Raideurs du coude : intérêt de l’arthroscopie dans l’arthrolyse et la synovectomie
(à
propos d’une série de 52 patients).
Mémoire
DIU d’Arthroscopie
*
Service de Chirurgie Orthopédique, CH du Pays d’Aix, 13616
Aix-En-Provence
Résumé :
La
pathologie enraidissante du coude est fréquente. D’origine
traumatique, arthrosique, inflammatoire ou infectieuse, intra ou
extra-articulaire, elle pose un problème thérapeutique devant les
résultats décevants de la chirurgie conventionnelle.
L’arthroscopie à visée thérapeutique utilisée
comme un moyen technique prend alors toute sa place dans le traitement des
raideurs d’origine intra-articulaire. Elle ne se conçoit
qu’après un bilan étiologique clinique et morphologique
précis et complet (arthroscanner), permettant l’analyse des
éléments intra-articulaires concernés (corps
étrangers, tissu cicatriciel, synoviale). Grâce à une
colonne d’arthroscopie standard avec un optique de 4 mm elle permet la
réalisation des étapes du geste arthroscopique :
résection des tissus mous, résection osseuse, capsulotomie
antérieure. Une rééducation douce et progressive est
débutée immédiatement. Notre travail rapporte une
étude rétrospective à propos d’une série de
52 patients opérés sous arthroscopie d’une raideur du coude
et évalués cliniquement par le même opérateur entre
1991 et 1997. Le recul moyen était de 4,5 ans, l’âge moyen
de 41 ans. 83% des patients ayant une raideur d’origine post traumatique
ou arthrosique avaient un bon ou très bon résultat avec un gain
moyen global (flexion, extension) de 38°, permettant un secteur de
mobilité utile dans les activités de la vie quotidienne. 16% ont
récidivé leur raideur sur un mode douloureux. 7% ont bénéficié
d’une reprise chirurgicale conventionnelle. Tous les cas
d’arthropathie inflammatoire ou infectieuse ont retrouvé un coude
indolore mais la raideur a récidivé dans 81% des cas.
L’efficacité
de l’arthrolyse sur l’amplitude et la douleur est meilleure chez
les patients présentant une dégénérescence
arthrosique modérée. Les résultats favorables sur la
raideur post-traumatique semblent donc liés à une faible
dégradation ostéocartilagineuse. Pour les arthropathies
inflammatoires ou infectieuses, la synovectomie améliore la
symptomatologie douloureuse, et le gain sur la mobilité dépend
probablement là encore du degré de destruction cartilagineuse.
L’arthrolyse et la synovectomie arthroscopique nous semblent donner les
mêmes résultats sur la douleur et la mobilité que la
chirurgie conventionnelle. Seule la rigueur technique et
l’expérience de l’opérateur permettent de
prévenir les complications générales de
l’arthroscopie et de contrôler les risques iatrogènes
liés à la proximité des éléments nobles
vasculo-nerveux. Comme d’autres auteurs, nous pensons que la technique
arthroscopique, outre la rançon cicatricielle, évite les suites
longues, douloureuses, enraidissantes et les sources d’instabilité
de la chirurgie conventionnelle. Elle permet une rééducation plus
précoce préservant le gain de mobilité obtenue en
post-opératoire.
La pathologie enraidissante du coude est remarquable par sa fréquence et ses problèmes de prise en charge thérapeutique.
La
chirurgie conventionnelle est difficile, délabrante avec des suites
souvent longues et des résultats parfois décevants[5,7,9,11,19,20,25,28]. L’utilisation de L’arthroscopie nous
semble prendre toute sa place dans
le traitement des raideurs d’origine intra-articulaires.
Etiologies
Elles
sont le plus souvent post-traumatiques par fracture ou simple luxation
postérieure, arthrosiques primitives ou secondaires par
hyperutilisation, microtraumatismes répétitifs d’origine
professionnelle ou sportive. On rattache les arthropathies synoviales inflammatoire ou
infectieuse, elles aussi enraidissantes. Quelle que soit son origine, la
diminution du secteur de mobilité du coude est liée au comblement
des différents récessus et gouttières par du tissu
cicatriciel fibreux ou osseux, à des corps étrangers, une
réaction synoviale (hypertrophie ou épanchement), ou encore une
rétraction capsulaire.
Ces
remaniements intra-articulaires sont accessibles à une arthrolyse ou une
synovectomie arthroscopique. Les causes extra-articulaires, par
rétraction tendineuse antérieure, cal osseux en butoir sortent du
cadre du traitement arthroscopique et font appel à la chirurgie
conventionnelle[2,15,18,25].
Bilan pré-opératoire
Avant toute libération, un bilan pré-opératoire complet est essentiel. Clinique et paraclinique, il a pour but de préciser le diagnostic étiologique, exclure une cause extra-articulaire (cal osseux en butoir), affiner la démarche thérapeutique par l’analyse des éléments intra-capsulaires (comblement des gouttières, corps étrangers, replis synoviaux…). Il doit aussi évaluer les facteurs de risque spécifiques[19,20] (position du nerf ulnaire subluxé par une déformation osseuse) et éliminer une contre-indication à l’arthroscopie (algo-neuro-dystrophie). Des incidences radiographiques standards (de face et de profil), spécifiques (rétro-olécrânienne) et surtout l’arthroscanner[29] avec arthrographie dynamique précisant le degré de rétraction capsulaire, sont les examens de choix pour effectuer ce bilan.
L’arthroscopie,
utilisée comme un moyen technique pour l’arthrolyse ou la
synovectomie est difficile, dans une articulation étroite et
emboîtée où
les rapports entre les éléments vasculo-nerveux et les voies d’abord
constituent le risque essentiel[16]. Elle nécessite
une bonne expérience et une parfaite connaissance des rapports
anatomiques.
Le matériel utilisé est une colonne d’arthroscopie standard avec un optique de 4 mm à 30°, un shaver motorisé (couteaux, fraises), sans arthro-pompe (risque de diffusion extra-capsulaire) . Le patient est installé en décubitus latéral, en prone-position et les cinq voies d’abord classiques, toutes interchangeables sont utilisées pour l’exploration complète des cavités antérieure et postérieure et leurs récessus. Le gonflement initial de l’articulation par 10-20 ml de liquide de perfusion est important[3,12,16,17,21] pour refouler les nerfs et trouver un espace de travail nécessaire à la réalisation des différentes étapes du geste arthroscopique[13]. Il comprend l’excision des tissus mous (brides, franges synoviales) au shaver, la résection osseuse (ostéophytes olécrâniens, coronoïdiens, corps étrangers, tête radiale) [14] à la fraise motorisée et se termine par une capsulotomie antérieure si elle est nécessaire, au tiers supérieur de l’articulation[13,14].

VOIES D’ABORD
1.
Postéro-latérale
basse au niveau du "Soft point"
2.
Postéro-latérale
moyenne
3.
Antéro-latérale
4.
Postérieure
directe transtricipitale

VOIES D’ABORD
Antéro-latérale et
antéro-médiale :
Technique du « switch stick » :
abord antéro-médial à partir de l’abord
antéro-latéral sous contrôle de la vue.
Une
injection inta-articulaire d’un mélange de morphinique et
d’analgésique est systématique,et une
rééducation douce et progressive avec mobilisation en actif
aidé et passif peut être débutée
immédiatement[8,14,21,23,26].
MATERIEL ET METHODES
Notre
travail rapporte une étude rétrospective à propos
d’une série de 52 patients, opérés sous arthroscopie
par le même opérateur d’une raideur du coude entre 1991 et
1997. Le but était d’évaluer les résultats
subjectifs et objectifs en fonction de l’étiologie et de
dégager des facteurs pronostiques.
Les Patients
52
patients ont été revus au recul moyen de 4,5 ans. Il
s’agissait de 27 hommes et 25 femmes, avec un âge moyen de 41 ans,
une atteinte du côté dominant dans 39 cas, majoritairement
travailleurs manuels et sportifs. L’étiologie était
post-traumatique dans 42 cas et par arthropathie synoviale inflammatoire ou
infectieuse dans 10 cas. En pré-opératoire, la mobilité
moyenne en flexion était de 111° (60°-120°),
l’amplitude moyenne en flexion-extension était de 43°
(25°-85°), en prosupination de 30° (0°-75°). Le
déficit d’extension était toujours supérieur
à 25°.
Tous
les patients ont été opérés selon les mêmes
modalités avec arthrolyse ou synovectomie, 1/3 ont
bénéficié d’une capsulotomie antérieure et
une résection de la tête radiale a été
réalisée 11 fois. Une analgésie intra-articulaire
post-opératoire a été réalisée
systématiquement, contrairement à l’analgésie
loco-régionale, utilisée dans 3 cas (contre-indication à
l’AG) seulement, car pouvant masquer un déficit neurologique
iatrogène. Une mobilisation passive continue post-opératoire a
été débutée immédiatement et 30 patients ont
bénéficié d’une rééducation en centre
spécialisé.
En
post-opératoire immédiat les mobilités ont
été appréciées de façon approximative,
considérées sub-normales dans 35 cas, et avec un déficit
d’extension résiduel de 15° dans 17 cas. Au recul moyen de 4,5
ans, nous avons évalué des critères subjectifs
(système EVA sur la douleur, satisfaction du patient), et objectifs
(Gain Moyen Global de mobilité en flexion et extension).
Neurologiques :
3 parésies immédiates résolutives (radiale 2 fois, ulnaire
1 fois.
Trophiques :
4 cas d’algoneurodystrophie traités médicalement avec
succès.
Locales :
2 fistules synoviales transitoires (au début de la série).
Des
résultats objectifs bons ou très bons dans 83% des cas avec un
Gain Moyen Global de 38° (21° en flexion, 17° en extension), des résultats
subjectifs satisfaisant sur la douleur, avec 70% des patients satisfaits. Une
récidive sur un mode douloureux est survenue dans 7 cas (2
séquelles d’algoneurodystrophie, 5 cas de lésions
cartilagineuses dégénératives associées) et 3
patients ont bénéficié d’une reprise chirurgicale
conventionnelle (2 arthrolyses à ciel ouvert et une arthroplastie).
Des
résultats objectifs moyens avec une récidive de la raideur dans 8
cas sur 9. En revanche, des résultats subjectifs spectaculaires avec
l’indolence et une satisfaction maximale chez tous les patients.
Trois quart des patients ont repris une activité sportive au même niveau ou à un niveau inférieur.
Tableau
1- Séries de la littérature
|
AUTEURS |
n |
Etiologie |
Trt C / A |
Recul |
GMM |
|
VAN EIJK (28) |
10 |
Trauma |
C |
5 ans |
37° |
|
SCHLINDER (25) |
31 |
Trauma |
C |
15 mois |
31° |
|
GATES (8) |
33 |
Trauma |
C |
2 ans |
27° |
|
BOERBOOM (5) |
14 |
Trauma |
C |
5 ans |
39° |
|
MORREY (19) |
15 |
Arthrose |
C |
Nc |
20° |
|
TSUGE (27) |
29 |
Arthrose |
C |
Nc |
34° |
|
MEZZIANE (18) |
35 |
Mixte |
C |
16 mois |
40° |
|
HERTEL (9) |
11/6 |
Mixte |
C |
Nc |
34°/23° |
|
TIMMERMAN (26) |
19 |
Trauma |
A |
2,5 ans |
29° |
|
JONES (10) |
12 |
Arthrose |
A |
22 mois |
36° (extension) |
|
OGILVIE-HARRIS (23) |
21 |
Arthrose |
A |
35 mois |
Nc (modeste) |
|
KIM (14) |
25 |
Mixte |
A |
Nc |
24° |
|
Nôtre
Série |
42 |
Mixte |
A |
4,5 ans |
38° |
|
Nôtre
Série |
10 |
Synoviale |
A |
4,5 ans |
Médiocres |
Trauma : raideur post-traumatique Arthrose : raideur arthrosique
Mixte : raideur
post-Trauma/Arthrose Synoviale : raideur inflammatoire ou
infectieuse
C : chirurgie Conventionnelle A : chirurgie Arthroscopique
GMM : Gain Moyen de Mobilité
Nos résultats sur la mobilité et la douleur sont comparables à ceux de la littérature[5,8,10,11,20,23,24,26,27] (tableau 1), que ce soit par technique arthroscopique ou par chirurgie conventionnelle.
L’analyse
des différentes séries montre que le gain moyen de
mobilité est meilleur pour les raideurs d’origine
post-traumatique.
Pour
les raideurs d’origine dégénérative (arthrose
primitive ou secondaire post-traumatique), le gain de mobilité semble
dépendre du degré de destruction cartilagineuse.
L’efficacité de l’arthrolyse est meilleure chez les patients
présentant une dégénérescence arthrosique
modérée.
Par
ailleurs, l’amélioration des signes subjectifs semble plus nette
lorsque les lésions cartilagineuses sont peu évoluées.
Cependant, certains de nos patients satisfaits présentaient des
chondropathies évoluées.
Pour
ce qui concerne les arthropathies inflammatoires ou infectieuses[3,22], la récupération de la mobilité est mauvaise. En
revanche, l’amélioration des symptômes est spectaculaire
(douleur, oedèmes, blocages).
A
la lumière de ces résultats, certains facteurs pronostiques se
dégagent :
Le
degré de destruction cartilagineuse semble conditionner la
qualité des résultats sur la mobilité et la douleur,
quelle que soit l’origine de la raideur.
L’influence
de l’ancienneté de la raideur[8] (délai traumatisme-arthrolyse) sur la
mobilité n’est pas retenue par certains auteurs[1,6],
cependant il nous semble comme BOERBOOM[5] qu’une arthrolyse dans la première ou
la deuxième année améliore le pronostic en
devançant les phénomènes de rétraction tendineuse.
La
mobilisation passive continue en post-opératoire[4,25] améliore de façon significative le gain de
mobilité. En revanche l’intérêt des attelles de
posture nous semble limité[5,9,18,20,28].
L’utilisation
de l’arthroscopie pour l’arthrolyse ou la synovectomie dans les
raideurs du coude est difficile. Elle nécessite rigueur et
expérience pour prévenir les risques iatrogènes
liés à la proximité des éléments vasculo-nerveux.
Les avantages de l’arthroscopie par rapport aux techniques
conventionnelles semblent maintenant bien établis et outre la
rançon cicatricielle intra-articulaire minime, elle permet des suites
plus simples avec une rééducation précoce et rapide, une
absence d’instabilité post-opératoire[9,19,21] et ne coupe pas les ponts à une reprise chirurgicale
conventionnelle plus aisée.
Inclure
ici les photos "VA1" et "VA2" en annexe avec leur
légende
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