L’IMAGERIE DU CARTILAGE

LE POINT SUR LES TECHNIQUES ACTUELLES

Arthro-scanner  *  IRM

D. FOLINAIS - Ph. THELEN

C.I.M. Nollet - PARIS

INTRODUCTION

            Les lésions cartilagineuses sont réputées pour leur faible potentiel réparateur spontané. Le développement des traitements chondro-protecteurs, chirurgicaux type mosaïc-plastic, la possibilité de greffe cartilagineuse amène à devenir plus exigeant sur l’évaluation précise des lésions cartilagineuses.

         Si, à une époque, faire un examen type arthroscanner était pour certains critiquables, les choses ont changé et il est demandé de plus en plus d’imagerie du cartilage afin de faire le bilan exact des lésions avant toute décision thérapeutique.

         Il est demandé de plus de privilégier les techniques sensibles, spécifiques, non invasives et surtout reproductibles à un moindre coût.

         La radiologie standard garde ses indications pour le diagnostic et le suivi évolutif.

         Cette technique indirecte présente de nombreux faux négatifs ou faux positifs et ne permet qu’ une approche insuffisante dont on ne peut se contenter lorsqu’on envisage des traitements complexes. Par ailleurs les lésions cartilagineuses, notamment post traumatiques ou du jeune peuvent simuler une pathologie intra articulaire, notamment méniscale dans 1/4 des cas pour DISLER ( 7 ).

         Les techniques d’imagerie directe vont reposer essentiellement sur l’arthroscanner plus précis que l’arthrographie classique, l’IRM voire l’arthro-IRM.

         Le genou, localisation qui nous intéresse dans cette discussion est le site idéal pour imager le cartilage car on retrouve notamment sur le versant rotulien un cartilage épais, mesurant souvent plus de 3 à 4 mm, de même que sur le versant trochléen. L’étude est par contre plus difficile sur les interlignes fémoro-tibiaux car on se rapproche des épaisseurs habituelles, évaluées entre 1,2 à 1,5 mm comme en gléno-huméral ou coxo-fémoral.

         Le but de l’imagerie du cartilage est d’apprécier :

la localisation précise des anomalies et l’état du cartilage adjacent.

Quantifier de façon fiable et reproductible l’importance des lésions.

Evaluer son épaisseur, son volume,

LES TECHNIQUES D’IMAGERIE :

A-LA CLASSIFICATION DES LESIONS CARTILAGINEUSES IRM :

Elle se doit d’être identique à la classification arthroscopique utilisée habituellement et dans ce symposium. (tableau 1 ) Elle se base sur la classification d’OUTERBRIDGE

(21) .

A signaler, cependant , dans la littérature anglo-saxonne, une classification dérivée de NOYES ( 20 ) appelant  2A les lésions grade 2, 2B les lésions grade 3, 3 les lésions grade 4, et 4 la présence d’anomalies osseuses dégénératives associées.

GRADE 1

SUB NORMAL EN A°SCANNER – PARFOIS DISCRETE IMPREGNATION CARTILGINEUSE PAR LE PRODUIT DE CONTRASTE

GRADE 2

IRREGULARITES DE SURFACE OU PERTE D’EPAISSEUR FOCALE INF A 50%

GRADE 3

SEVERES IRREGULARITES DU CARTILAGE ARTICULAIRE AVEC LESIONS DE PLUS DE 50% MAIS INFERIEURES A 100%

GRADE 4

PERTE COMPLETE DU REVETEMENT CARTILAGINEUX AVEC MISE A NU DE L’OS SOUS CHONDRAL

  

            B - L’ARTHROSCANNER

            Après injection de 10 à 15 cc d’un produit iodé hydrosoluble souvent non ionique, de densité intermédiaire (200 à 240), sur place au scanner, on réalisera après mobilisation passive et active du genou une exploration en coupes millimétriques jointives partant du bord supérieur de la rotule jusqu’au niveau des plateaux tibiaux inclus. Une discrète flexion permet de limiter le  nombre de coupes habituellement entre 65 à 80.

         De façon quasi systématique sont utilisées actuellement les techniques de reconstructions sagittales et frontales sur console informatique. Le cartilage apparaît sous la forme d’une structure hypodense d’environ 20 UH soit légèrement au dessus de la référence 0 UH de toute structure liquidienne.

         Le cartilage est parfaitement bien délimité, cerné en superficie par le produit de contraste spontanément hyperdense et en profondeur par les structures osseuses. La différentielle de densité importante permet d’obtenir un bon contraste.

         L’acquisition en coupes millimétriques et les reconstructions également en millimétriques permettent une bonne étude fiable, sensible et spécifique du cartilage.

         Pour DAENEN ( 6 ) l’arthroscanner serait meilleur que l’IRM pour le diagnostic  des ulcérations stade III, de plus de 50 % d’épaisseur. Les lésions fissuraires seraient également plus faciles à voir en  arthroscanner qu’en IRM.

         Dans notre expérience, on doit être particulièrement attentif à la moindre irrégularité de surface, méplat du revêtement cartilagineux susceptible de traduire une lésion stade II. Les clapets cartilagineux, susceptibles d’un geste arthroscopique, sont plus faciles à visualiser en arthroscanner qu’en IRM du fait de la qualité de reconstruction sagittale.

         L’arthroscanner  a cependant contre lui le caractère invasif de l’injection de produit de contraste même si cette “ agressivité ” est tout à fait relative, de même que celle du produit de contraste habituellement bien toléré actuellement.

         Elle a comme deuxième inconvénient d’utiliser des radiations ionisantes.

         Globalement, pour un examen à visée diagnostique, l’arthroscanner semble tout à fait performant si on souhaite obtenir une bonne cartographie des lésions.

         S’il s’agit plus d’un suivi évolutif des lésions cartilagineuses, la répétition d’examen irradiant et avec ponction est discutable, amenant à privilégier les techniques non invasives et donc l’IRM au premier plan.

            C - L’IRM

         La valeur diagnostique des lésions cartilagineuses en IRM est apparue longtemps comme incertaine et peu précise. Levy ( 15 )  en 96 n’identifiait que 21% des lésions chondrales en IRM. Bobic ( 3 ) plus récemment a relancé l’intérêt de l’IRM en milieu orthopédique.

         D’emblée, il faut retenir que l’IRM est une technique nettement plus complexe que le scanner. Il ne s’agit en aucun cas d’un examen standard mais d’un examen qui doit toujours être toujours adapté au but recherché. Si la puissance d’un appareil IRM est à prendre en compte (variable, allant de 0,2 à 1.5 Tesla), elle est imposée à l’opérateur. Celui ci disposera pour le piloter  d’un  choix de séquences multiples, variables en fonction de chaque appareil : un genou traumatique au stade aigu ne se gère pas de la même façon qu’un genou chronique même post traumatique. Le désir d’identifier les lésions cartilagineuses amène à utiliser des séquences classiques mais également à favoriser des séquences parfois longues, très spécifiques pour le cartilage, qui peuvent par contre se révéler médiocres pour la recherche d’autres structures (capsulo-ligamentaires, méniscales...).

LOEUILLE ( 16 ) a bien décrit les différents facteurs concourant à garantir la qualité diagnostique d’un  IRM à visée cartilagineuse.

·    il faut savoir que les progrès récents sont dus à l’amélioration des machines IRM notamment à l’amélioration des antennes de surface, des gradients, des séquences 3D existant depuis longtemps, mais peu utilisées compte tenu de leur durée ( une séquence FISP 3D dure 10 à 12mn alors que le temps imparti pour un examen IRM n’est souvent que de 15mn.)

·    La qualité d’une image va dépendre de la résolution spatiale et de la qualité du contraste entre les différentes structures tissulaires.

·    La résolution spatiale est la possibilité de mettre en évidence la plus petite structure possible. Elle est dépendante notamment de l’épaisseur de coupes. On rappellera que les séquences IRM classiques ne permettent pas de descendre en dessous de 3 mm d’épaisseur, alors qu’un arthroscanner est acquis en coupes millimétriques voire inférieures lors des reconstructions. Seules les techniques IRM dites 3D sont capables d’abaisser l’épaisseur des coupes au niveau millimétrique. Les autres facteurs jouant sur la résolution spatiale sont la taille du champ exploré (FOV) et la taille de la matrice permettant de définir le pixel. La taille moyenne d’un pixel avec les techniques classiques est de 600microns. Elle peut descendre à 39 X 39 microns/m mais nécessite un appareil particulièrement puissant de 7 Tesla ou plus ( 26 ). L’utilisation de matrice habituelle type 256 X 128 ne donnera que des résolutions moyennes (390 X 780 microns/mm) mais il s’agit de séquences relativement courtes (2mn30). L’utilisation de matrices plus élevées, donc plus performantes, améliore sensiblement la résolution (195x390 ou 256x512) mais elles coûtent très chères en temps puisqu’elles imposent une durée minimum de presque 14 mn pour une seule séquence. Le moindre mouvement lors de l’acquisition peut rendre cette séquence totalement interprétable. Pour identifier les lésions les plus précoces, stade I et II, il serait en théorie nécessaire d’obtenir des résolutions minimum avoisinants 156 X 156 µm/mm. Cependant descendre les paramètres a une limite : le rapport signal/bruit  évolue en sens inverse de la résolution perturbant la qualité de l’image. Il ne peut être amélioré que grâce à la qualité de l’antenne imposant donc des antennes spécifiques.

GLOBALEMENT :

Mieux vaut avoir un appareil à haut champ pour imager le cartilage qu’un appareil  bas champ, de 0,5T ou inférieur dite souvent machine dédiée.

Les machines à très haute résolution peuvent atteindre 3T voire jusqu'à 8 (26 )  ou 9.7 Tesla donc il s’agit  de machines non accessibles en usage quotidien, réservées aux centres de recherche.

·      L’autre élément déterminant pour la qualité des images est le choix des séquences utilisées. Il existe d’une part des séquences dites classiques et des séquences plus spécifiques, cartilagineuses.

                 Les séquences classiques sont :

 

                 1 - les séquences en écho de spin T1 : elles sont caractérisées par la bonne qualité de l’image (bon signal bruit et bonne résolution) mais elles présentent un mauvais contraste entre le cartilage et le liquide. Le diagnostic des lésions est évalué à environ 70 % ( 24 ). A retenir qu’elles sont utiles notamment pour toutes les lésions stade IV car elles permettent de parfaitement bien analyser le liseré cortical et l’état de l’os sous cortical, rarement intact à ce stade.

             2 - Les séquences en écho de gradient T1 ou T2 : elles donnent de “ fausses ” belles images rassurantes. Elles présentent  en fait un contraste particulièrement mauvais entre le liquide et le cartilage qu’on soit en T1 ou en T2. Ce sont pour nous des séquences récusées bien que très souvent utilisées encore actuellement en imagerie classique notamment sur les IRM à champ moyen, favorisant de ce fait nombre de faux négatifs.

   

    3 - Les séquences double “ écho ” associant une imagerie T1 en densité de proton et une image T2 spin écho :

    On obtiendra sur ces séquences un meilleur contraste avec un cartilage relativement hypo-intense en densité de protons, hypo-intense marqué en séquences T2. Des techniques FAST spin-écho permettent de garder globalement la qualité de l’image mais surtout d’obtenir un temps d’acquisition nettement plus court aux environs de 5 mn permettant d’éviter les trop fréquents artéfacts de mouvement. La présence d’un épanchement intra articulaire est une aide précieuse au diagnostic grâce à l’ effet pseudo-arthrographique dû à l’hypersignal spontané du liquide intra articulaire, contrastant au mieux avec le cartilage en hyposignal franc. Actuellement l’utilisation des techniques de Fat-Sat (saturation de graisse) apparaît possible dans toutes les séquences. Elles permettent de majorer nettement le contraste entre le cartilage et l’eau, le cartilage et le plan osseux, sans cependant augmenter de façon objective la résolution. Sur une étude datant de 97, POTTER ( 23 ) montre qu’avec ces séquences dites “ classiques ”, à condition d’utiliser une matrice élevée la valeur diagnostique est de 92%, la sensibilité de 87%, et la spécificité de 94%.

     Les techniques spécifiques :

             1- Les séquences en écho de gradient 3 D : appelées FISP, DESS ou GRASS, SPGR…Elles ont surtout l’énorme avantage de permettre des coupes millimétriques et des reconstructions dans les trois plans de l’espace. Pour DISLER ( 7 ) en 96, cette séquence permet d’améliorer les performances diagnostiques de 38% à 75%. BOBIC ( 3 ) cite une sensibilité diagnostique de 75 à 93%. Les techniques 3D mettent en évidence un cartilage spontanément en hypersignal franc, contrastant avec l’ensemble des structures graisseuses, liquidiennes osseuses restant en hyposignal plus ou moins franc.

 

2- L’arthro IRM par injection intra articulaire d’une très faible quantité de GADOLINIUM voit ses indications très limitées en France du fait :

·    de la perte du caractère inoffensif de l’IRM

·    de l’absence d’AMM pour l’utilisation de GADOLINIUM en  intra articulaire, .

L’avantage est indéniable, permettant d’utiliser des séquences en écho de spin T1 réputées pour leur qualité, qu’elles soient effectuées avec ou sans FAT-SAT.. Il s’agit cependant de coupes épaisses qu’on peut actuellement réduire à 2 voir 1 mm récemment (2D). On pourra privilégier des séquences millimétriques 3D SPGR qui gagnent à être effectuées sans Fat Sat afin de conserver le bon contraste entre le liquide intra articulaire et le cartilage.

Un effet arthro-IRM peut être réalisé après injection intra veineuse de GADOLINIUM ( 8 ) : il existe une diffusion progressive du produit de contraste intra-veineux dans la cavité articulaire ce qui permettra d’obtenir une amélioration évaluée à environ 260 % de la visibilité du cartilage par rapport aux séquences classiques. Cependant cette technique n’est valable que s’il existe un épanchement intra articulaire souvent favorisé par une discrète inflammation de la synoviale. Il est nécessaire de faire marcher le patient au minimum 1/2h avant l’examen.

       BASCHIR ( 2 ) montre que par ailleurs le GADOLINIUM peut pénétrer dans le cartilage par :

n   la surface lorsqu’il est présent dans la cavité intra articulaire.

n   dans la surface et la face profonde osseuse quand il est injecté en intra veineux. Une diminution du contenu du cartilage en glycosaminoglycans de 50% se traduira par une baisse de l’imprégnation en GADO d’environ 30%.

3- 3D MULTISHOT ECHOPLANARS OU EPI :

Utilisée avec FAST – SAT, elle donnerait une sensibilité identique au 3D SPGR mais avec un temps d’acquisition diminué par 4.

 L’ IRM EN PRATIQUE :

         Dans le cadre d’une activité quotidienne avec des machines fréquemment rencontrées de 1  à 1.5 T, l’analyse spécifique du cartilage peut se faire à partir :

·    de séquences dites classiques. On n’omettra pas l’intérêt des séquences simples dites ES T1 ou en densité de protons qui permettent de vérifier l’intégrité du liseré cortical et de l’os sous cortical accompagnant habituellement toute lésion chondrale stade IV. Pour étudier spécifiquement le cartilage, on privilégiera la qualité de l’image en majorant les paramètres permettant d’avoir une meilleure définition (épaisseur 3mm, majoration de la matrice et/ou nombre d’excitation, contrôle du S/B…..). L’utilisation de séquences fast spin écho et en saturation de graisse faciliteront l’interprétation en améliorant le contraste sans apporter pour autant d’amélioration de la résolution. La limite étant des augmentations majeures du temps d’examen.

·    on pourra réaliser un complément avec des séquences inversion récupération ou surtout  type 3D SPGR FAT SAT permettant une acquisition et des reconstructions millimétriques.

·    L’étude dans les trois plans de l’espace et la combinaison des séquences permet une analyse synthétique et d’améliorer le diagnostic. RECHT ( 24 ), dans ces conditions montre une inexactitude diagnostique dans 95 % des cas. BACHMANN ( 1 ) confirme également le diagnostic des lésions chondrales dans 67 à 94 % des cas par les séquences classiques. En utilisant en plus les séquences spécifiques il majore ces performances diagnostiques de 82 % à 100 %.

·    Le diagnostic des lésions grade III à IV ne doit actuellement pas poser de problème majeur surtout en fémoro-patellaire.

·    Pour le diagnostic des lésions grade II, celui-ci apparaît plus difficile compte tenu des limites techniques, si on ne prend pas le temps d’utiliser des séquences spécifiques. L’existence d’un liquide intra articulaire spontané  ou iatrogène améliore nettement l’étude de la surface du cartilage notamment sur les séquences T2. L’arthro-IRM apparaît la plus performante avec un diagnostic positif dans 45 % des cas ( 1 ).

·    Les possibilités diagnostiques restent limitées en ce qui concerne la mise en évidence des lésions stade I car la résolution avec ce matériel courant reste insuffisante. Elles ne semblent être reconnues que dans 10 % des cas ( 1 ) pour BACHMAN, et les erreurs d’interprétation autant par sur que sous estimation des lésions semblent fréquentes pour BRODERICK ( 5 )

 

·    On retiendra par ailleurs que la concordance arthroscopique et IRM est bonne habituellement dans 75 % des cas pour VALLOTON (  27 ) et dans 72 % des cas pour POTTER ( 23 ). Ce dernier décrit 25 % de décalage d’un grade entre l’arthroscopie et l’IRM avec surtout un risque de sous estimation des lésions de grade élevé et de surestimation des lésions grade I (problème de faux positif favorisé par des artéfacts, des volumes partiels...). Le compartiment fémoro-tibial externe est à l’origine de nombreux faux négatifs sur le plateau tibial externe, faux positifs sur le condyle externe en postérieur.

    

CAS PARTICULIERS :

DIAGNOSTIC DES LESIONS CHONDRALES DANS LE CADRE D’UN BILAN PRE OPERATOIRE D’UNE OSTEOCHONDRITE :

         Le bilan d’une ostéochondrite nécessite d’être à la fois très précis sur l’état du cartilage et l’état des structures osseuses, ce qui amène à privilégier l’IRM.

         Les lésions cartilagineuses sont habituellement des fissurations fines cernant le pourtour du fragment osseux, ce qui les rend parfois difficile à objectiver. On rappellera que , de l’état du cartilage, dépendra le type de geste chirurgical. Il s’agit d’une des rares indications permettant de privilégier l’arthro-IRM avec des séquences classiques ou surtout millimétriques type 3D SPGR, qu’on préfèrera sans saturation de graisse en complément des séquences habituelles fast spin écho T1 et T2 et surtout inversion récupération.

           

LE GENOU TRAUMATIQUE AIGU: dans le cadre d’une entorse fraîche, la présence de signe de contusion osseuse et surtout de fracture impaction du compartiment fémoro-tibial externe s’accompagne souvent de lésions cartilagineuses méconnues y compris lors de l’arthroscopie. Les lésions cartilagineuses traumatiques s’accompagnent souvent d’un ramollissement du cartilage mais surtout d’un décollement de sa face profonde. Ces lésions sont souvent sous estimées : On privilégiera nettement les séquences en densité de protons et en fast spin écho T2 fat-sat. Habituellement , dans ce contexte aigu, on ne réalise pas de séquence 3D SPGR. La présence de perturbation du signal cortical et sous cortical notamment en zone portante condylienne et non antérieure, de même que sur la partie postérieure du plateau tibial externe doit amener à une grande prudence. La découverte d’un hyposignal irrégulier et de petites stases liquidiennes profondes apparaît tout à fait péjoratif, en faveur de zones de décollement. Le pronostic d’une entorse semble, dans certain cas, de plus lié à la présence de ces lésions chondrales particulièrement fréquentes et sous estimées. VELLET       (  28   ) confirme leur présence dans plus de 50 % des cas sur les IRM de contrôle. Les lésions cartilagineuses post traumatiques sont à l’origine de nombreuses douleurs peu spécifiques, souvent précoces même en cas  d’entorse traitée chirurgicalement.

        

LE CONTROLE DES GREFFES CARTILAGINEUSES: Le but de l’imagerie de contrôle est d’apprécier l’intégration des structures des greffons osseux et l’état d’homogénéisation du revêtement cartilagineux. Les séquences en écho de gradient sont peu recommandables y compris les séquences millimétriques type 3 D du fait de leur sensibilité à la présence de tout artéfact post-opératoire métallique microscopique souvent laissé sur le pourtour des prises de greffe. BOBIC ( 3 ) cite dans cette voie l’intérêt des techniques d’avenir de transfert de magnétisation  et d’acquisition avec des TE très court.

            PEUT ON ALLER PLUS EN AVANT AVEC L’IRM ?

            Particulièrement, dans le cadre de suivi thérapeutique, on s’intéressera particulièrement sur  l’étude de l’épaisseur du cartilage et à son aspect intrinsèque à son signal.

         A - L’EPAISSEUR DU CARTILAGE

         Elle peut être bien analysée par arthroscanner mais il est difficile de répéter les examens pour un suivi évolutif.

         L’IRM pose le problème de la mesure exacte de l’épaisseur du cartilage. Les comparaisons avec les mesures anatomiques montrent que ce qu’on voit du cartilage sur les différentes séquences n’est pas forcément l’épaisseur vraie de ce dernier :

·    En EST1 et 3D SPGR : on obtient une bonne visibilité de l’interface os-cartilage mais la couche superficielle n’est pas correctement visible (5 à 10 % de l’épaisseur du cartilage).

·    En T2 et DP : l’interface os-cartilage est satisfaisante surtout s’il existe un épanchement spontané. La zone calcifiée par contre est indistinguable de l’os cortical, ce qui favorise une apparente réduction en épaisseur du cartilage d’environ 20 %.

 

         L’ARTHRO IRM peut pallier à ces inconvénients grâce à l’utilisation de séquences EST1 ou 3D SPGR, mais on retombe dans les mêmes inconvénients que l’arthroscanner avec un examen difficile à répéter.

·    L’informatique peut venir en aide : certains traitements logiciels permettent de faire l’intégration de deux séquences type 3D SPGR et T2 et de faire l’intégration de ces séquences afin d’obtenir l’épaisseur vraie. (13,14,17, 22 )

 

         ECKSETIN ( 9 ) confirme que la mesure in vivo du cartilage à partir de séquences 3D SPGR grâce au traitement semi-automatisé permis par certains logiciels est fiable et reproductible pour évaluer l’épaisseur et le volumineux cartilage. Le temps de reconstruction reste par contre prohibitif (plus d’1 h) et le logiciel non diffusé.

 

         L’ASPECT DU CARTILAGE

 

         Plusieurs auteurs ont décrit un aspect lamellaire du cartilage.

         Cet aspect peut être bi-lamellaire, tri voire quadri-lamellaire ( 10  ).

         Cet aspect lamellaire va en fait dépendre des séquences utilisées, du degré de résolution notamment lorsqu’on réalise des études in vitro.( 29 )

         Si la tentation de comparer cet aspect lamellaire aux différentes couches anatomiques composant le cartilage, il s’avère en fait d’impossible d’établir une correspondance franche entre l’anatomie et l’aspect lamellaire.

         Par ailleurs ce dernier est favorisé par la présence d’artéfacts dénommés artéfacts de l’angle magique, variable en fonction de l’orientation du cartilage par rapport au champ magnétique, artéfacts de truncature....

         Les modifications du signal cartilagineux dépendraient par ailleurs d’autres facteurs et notamment de la composition du cartilage.

         Pour MAC CAULEY ( 18 ) l’orientation des fibres de collagène et leur concentration jouera un rôle majeur. Par contre la teneur en eau et en  protéoglycans aurait un rôle moins important dans l’origine des perturbations du signal cartilagineux.

 

            L’AVENIR

            Il passera toujours par l’amélioration des techniques.

         On ne peut espérer progresser qu’en améliorant la résolution ce qui amène à privilégier les champs élevés (1,5 Tesla).  Le rapport S/B sera quant à lui amélioré surtout par la qualité et le développement d’antenne spécifique (  16  ).

         Plusieurs voies de recherche sont actuellement ouvertes.

        

         1 - L’utilisation de séquences à TE très court (150 micro/secondes) : améliore sensiblement la résolution. L’utilisation de telles séquences montre 100 % de sensibilité de spécificité sur l’étude cadavérique. L’équipe de STANFORD a développé des séquences dites PRSI permettant une bonne analyse du cartilage et surtout une approche spectrométrique. Cette méthode aurait la particularité de distinguer la cartilage hyalin du fibro-cartilage.( 3, 11,18 )

         2 - Les techniques de transfert de magnétisation : serait utile pour le diagnostic des lésions précoces car cette imagerie est dépendant de l’intégrité des fibres de collagènes.( in 18)

         3 - L’injection en intra articulaire d’un dérivé ionique du GADOLINIUM permettra des recherches et des anomalies précoces du cartilage ( 2,18). L’ion GADOLINIUM, chargé négativement est repoussé normalement par la charge négative spontanée des protéoglycans, normaux. La perte ou la diminution de la teneur en  protéoglycans   favorisera la pénétration du GADOLINIUM dans le cartilage permettant le réhaussement de son signal.

        

         4 - L’IRM sodium repose globalement sur le même principe de charge ionique ( 18 ).

         5 - La microscopie IRM peut permettre d’approcher les modifications chimiques du cartilage et de l’os. Il s’agit essentiellement de techniques à très haut champ donc expérimentales réalisées au CNRS ( 4, 11 ). L’étude porte sur les développements actuellement sur des appareils à champ moins élevé type 2 TESLA.

AU TOTAL :

         L’étude du cartilage a des limites certaines.

         Cependant, les lésions réparables chirurgicalement et notamment des zones ulcérées grade III à IV doit pouvoir être actuellement imagée de façon satisfaisante. L’utilisation de séquences adaptées, d’une étude minutieuse des images obtenues permet un diagnostic dans au moins à 90 % à 95 % de ces types de lésions.

         La présence d’un épanchement intra articulaire facilitera toujours l’étude de la surface cartilagineuse. Néanmoins, la mise en évidence des lésions grade II et surtout grade I s’avére beaucoup plus difficile en pratique courante. On ne peut espérer des améliorations diagnostiques sensibles que si on dispose de matériel sophistiqué. La qualité des images obtenues in vitro reste particulièrement difficile à retrouver in vivo.

         La mesure de l’épaisseur et du volume du cartilage par contre pourrait devenir de pratique courante en IRM et s’avérer être un examen fiable et reproductible.

         Le suivi de l’intrégration  des greffes ostéochondrales semble pouvoir se faire par IRM.

B I B L I O G R A P H I E

1.   BACHMAN G., HEINRICHS C., JURGENSEN I.  and all. Comparaison of different MRT Techniques in the diagnosis of degenerative cartilage disease. In vitro study of 50joints specimens of the knee at 1.5T. Rofo Fort. Grb. Roentgenstr. Neuen Bildgeb. Verfahr. 1997 ;166 :429-436

2.   BASHIR A., GRAY M., BOUTIN R.D et coll...... : Gd (DTPA)² as a measure of cartilage

degradation. Magn Reson. Med. 1996 ; 36 : 665-673.

 

3.   BOBIC V. Magnetic resonnance imaging of articular cartilage defects and repair. ISAKOS http : // www.isakos.com/innovations/bobic.html.

4.BRIGUET A., GUILLOT G. Ostéoporose et arthrose étudiée par microscopie RMN. CNRS Info 1998 ; 367 : 5-6.

5.   BRODERICK LS., TURNER DA., RENFREW DL.... Severity of articular abnormality in patients with Fast Spin echo MR vs Arthroscopy. Am. J. roentgenol. 1994 ; 162 :99-103

6.   DAENEN  BR, FERRARA MA., MARCELLIS S., DONDELINGER RF. Evaluation of patellar cartilage surface lesions : comparaison of CT  Arthrography and Fat Suppressed FLASH 3D MR Imaging.Eur.Radiol. 1998 ; 8-6 : 981-985.

7.   DISLER D.G., MAC CAULEY T.R., KELMAN C.G. Fat suppresed knee three dimensional spoiled gradient echo MR Imaging of hyaline cartilage defects in the knee. AJR 1996 ; 167 : 127-132.

 

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12.KNEELAND J.B. MR imaging of articular cartilage and of cartilage degeneration. Magnetic resonnance imaging in orthopedic and sports Medecine. IIe Edition. Ed Stoller D.W.,Lippincott Raven, Philadelphia 1997.

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