« DEBRIDMENT » , PERFORATIONS ET ABRASIONS :
TECHNIQUE ET RÉSULTATS
Th. Boyer* , H. Dorfmann* , X. Ayral**.
*Clinique
Nollet Paris
**
Service de Rhumatologie B. Hopital Cochin Paris
Il est difficile d’évaluer les techniques proposées dans les lésions cartilagineuses pour plusieurs raisons :
-la plupart des travaux ne différencient pas les lésions traumatiques des lésons dégénératives qui sont exclues de ce symposium.
-les résultats expérimentaux dans les défects créés sur cartilage sain chez l’animal sont très différents des lésions créées par des maladies du cartilage chez l’homme.
-les résultats cliniques doivent tenir compte du fait qu’une bonne réparation anatomique ne signifie pas obligatoirement disparition des symptômes et qu’à l’inverse une disparition des symptômes peut être liée au nettoyage articulaire ou à un effet placebo et non à la réparation.
Le débridement consiste en une régularisation des bords du défect, en retirant les fragments instables. Il peut être isolé lorsque la lésion ne justifie pas d’autre geste comme certaines ostéochondrites de petite taille en zone non portante. Il peut être le premier temps d’autres gestes de réparation. La chondrectomie ainsi réalisée est pratiquée à la pince ou avec un " shaver " motorisé. Elle n’a pas pour vocation de provoquer une régénération tissulaire.
SCHMID [1] a montré qu’au sein d’un tissu cartilagineux traumatisé, il existait plus de lésions cartilagineuses ultra structurales (en microscopie électronique) après shaving qu’avant.
Selon
GASTAUD [2] ceci doit nous faire reconsidérer la portée et les
indications de ce geste habituellement considéré comme
bénin.
Les
perforations
Les perforations de PRIDIE (3) ont pour but de lutter contre la sclérose de l’os sous-chondral et de provoquer la production d’un fibrocartilage.
La
possibilité de ce resurfacage a été démontrée
chez l’animal par MITCHEL [4]. Actuellement ces perforations peuvent
êtres réalisées par arthroscopie. Le forage est
réalisé à l’aide d’une mèche d’un
diamètre de 2 mm, à haute vitesse. Les trous sont
pratiqués sur toute la surface d’os exposé. Ils sont
profonds de 3 à 4 mm et distants de 2 à 3 mm. Un saignement
capillaire signe l’efficacité du forage ( Fig n°1).

Les
soins post-opératoires doivent comporter la mise en décharge et
la mobilisation précoce (au mieux sur arthromoteur) du membre
opéré. La mise en décharge est nécessaire pour
permettre la formation d’un caillot et sa transformation en
fibrocartilage ( 5). La mobilisation
est
nécessaire au modelage de ce néo-fibrocartilage (6).
Les résultats de la littérature sont rares. DZIOBA [7] rapporte 65 lésions localisées du cartilage du genou, classées selon l’age, la taille, la profondeur et la localisation. 48 d’entre elles n’atteignent pas l’os sous-chondral. 53 gestes sont réalisés à ciel ouvert et 12 sous arthroscopie. La technique a consisté en excision de toutes les parties instables, puis en perforations de Pridie. Les résultats ont été appréciés à 2 ans sur la douleur et les épanchements . 69 % des patients étaient cliniquement satisfaits.
L’auteur sélectionne un groupe favorable dans lequel 95% des patients sont satisfaits (sujets de moins de 45 ans , accident aigu , petite ou moyenne taille de la lésion, faible profondeur) ; il n’existe malheureusement aucune comparaison à un groupe non opéré.
Une arthroscopie de contrôle a été réalisée dans 46 cas et une biopsie dans 37 cas. Selon l’auteur le tissu obtenu est plus proche d’un cartilage hyalin que d’un fibrocartilage.
Le travail de MESSMER et MALETIUS [8] en 1996 porte sur 28 athlètes de moins de 40 ans traités sous arthroscopie pour défect sans arthrose. Trois ont été traités par perforations de Pridie et les autres par debridement et ablations de corps étrangers. Avec un recul long (14 ans), 12 patients avaient une diminution de hauteur du cartilage du compartiment atteint mais 22 patients avaient un excellent ou bon résultat clinique, 21 d’entre eux ayant repris le sport au même niveau.
LEVY et coll. [9] rapportent leur expérience de 23 lésions à type de clivage cartilagineux traumatique mettant à nu la plaque calcifiée du cartilage chez 15 footballeurs. Le geste a consisté en un débridement et une abrasion superficielle à l’aide d’une curette ou du shaver motorisé de façon à obtenir un saignement. La rééducation a été précoce et la reprise du sport très rapide
(10, 8 semaines en moyenne). L’auteur mentionne 15 patients revus à plus d’un an avec un résultat constamment bon ou très bon ! Une arthroscopie avec biopsie a été réalisée 4 fois et le tissu obtenu serait un fibrocartilage.
La
chondroplastie abrasive
JOHNSON
[10] a décrit pour la première fois l’arthroplastie
abrasive. La plupart des patients souffraient de gonarthrose et non d’un
défect cartilagineux.
Le but
est de créer un environnement favorable à la croissance
d’un nouveau tissu de substitution cartilagineuse en
réséquant le tissu osseux nécrosé et en apportant
les cellules nécessaires à la formation de ce tissu, tout en
préservant l’os cortical.
L’abrasion se pratique à
l’aide d’un instrument. Elle n’est réalisée que
sur les zones ou l’os est exposé (grade IV).
L’auteur
insiste fortement sur la nécessité de ne pas abraser sur une
profondeur supérieure à
2 mm. Une fois abrasée, la surface doit être
irrégulière pour faciliter l’adhérence du
caillot.
Les bords de cette surface doivent se raccorder régulièrement
avec le cartilage sain pour obtenir une continuité avec le tissu de
cicatrisation. L’étendue de l’abrasion doit être
élargie à quelques mm au delà de la zone d’os
exposé pour éviter que le tissu de réparation ait un
aspect en îlot, sans continuité avec le cartilage voisin.
L’arthroscopie
permet de visualiser les phases qui suivent immédiatement
l’abrasion : lorsque le garrot est relâché et que
l’articulation est décomprimée, les saignements
surviennent, en provenance de la zone abrasée. Un contrôle
après lavage à 6 minutes de l’abrasion montre
déjà l’adhérence du caillot à la zone
abrasée. L’auteur a pratiqué des arthroscopies de seconde
intention avec biopsies. Le résultat est le suivant : à 8
semaines, si la décharge a été observée, il existe
un tissu blanc et mou sur la zone traitée. Il est constitué de
cellules fusiformes. À 6 mois, le tissu s’est
différencié en fibrocartilage avec des cellules rondes
cernées d’une lacune. A 9 mois, il y a adhérence avec
l’os sous-chondral et le cartilage voisin.
L’étude
de la littérature concernant les résultats des chondroplasties
abrasives[2] permet de relever les publications suivantes qui concernent
beaucoup plus de lésions arthrosiques que de défects
traumatiques :
Première
série de L.L. JOHNSON (1979-1980) [10]
Série
I bis de JOHNSON (1979-1980) [10] Série de FRIEDMAN (1981-1982)
[11]
Série II de JOHNSON (1983-1986) [10] Série de BERT et MASHKA
(1989)
[12]
Série de RAND (1991) [13]
Ces
séries ont les caractéristiques suivantes :
Série Nb
patients Recul (ans) Critères
JOHNSON I 105
Min :
2, Max : 3 Multicritère
JOHNSON bis 50
Min :
5, Max : 6 Multicritère
FRIEDMAN 80
Min :
0,5, Max : 1,5 Symptômes
JOHNSON II 399
Moyen :
3,5 Multicritère
BERT/MASHKA 59
Moyen :
5 Score
HSS
RAND 28
Moyen :
3,8 Score
HSS
Toutes
ces séries, à des degrés divers, font état
d’amélioration tant sur les éléments
d’appréciation objectifs que sur les critères subjectifs
d’évaluation.
F.
GASTAUD [2] mentionne une série de 39 chondroplasties
réalisées à Strasbourg entre 1986 et
1993
avec un recul minimal d’un an. La révision radio clinique
multicritères a permis de confirmer statistiquement les bons
résultats de JOHNSON.
Conclusions
À côté des techniques de réparation qui ouvrent des perspectives nouvelles et des techniques de microfracture qui font l’objet d’un autre texte des annales, il existe une place pour les techniques de stimulation du cartilage.
Ces techniques doivent cependant être mieux évaluées dans le cadre strict des défects traumatiques et dans les niches d’ostéochondrite.
1.
SCHMID A & F. Electron Microscopical Findings after
Cartilage
Shaving. Abstract N° 78, 2nd Congrès de l'ESSKA, Basel, 1986.
2.
GASTAUD F. Place de l'arthroscopie dans le traitement de l'arthrose
fémoro-tibiale.
Th. Med. Strasbourg, 1 994, N° 130.
3.
PRIDIE K. H. A Method of resurfacing Osteoarthritic Knee Joints. J.
Bone
Joint Surg., 1959, 41 -B, 618-619.
4.
MITCHELL N., SHEPARD N. The
Resurfacing
of Adult Rabbit Articular Cartilage by Multiple Perforations
through
the Subchondral Bone. J. Bone Joint Surgery; 1976, Vol. 58-A, N°
2,
230-233.
5.
TIPPETT J.W. Articular Cartilage Drilling and Osteotomy in Osteoarthritis of
the Knee. In Operative Arthroscopy, Ed. McGinty J.B.
et
coll., Raven Press, New York,1991, Ch 23.
6.
SALTER R.B., SIMMONS D.F., MALCOLM B.W., RUMBLE E.J.,
MACMICHAEL
D., CLEMENTS N.D. The Biological Effect of Continuous Passive
Motion
on the Healing of Full-Thickness Defects in Articular Cartilage.
J. Bone
Joint Surgery, 1980, N° 8, 62-A, 1232-1251.
7.
DZIOBA RB : The classification and treatment of acute articular cartilage
lesions.
Arthroscopy,
1988,72-80.
8.
MESSNER K, MALETIUS W. : The long term prognosis for severe damage to
weight-bearing cartilage in the knee. A 14 year clinical and radiologic
follow-up in 28 youg athletes .
Acta
Orthop Scand 1996 ;67, 165-8
9. LEVY
AS, LOHNES J, SCULLEY S, LeCROY M, GARRET W. Chondral delamination of the knee
in soccer players .
The
American Journal of Sports Medecine 1996, 24, 634-9
10.
JOHNSON L.L. Arthroscopic Abrasion Arthroplasty.ln Operative Arthroscopy, Ed.
McGinty
et coll., 1991, Raven Press, New York, Ch. 24, 341-359.
11.
FRIEDMANN M.D., BERASI C.C., FOX J.M., DEL PIZO W., SNYDER S.J., FERKEL
R.D.
Preliminary Results with Abrasion Arthroscopy in the Osteoarthritic
Knee.
Clin. Orthop., 1984, N° 182, 200-205.
12.
BERT J.M., MASCHKA K. The
Arthroscopic
Treatment of Unicompartimental Gonarthrosis: A Five-Year.
Followup
Study of Abrasion Arthroplasty Plus Arthroscopic Debridement
and
Arthroscopic Debridement Alone. Arthroscopy, 1989, 5 (1), 25-32
13.
RAND J.A. Role of Arthroscopy in Osteoarthritis of the Knee.
Arthroscopy, 1991, 7(4), 358-363