IRM versus examen clinique

Dans l’entorse grave du genou

F. Dubrana, A. Burgaud, P. Brunet, C. Lefevre

Brest

  

INTRODUCTION

Le bilan lésionnel des entorses graves du genou s’appuie sur l’examen clinique et un bilan radiographique standard. L’IRM permet de préciser les lésions intra-articulaires ; la majorité des auteurs s’accordent à dire que l’imagerie par résonance magnétique (IRM) est un examen de diagnostic performant mais que sa systématisation génère toutefois des coûts financiers importants (Stanitski Carl L [1],  Fischer SP et al. [2], Raunest J et al.[3],  Polly DW et al.[4], Lee J.K et al .[5]).

Nous avons voulu mesurer la valeur diagnostique de l’IRM et de l’examen clinique pour répondre à la question suivante : faut-il demander une IRM lors d’une entorse grave du genou ?

MATERIEL ET METHODE

Il s’agit d’une étude rétrospective menée entre janvier 1996 et décembre 1998. Elle portait sur une population d’adulte jeune présentant une rupture du ligament croisé antérieur. Le diagnostic lésionnel a toujours été confirmé par une arthroscopie diagnostique et ou thérapeutique. Les patients sans compte rendu clinique initial n’ont pas été retenus pour l’étude, de même que les patients avec des antécédents chirurgicaux sur le genou concerné. C’est au total 50 dossiers qui ont été retenus. Tous les patients ont eu un bilan radiographique du genou comprenant trois incidences (face, profil et fémoro-patellaire) et  40 ont eu en plus  une IRM. Les dossiers ont été revus par un opérateur différent de l’examinateur initial.  Les tests cliniques à la recherche de lésions ligamentaires et méniscales s’appuyaient sur la manœuvre de Trillat-Lachman, le ressaut antéro-externe et les manœuvres méniscales d’Appley.   

Nous avons constitué deux séries pour étudier séparément les lésions ligamentaires et les lésions méniscales.  Les tests statistiques utilisés ont permis de calculer la sensibilité, la spécificité, la valeur prédictive positive,  la valeur prédictive négative et la fiabilité de l’examen clinique et de l’IRM.

RESULTATS

A/ Série LCA :

L’examen clinique  a suspecté une rupture du LCA dans  39 cas,  dans huit cas le diagnostic n’était pas évoqué et dans trois cas il était douteux. L’IRM  a trouvé une lésion du LCA dans 37 cas, dans trois cas le radiologue trouvait une lésion partielle.  Les calculs statistiques sont indiqués dans le tableau I.

B/ Série ménisques

L’examen clinique  a suspecté  une lésion des ménisques, dans 30 cas (8 ménisques externes et 22 ménisques internes).  L’IRM a trouvé une lésion des ménisques dans 15 cas (tableau II).  L’arthroscopie a mis en évidence 34 lésions méniscales ; les calculs statistiques sont indiqués dans le tableau II et le tableau III.

DISCUSSION

A/  Série LCA : 

Les résultats obtenus confirment la qualité de l’IRM en tant qu’examen diagnostique des lésions du pivot central.  La différence de sensibilité entre l’IRM et le test de Trillat-Lachman est en faveur de l’IRM (7,9%). L’IRM a permis de redresser le diagnostic clinique deux fois ; dans 95% des cas, l’IRM n’a fait que confirmer le diagnostic clinique. Il nous semble donc inutile pour les lésions du LCA de demander une IRM lorsque la clinique est formelle.

B/  Série ménisques

L’étude séparée des ménisques internes et externes montre des disparités. La sensibilité de la clinique est meilleure pour le ménisque interne alors que la sensibilité de l’IRM est meilleure pour le ménisque externe. La spécifité, la valeur prédictive et la fiabilité de l’IRM sont meilleures que celles de la clinique pour les deux ménisques.  Il existe une dissociation entre les constatations de l’arthroscopie et les résultats des examens (clinique  et IRM), dans 21 cas sur 76 :

- cette dissociation à été en faveur de l’IRM dans 14 cas  sur 21  (66 %),

- cette dissociation à été en faveur de la clinique dans 7 cas sur 21, (33%).

Globalement, l’IRM est plus fiable que l’examen clinique mais la différence est faible (5,6%).

C/ Comparaison avec la littérature

Peu d’études comparent à la fois l’examen clinique, l’IRM et l’arthroscopie, lors de lésions du LCA. La comparaison avec d’autres séries montre  que même si des disparités existent, elles sont minimes, en tout cas vis-à-vis du LCA (Tableau IV).  Seule l’étude de Stanitski (28 cas pédiatriques) trouve une fiabilité clinique supérieure à celle de l’IRM. Des disparités entre notre série et celles de la littérature sont notées, elles portent sur les résultats des lésions méniscales ; cependant, il faut tenir compte que notre étude est la seule à étudier des genoux avec une rupture du LCA .

CONCLUSION

La sensibilité de l’IRM est supérieure à celle du Lachman (94.6% / 86.7%), cependant lorsque la clinique est formelle l’IRM s’est avérée sans bénéfice dans 95% des cas. Toutefois cet examen garde sa place si un doute persiste à l’issu de l’examen clinique. Lors de lésions méniscales associées aux lésions ligamentaires, l’apport de l’IRM n’est pas suffisant pour justifier sa réalisation systématique, par contre si un traitement orthopédique est envisagé pour le LCA, l’IRM précise les lésions méniscales et  en particulier les lésions externes.

Tableau I : LCA

Arthroscopie

Arthroscopie

+

-

Lachman   +

39

0

Lachman  -

6

0

IRM   +

35

0

IRM    -

2

0

Tableau II : Ménisques

 

Clinique ME / arthroscopie

 

IRM ME / arthroscopie

 

 

Faux négatif

12

24,5%

 

faux négatif

9

23,7%

 

 

Faux positif

3

6,1%

 

faux positif

1

2.6%

 

 

Vrai négatif

29

59,2%

 

vrai négatif

22

57,9%

 

 

Vrai positif

5

10,2%

 

vrai positif

6

15,8%

 

 

49

1 doute

 

38

 

 

 

 

Clinique MI / arthroscopie

IRM MI / arthroscopie

 

 

faux négatif

4

8,3%

 

faux négatif

4

10,8%

 

 

faux positif

11

22,9%

 

faux positif

5

13,5%

 

 

vrai négatif

22

45,9%

 

vrai négatif

22

56,8%

 

 

vrai positif

11

22,9%

 

vrai positif

7

18,9%

 

 

48

2 doutes

 

38

 

Lorsque la clinique n’aboutissait pas à une conclusion franche, les cas n’ont pas été inclus.

 

 

IRM /ME

 

CLINIQUE

/ME

 

IRM / MI

 

CLINIQUE / MI

 

VPP

85,7%

 

62,5%

 

VPP

58,3%

50%

 

VPN

71%

 

70,7%

VPN

84%

84,6%

 

Sensibilité

40,0%

 

29,4%

Sensibilité

63,6%

73,3%

 

Spécificité

95,7%

90,6%

Spécificité

80,8%

66,7%

 

Fiabilité

73,7%

 

69,4%

Fiabilité

75,7%

68,8%

Tableau III : Ménisques  

IRM GLOBALE

CLINIQUE GLOBALE

VPP

68,4%

53,3%

VPN

76,8%

76,1%

Sensibilité

50,0%

50%

Spécificité

87,8%

78,5%

Fiabilité

74,7%

69,1%

Tableau IV : Revue littérature

Stanitski (28 cas)

Brest (50 cas)

Fischer (1014 cas)

IRM

Clinique

IRM

clinique

IRM

clinique

LCA fiabilité