CHIRURGIE VERTEBRALE ANTERIEURE
SOUS CONTROLE ENDOSCOPIQUE
J-P STEIB (STRASBOURG)
La vidéochirurgie a lavantage de procurer une vue parfaite permettant un geste de qualité par une voie dabord minime elle même à lorigine de suites opératoires simples. Comme orthopédiste dâge raisonnable, jai connu les débuts de larthroscopie du genou à vision directe. Cette chirurgie " à un oeil " (one eyed surgery des anglo-saxons), était sportive et parfois humide ; elle a peut-être été déterminante dans ma carrière en me poussant inexorablement vers la chirurgie du rachis. Je me présente devant vous aujourdhui, en quelque sorte rattrapé par mon passé, mais je suis très honoré de linvitation de votre Société et je vais vous entretenir de lévolution de la chirurgie rachidienne mini-invasive menée sous contrôle endoscopique. La chirurgie rachidienne se distingue par sa cavité de travail vue par la caméra et où les instruments circulent pour gagner leur objectif : la colonne vertébrale. Cette cavité nest pas une articulation et le terme arthroscopie doit donc être banni. Cette cavité sera le thorax pour le rachis thoracique et labdomen intra ou rétropéritonéal pour le rachis lombaire.
Lavènement de la vidéochirurgie a transformé la relation du chirurgien avec limage. Pendant longtemps la vidéochirurgie était considérée comme un vol dimage enfermée dans loptique et dans loeil de celui qui regarde. Lavènement de la caméra a rendu publique cette image volée qui donnait à cet acte une notion morale non politiquement correcte. Le fantasme de la vision par un trou de serrure persiste avec la possibilité de voir sans être vu, apportant la satisfaction que donne la limite de la bienséance du " pas vu, pas pris ". Cette vision de la pièce sans savoir qui est derrière la porte ne doit pas couper limage de son environnement et de son contexte global. Suivre limage donne envie douvrir la porte et dentrer pour participer à laction et y jouer un rôle actif. La maîtrise du geste est la deuxième étape où la convoitise de limage fait passer du simple spectateur à lacteur. Il est possible de se voir travailler sur lécran ce qui a un coté narcissique : la vedette est sur lécran ! Le passage se fait sans avoir besoin décole de comédie, le chirurgien est naturellement comédien. Mais lapprentissage (learning curve) est long pour acquérir un bon repérage dans lespace, la précision et lefficacité du geste. Lentraînement à la mode se fait sur le cochon mais jai personnellement plus appris dans les cours où il me fallait par endoscopie, ouvrir et fermer ma boîte dallumettes prisonnière dune boîte à chaussures hermétiquement close. Cest peu après que jai arrêté de fumer! Limage volée et le geste maîtrisé, laventure commence avec la conquête chirurgicale. Dun coté les gestes deviennent répétés et automatiques et la technique se codifie, ce qui fait gagner du temps à chaque nouvelle chirurgie. Dun autre coté limagination est au pouvoir pour inventer tous les jours des astuces facilitant le travail, des instruments nouveaux et de véritables techniques inédites. On fait aujourdhui des interventions quon nimaginait même pas exister il y a 5 ans ! Et nous ne parlons pas de science fiction mais simplement de notre quotidien.
La chirurgie vertébrale mini-invasive menée sous contrôle endoscopique doit beaucoup aux gynécologues et aux chirurgiens digestifs et thoraciques. Ils ont mis au point les abords que nous utilisons aujourdhui et une grande partie du matériel ancillaire. Les pionniers de cette chirurgie vertébrale sont Reagan et McAfee aux Etats-Unis et Rosenthal en Allemagne. En France, Marnay, Mangione, Bénazet, Delécrin et dautres ont apporté leur pierre à lédifice. Pour des raisons techniques et anatomiques nous séparerons la chirurgie du rachis thoracique de la chirurgie du rachis lombaire.
La thoracoscopie permet labord de pratiquement tout le rachis dorsal (difficulté en Th1-2) et des deux premières vertèbres lombaires en dissociant les piliers du diaphragme. Labord est volontiers droit pour éviter le barrage des vaisseaux et est mené en décubitus latéral gauche sous exclusion pulmonaire droite par sonde de Carlins. Le membre supérieur est stérile dans un Jersey, ce qui permet sa mobilisation et latteinte haute du rachis en évitant lépaule. Comme dans toute chirurgie vidéoscopique les abords se font en triangulation avec un départ double de la ligne axillaire antérieure et un départ simple au niveau de la ligne axillaire postérieure. Ces trois abords minimum peuvent être multipliés à la demande. Différents gestes sont possibles de la simple biopsie à la corporectomie avec greffe et ostéosynthèse, sans compter les gestes qui nont pas encore été imaginés !
La libération discale dans les scolioses est le geste qui a été le plus rapidement répandu dans le monde de la chirurgie du rachis. La thoracoscopie permet une excision discale de qualité dun nombre important de disques sans sacrifier les pédicules vasculaires. Lespace créé peut être comblé par une greffe volontiers réalisée à laide de substituts osseux. La réductibilité des scolioses est ainsi accrue et la stabilité postopératoire est plus grande garce à la greffe antérieure et postérieure. La thoracoscopie et le temps postérieur peuvent être réalisés dans la même journée avec des suites simples nayant rien à voir avec les thoracotomies classiques. La thoracoscopie a élargi les indications dabords antérieurs proposés aujourdhui à des scolioses où classiquement seul un abord postérieur était requis. Si la scoliose est double majeure avec deux courbures également raides, le rachis peut être libéré totalement, avec un abord thoracolombaire premier suivi dune traction dune dizaine de jours et dune libération thoracoscopique dorsale précédant immédiatement la correction postérieure. Certains se sont essayés à une chirurgie correctrice par thoracoscopie. Cette même technique est applicable aux hypercyphoses permettant comme dans la scoliose la libération gage de bonne réduction et la greffe indispensable ladulte.
Toutes les indications de greffe antérieure peuvent bénéficier de la thoracoscopie comme par exemple les fractures traitées par ostéosynthèse postérieure où le comblement de la perte de substance antérieure est impératif pour garder à terme le résultat de la réduction. Les rares hernies discales thoraciques relevant du traitement chirurgical nécessitaient soit une laminoarthrectomie postérieure, soit une thoracotomie avec abord transdiscal. Aujourdhui la hernie discale est lindication royale de la thoracoscopie. Elle nécessite une costectomie qui amène directement au canal et à la dure-mère. La morbidité de labord thoracoscopique est sans commune mesure avec les délabrements des abords classiques.
Aujourdhui les équipes entrainées peuvent réaliser des gestes encore plus performants comme la corporectomie-greffe et ostéosynthèse par voie thoracoscopique. Lindication idéale est une tumeur localisée au corps vertébral avec ou sans envahissement du canal. La libération médullaire est grandement facilitée par la magnification de limage et la classique guerre entre partisans et non partisans du microscope na plus lieu dêtre. Cette chirurgie demande une courbe dapprentissage non infranchissable. La thoracoscopie est en train de bouleverser nos habitudes car il est aujourdhui moins traumatisant et plus performant de passer par devant, ce qui est une révolution depuis lextraordinaire développement des instrumentations rachidiennes postérieures.
Labord lombaire vidéochirurgical peut se faire par voie péritonéale ou extrapéritonéale. Nous ne pratiquons pas labord transpéritonéal qui demande comme pour toute coelioscopie une injection de gaz. Dans cette technique le chirurgien orthopédiste reste dépendant du chirurgien généraliste. Seul le disque L5-S1 est accessible. Le gaz a ses inconvénients et la section du péritoine pariétal postérieur chez lhomme se complique trop souvent déjaculation rétrograde. Nous pratiquons donc un abord rétropéritonéal vidéoassisté par une incision de 2 à 3 cm. Le principal obstacle sont les vaisseaux, notamment la veine iliaque gauche qui barre souvent le disque L4-L5. La phlébographie iliaque gauche est utile en préopératoire. Labord est gauche de L2 à L5, droit en L5-S1, pour éviter le contact veineux et préférer le contact artériel. Deux abords sont possibles : antérieur et antéro-latéral.
Labord antérieur décrit par Onimus se fait sur un malade en décubitus dorsal strict. Linstallation donne la correction en lordose désirée. Lincision est centrée sur lombilic pour L4-L5, sousombiliocale pour L5-S1 et sus ombilicale pour les disques sus-jacents. Après décollement sous le grand droit, le feuillet postérieur de la gaine est ouvert et le péritoine décollé jusquau rachis. Les vaisseaux sont refoulés et souvent les pédicules lombaires sont liés. Laccès au rachis est strictement antéropostérieur. Le geste le plus fréquemment réalisé est une arthrodèse intersomatique par greffe ou par cage, mais une corporectomie est possible.
Labord antérolatéral décrit par Mayer se fait sur un malade en décubitus latéral. La réduction en général a été donnée par un geste postérieur préalable avec ostéosynthèse. Lincision est de type Mac Burnay inversé (gauche) avec décollement péritonéal jusquà la face latérale du rachis. Pour laccès au disque il nest pas nécessaire de lier les vaisseaux lombaires et les gros vaisseaux sont à peine vus. Cet abord est véritablement rapide et de morbidité pratiquement nulle.
Nous avons un recul suffisant sur nos ostéosynthèses-arthrodèses par voie postérieure qui nous ont permis de réduire et de fixer efficacement nos rachis lombaires en lordose. Le suivi a montré une perte de réduction (perte de lordose de la zone instrumentée) qui pousse aujourdhui les différentes équipes à multiplier les arthrodèses intersomatiques. La faible morbidité de labord antérieur par rapport à labord postérieur, a même encouragé certains à développer des techniques où labord postérieur complémentaire nétait plus nécessaire. A lheure actuelle les indications ne sont pas encore figées mais comme la thoracoscopie labord antérieur vidéoassisté va se multiplier.
Comme dans dautres spécialités la vidéochirurgie est en chirurgie rachidienne, une philosophie nouvelle où le résultat immédiat du geste chirurgical doit être obtenu sans subir les inconvénients occasionnés par de la voie dabord. Si par le passé, lanesthésie a permis une meilleure chirurgie en offrant de grands abords permettant la vision et donc les gestes les plus ambitieux, la vidéochirurgie donne aujourdhui les mêmes avantages sans les inconvénients de ces ouvertures délabrantes. Le malade est au bout de quelques jours dans létat où nous avons lhabitude de le trouver après quelques semaines, voire quelques mois. Il ny a pas de cicatrice, témoin gênant de sa maladie et de son recours à la chirurgie. Le résultat immédiat guérit le patient comme sil navait pas été opéré, ce qui flatte lego du médecin, mais ce résultat immédiat peut faire croire au patient quil na jamais été malade, ce qui flatte lego du chirurgien.
ABORDS LOMBAIRES RETROPERITONEAUX
VIDEO-ASSISTES
J-P STEIB (STRASBOURG)
Labord lombaire vidéochirurgical peut se faire par voie péritonéale ou extrapéritonéale. Nous ne pratiquons pas labord transpéritonéal qui demande comme pour toute coelioscopie, une injection de gaz. Dans cette technique le chirurgien orthopédiste reste dépendant du chirurgien généraliste. Seul le disque L5-S1 est accessible. Le gaz a ses inconvénients et la section du péritoine pariétal postérieur chez lhomme peut se compliquer trop déjaculation rétrograde. Nous pratiquons donc un abord rétropéritonéal vidéo-assisté par une incision de 2 à 3 cm. Le principal obstacle sont les vaisseaux, notamment la veine iliaque gauche qui barre souvent le disque L4-L5. Une phlébographie iliaque gauche est utile en préopératoire. Labord est gauche de L2 à L5, droit en L5-S1, pour éviter le contact veineux et préférer le contact artériel. Deux abords sont possibles : antérieur et antéro-latéral.
Labord antérieur décrit par Onimus, se fait sur un malade en décubitus dorsal strict. Linstallation donne la correction en lordose désirée. Lincision est centrée sur lombilic pour L4-L5, est sous-ombiliocale pour L5-S1 et sus-ombilicale pour les disques sus-jacents. Après décollement sous le grand droit, le feuillet postérieur de la gaine est ouvert et le péritoine décollé jusquau rachis. Les vaisseaux sont refoulés et souvent les pédicules lombaires sont liés. Laccès au rachis est strictement antéropostérieur. Le geste le plus fréquemment réalisé est une arthrodèse intersomatique par greffe ou par cage, mais une corporectomie est possible.
Labord antérolatéral décrit par Mayer, se fait sur un malade en décubitus latéral. La réduction en général a été obtenue par un geste postérieur préalable avec ostéosynthèse. Lincision est de type Mac Burnay inversé (gauche) avec décollement péritonéal jusquà la face latérale du rachis. Pour laccès au disque il nest pas nécessaire de lier les vaisseaux lombaires et les gros vaisseaux sont à peine vus. Cet abord est véritablement rapide et de morbidité pratiquement nulle.
Nous avons un recul suffisant sur nos ostéosynthèses-arthrodèses où nous avons pu réduire et de fixer efficacement nos rachis lombaires en lordose. Le suivi a montré une perte de réduction (perte de lordose de la zone instrumentée) qui pousse aujourdhui à multiplier les arthrodèses intersomatiques. La faible morbidité de labord antérieur par rapport à labord postérieur, a même encouragé certains à développer des techniques où labord postérieur complémentaire nétait plus nécessaire. A lheure actuelle les indications ne sont pas encore figées mais comme la thoracoscopie labord antérieur vidéoassisté va se multiplier.
Comme dans dautres spécialités la vidéochirurgie est en chirurgie rachidienne une philosophie nouvelle où le résultat immédiat du geste chirurgical doit être obtenu sans subir les inconvénients occasionnés par de la voie dabord. Si par le passé, lanesthésie a permis une meilleure chirurgie en offrant de grands abords permettant la vision et donc les gestes les plus ambitieux, la vidéochirurgie donne les mêmes avantages sans les inconvénients de ces ouvertures délabrantes. Le malade est au bout de quelques jours dans létat où nous avons lhabitude de le trouver après quelques semaines voire quelques mois. Il ny a pas de cicatrice, témoin gênant de sa maladie et de son recours à la chirurgie. Le résultat immédiat guérit le patient comme sil navait pas été opéré, ce qui flatte lego du médecin, mais ce résultat immédiat peut faire croire au patient quil na jamais été malade, ce qui flatte lego du chirurgien.