009).

            Tous les patients qui avaient avant l’accident un niveau C selon ARPEGE ont eu un bon résultat. Par ailleurs, les patients de niveau L, ont eu de meilleurs résultats que les patients classés A. Cependant, il n’a pas été mis en évidence de relation statistique significative entre le résultat final et le niveau d’activité  CLAS initial (p=0,0605).

            Nous n’avons pas non plus retrouvé de corrélation statistique entre le résultat final et les différents facteurs suivants : le sexe (p=0,55), le type de sport initialement pratiqué (p=0,53), mais aussi le délai entre l’accident et la ligamentoplastie (p=0,6).

 

            Le résultat final n’a pas non plus été influencé par le type de laxité initiale (p=0,92).  Par contre, les patients qui ont conservé leur capital méniscal interne ont eu un meilleur résultat que les autres (p=0,05). Une méniscectomie externe n’a pas eu d’influence statistique sur le résultat (p=0,88)

 

Discussion

La stabilisation du genou chez un patient jeune et sportif, est réalisée surtout dans le but d’une reprise d’activité sportive mais également dans un souci de préservation du statut cartilagineux et méniscal de l’articulation. Jusqu’à ces dernières années, la survenue d’une instabilité chez un patient de plus de 40 ans amenait exceptionnellement à poser une indication chirurgicale et l’abstention thérapeutique (traitement fonctionnel) était la règle.  La plupart des séries publiées concernait les plasties de LCA (quel que soit le type de greffe) chez des patients pour la plupart jeunes et sportifs (1,2,3,4,5,6,7,8,10,11). La réalisation d’une ligamentoplastie chez un patient de plus de 40 ans et à fortiori non sportif reste pour beaucoup d’auteurs rare.

Dans la littérature récente, une seule série regroupant des patients de plus de 40 ans a été étudiée spécifiquement (9). Dans cette étude, les patients étaient essentiellement des sportifs de bon niveau surtout gênés lors de leur pratique sportive. Elle comprenait 72 patients pour 75 genoux opérés.  Par contre, celle-ci semblait moins homogène que la nôtre, avec des patients opérés par technique arthroscopique mais également par arthrotomie. Par ailleurs, certains avaient également eu des plasties associées notamment au facia-lata. Cependant, le résultat IKDC global de cette série avec 93% de patients A ou B, est très proche des résultats de la nôtre  dans laquelle 87% des patients sont IKDC  A ou B au plus grand recul.

            Cette étude est importante car elle nous permet d’apprécier les résultats de nos ligamentoplasties du LCA chez les sujets de plus de 40 ans. Ceux-ci apparaissent comparables aux résultats des sujets plus jeunes et confortent notre conviction qu’une plastie peut être indiquée après 40 voire 50 ans. La classique notion qu’une ligamentoplastie de LCA est à réserver au sujet jeune et sportif doit évoluer. En effet, un genou instable chez un sujet de plus de 40 ans doit pouvoir bénéficier d’une ligamentoplastie, en particulier si cette instabilité entraîne une gêne fonctionnelle dans la vie courante. Les indications chez des patients plus âgés peuvent êtres posés mais probablement au pris d’une sélection plus stricte notamment sur le plan radiographique. Nous réservons l’indication de ligamentoplastie isolée pour les instabilités chroniques en l’absence d’arthrose.

 

Conclusion

 

            Les ligamentoplasties de LCA par autogreffe de tendon rotulien chez les patients de plus de 40 ans donnent des résultats équivalents aux ligamentoplasties standard. La gène fonctionnelle due à l’instabilité est une indication à la reconstruction ligamentaire chez ces patients en l’absence de dégradation  arthrosique.

 

 

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