ARTHROSE et LAXITE
Conférence dEnseignement
Société Française dArthroscopie 1998
Professeur Philippe NEYRET*, Tarik AIT SI SELMI**, Luiz GLUCHUK PIRES***
* Centre Livet - Hôpital de la Croix-Rousse - Caluire
** Praticien Hospitalier - Centre Livet
*** Service du Pr Pozzi - Porto Allegre - Brésil
Avec la participation de :
F. RONGIERAS
P. BOILEAU
C. LAPRA
INTRODUCTION
La rupture du ligament croisé antérieur est susceptible dengendrer une limitation des activités de la vie sportive ou quotidienne.
Le traitement de ces lésions est devenu résolument chirurgical chaque fois quil sagit dun patient jeune dont les motivations sportives ou professionnelles nécessitent un genou stable. Auparavant, pour beaucoup, le traitement chirurgical faisait suite à léchec du traitement fonctionnel ou de la rééducation. Cette approche thérapeutique qui a longtemps prévalu ne prenait pas en compte tous les paramètres en particulier les liens qui existent entre la rupture du ligament croisé antérieur et la possible survenue dune arthrose. Ce risque de survenue dune arthrose doit, à lheure actuelle, être intégré dans le schéma thérapeutique.
Que penser dune intervention qui stabiliserait le genou mais qui conduirait inéluctablement à la survenue dune arthrose ? Disposons nous dinterventions chirurgicales qui permettent de limiter la survenue dune arthrose à moyen et long terme ?
Pour répondre à ces interrogations, il faut connaître les gestes chirurgicaux susceptibles de favoriser ou freiner la survenue dune arthrose dans lindication et le choix de la technique chirurgicales.
Outre le résultat fonctionnel, le chirurgien doit toujours se demander quelle sera lévolution de ce genou en terme darthrose si le patient est opéré ou sil nest pas opéré. Lorsque lintervention chirurgicale risque daggraver le processus arthrosique, il faut bien-sûr en informer le patient. En effet, le choix thérapeutique ne peut plus se résumer à la simple amélioration fonctionnelle à court terme.
Le but désormais avoué du traitement des laxités antérieures chroniques est bien, non seulement, la stabilisation du genou mais aussi la prévention de la survenue dune arthrose ou la stabilisation du processus arthrosique.
Nous envisagerons successivement quelques unes des données fondamentales rapportées chez lanimal ou chez lhomme puis nous étudierons les facteurs arthrogènes. Enfin, la classification développée par Henri Dejour sera intégrée à cet exposé de manière à préciser nos choix thérapeutiques actuels en fonction de la laxité dune part et des lésions pré-arthrosiques ou arthrosiques associées dautre part.
LES DONNEES FONDAMENTALES
CHEZ LANIMAL
Les liens qui existent entre la survenue dune arthrose et lexistence dune laxité ont fait lobjet de plusieurs travaux. Plusieurs théories saffrontent ou se complètent, en particulier les théories mécaniques et chimiques.
Marshall, dès 1971, avait conclu à la suite de travaux chez lanimal " it would be logical to assume that early surgical intervention aiming at stabilization is to be prefered to conservative treatment in cases of ruptured ACL " [71] ; puis, des travaux ont été réalisés par Mac Devitt en 1977 [66] met en évidence, chez le chien, la survenue dune arthrose après section du LCA. Il souligne que les lésions prédominent sur le plateau tibiale interne et le massif des épines. Enfin, Clancy a étudié lintérêt des greffons libres chez le singe Rhesus, après rupture du LCA et léventuelle prévention de larthrose après reconstruction ligamentaire [19]. Des travaux récents ont rapporté les liens indiscutables existants entre la rupture du ligament croisé antérieur et la survenue dune arthrose notamment par Sommerlath [105], Holzmuller [41] et Marshall [63], qui, chez le mouton décrit la survenue dune arthrose détruisant totalement larticulation " one year after resection of the ACL without reconstruction were totally destroyed joint ".
Parallèlement à ces observations, ont été décrites des modifications chimiques des constitutants articulaires après rupture ligamentaire. Ces modifications sont susceptibles dêtre ralenties ou contrôlées par ladministration de médications. Ladministration dOxycycline (Yu) [115] semble susceptible de réduire la sévérité de larthrose, de même, Rateliffe [89] en 1993 indique que lAproxen diminue le contenu en protéoglycanes et métalloprotéinases dans le liquide articulaire. Hamananischi [38] insiste sur le rôle chondroprotecteur de la protéine kinase C. Pelletier [87], chez le chien, étudie laugmentation locale de production dinterleukine 1 dans le genou arthrosique. Scherer [94] en 1998 rapporte lintérêt du dosage de lacide hyaluronique et des chondroïtines-sulfates.
Dautres données seraient aussi à prendre en compte en particulier des données " neurologiques ". Il sagit des travaux de 0Connor [84] et de Vilensky [111] qui, tous les deux, ont réalisé des études chez le chien, relatant les liens qui pourraient exister entre le système nerveux central dune part et les mécanismes compensateurs dautre part ; ces mécanismes compensateurs sont susceptibles dinfluencer la physiologie du genou et même de diminuer ou modifier la survenue dune arthrose.
Ces études chez lanimal ouvrent des perspectives de recherche intéressantes. Cependant, si certaines médications sont susceptibles de freiner la survenue de larthrose ou tout au moins de modifier les compositions du liquide articulaire, il nen reste pas moins que les désordres biomécaniques persistent. Ces désordres biomécaniques ont été bien étudiés chez lhomme.
CHEZ LHOMME
Conséquences biomécaniques
La Translation Tibiale antérieure
Après rupture du ligament croisé antérieur, la cinématique du genou est très voisine de celle du genou sain en labsence de contraintes extérieures importantes. Ces contraintes extérieures peuvent être dordre passif ou actif telle que la contraction du quadriceps. Sous laction de contraintes " extérieures ", après rupture du ligament croisé antérieur, la cinématique est modifiée avec notamment apparition dune translation tibiale antérieure. Cette translation tibiale antérieure est un phénomène physiologique : un certain jeu articulaire est tout à fait normal. Laugmentation de ce jeu articulaire est pathologique. Cette augmentation peut être établie par comparaison sur le même genou lorsque cette translation est mesurée avant et après rupture (ou section) du ligament croisé antérieur.
La translation tibiale antérieure mesurée, notamment du côté interne, dépend de plusieurs facteurs qui sont :
- le ligament croisé antérieur
- le ménisque interne et le point dangle postéro-interne
- la pente tibiale.
Les données cliniques sont relativement rares, occasionnelles et le fruit du hasard. Par contre, la translation tibiale antérieure est très facilement comparée entre les deux genoux, le genou de référence devant bien-sûr être exempt de traumatisme ayant engendré une rupture du ligament croisé antérieur. Cette translation tibiale antérieure peut être mesurée sur le compartiment interne. Sur un genou sain, elle est en moyenne 3,4 mm ± 2,9. En cas de rupture du ligament croisé antérieur, la valeur différentielle (genou avec rupture du LCA - genou sain) est de 5,6 mm ± 5,8. Ces valeurs ont été enregistrées à laide de clichés dynamiques avec une contrainte extérieure selon la méthode radiologique du Lachman actif radiologique [67, 68, 69].
Sur le compartiment externe, les valeurs enregistrées sont de 8,9 mm ± 4 sur un genou sain pour une valeur de translation tibiale antérieure différentielle (genou avec rupture du LCA moins genou sain) augmentée (6,5 mm ± 4,4).
Le ménisque interne et en particulier la corne postérieure du ménisque interne apparaît comme un frein secondaire à la translation tibiale antérieure. Lorsque le LCA est rompu ou sectionné, son rôle devient essentiel et il participe à la limitation de cette translation notamment lors de lappui monopodal. Ceci a été vérifié tant sur des études cadavériques (K. Markolf [67], M. Bonnin [11]) que sur des observations cliniques (M. Bonnin, Ph. Neyret) [79, 80, 81].
La pente tibiale : il existe un lien direct entre la translation tibiale antérieure et la valeur de la pente tibiale. Une pente tibiale inversée est même susceptible de conduire à une translation tibiale postérieure. Une correction de la pente tibiale saccompagne dune modification de la translation tibiale . 10° de la pente tibiale correspond à une augmentation de 6 mm de la translation tibiale antérieure.
Le phénomène de ressaut
Le plateau tibial externe est convexe tout comme le condyle fémoral externe. La rotation tibiale interne associée à la translation tibiale antérieure place le condyle fémoral externe en arrière du dos dâne représenté par le plateau tibial externe. Lors de la flexion, le condyle fémoral se réduit brutalement en avant, passant, sautant par dessus la convexité du plateau tibial externe. Ce ressaut est à lorigine de la sensation dinstabilité perçue par les patients dans les suites de la rupture du ligament croisé antérieur notamment lors de la pratique des activités sportives.
Conséquences chimiques
Le liquide synovial normal contient des niveaux élevés de récepteurs antagonistes de linterleukine 1 mais de faibles concentrations des autres cytokines. Après rupture du ligament croisé antérieur, il y a une modification de ces concentrations avec une augmentation très nette de linterleukine 6 et 8 et des facteurs de nécrose tumorale type
a ou des keratanes-sulfates [87].Histoire naturelle des ruptures du LCA
Lhistoire clinique typique est la suivante. Il sagit dun sportif dune vingtaine dannées qui lors de la pratique du football ou du rugby présente une entorse du genou. Il a perçu un craquement et na pas pu continuer son match ni reprendre ses activités sportives pendant les jours et semaines qui ont suivi. Cependant, il est retourné rapidement à une activité quotidienne normale. Lors de la tentative de reprise du sport, il sest produit des accidents dinstabilité à répétition qui ont conduit le patient à modifier ses activités.
A 30 ans, ce patient cherche à reprendre des activités sportives type tennis ou sport de loisir et se produit alors une lésion du ménisque interne qui est marquée par la survenue de blocages méniscaux, de crises articulaires avec gonflement et douleur interne. De même, les phénomènes dinstabilité ou de déboitement du genou ont fait place à une instabilité qui peut survenir dans la vie quotidienne avec un genou faible qui lâche, qui cède devant lui. Le traitement a malheureusement consisté en une méniscectomie interne qui a permis de résoudre partiellement la symptomatologie.
A 45-50 ans, ce même patient présente progressivement une déformation du genou en varus tandis quapparaissent des douleurs climatiques et à leffort accompagnées dépanchement articulaire. Le patient présente alors une arthrose fémoro-tibiale interne.
En fait, trois étapes sont importantes dans cette histoire clinique : laccident initial, les accidents à répétition, larthrose.
LACCIDENT INITIAL
La rupture du ligament croisé antérieur
- Elle est le plus souvent isolée (70% des cas). Dans le mécanisme mis en jeu il y a constamment une contraction violente du quadriceps qui met en tension le LCA qui est alors tendu comme une corde. Une simple rotation externe fémorale conduisant à la rupture accompagnée dun craquement un peu comme le fait une corde de guitare très tendue que lon viendrait gratter et qui se romperait. Cette rupture peut être complète (60%) ou alors partielle (10%), il sagit alors dune rupture interstitielle plutôt que dune rupture dune partie des fibres, mais quoi quil en soit la totalité des fibres a subi une déformation plastique et il nest pas rare dobserver une laxité équivalente à celle observée dans les ruptures complètes du ligament croisé antérieur.
- Cette rupture du ligament croisé antérieur peut être associée à une lésion du ligament latéral interne notamment dans les mécanismes en valgus rotation externe (25% des cas). Cette lésion correspond à la classique triade de Don ODonoghue. Nous savons désormais que les lésions méniscales externes sont plus souvent rencontrées dans cette lésion que les lésions méniscales internes.
- Enfin, il existe une association rare (< 5%), cest la triade antéro-externe rétro-ligamentaire ou triade antéro-postéro.externe. Elle comporte une rupture du ligament croisé antérieur et des formations postéro-externes et ne représente guère que 5% des ruptures du ligament croisé antérieur.
Les lésions associées
Elles sont méniscales et ostéochondrales. La fréquence de la lésion méniscale interne est variable dans la littérature oscillant entre 25 et 45% tandis que la lésion méniscale externe semble plus fréquente, de 31 à 65% selon les auteurs [92]. De même, les lésions chondrales ont été rapportées dans 20% des cas et analysées lors darthroscopies autrefois indiquées pour hémarthrose.
Certains ont proposé, lors de laccident initial, la réalisation dune IRM, ce qui a permis de visualiser des lésions ostéochondrales fréquentes (80 à 90%) qui intéressent très souvent los spongieux sous la forme dun oedème mais parfois une fracture sous-chondrale ou une fracture ostéochondrale.
LES LESIONS TRAUMATIQUES SECONDAIRES
Elles surviennent au cours des accidents dinstabilité.
Les lésions méniscales
Ce sont essentiellement les lésions du ménisque interne, la fréquence de ces lésions est de lordre de 50% à 5 ans.
Là encore, les chiffres rapportés sont variables. Quoi quil en soit, il semble que la lésion la plus fréquemment observée soit une désinsertion capsulo-méniscale (7 fois sur 10) et plus rarement une anse de seau du ménisque interne (2 fois sur 10) permettant dexpliquer des blocages à 30 ou 40° de flexion.
La lésion du ménisque externe est rare en tant que lésion traumatique secondaire puisquelle nest observée que dans 10% des cas à 5 ans.
Les autres lésions traumatiques secondaires
Elles prédominent du côté interne.
Henri Dejour a décrit la " LUNULE " qui correspond à une désinsertion de la coque du jumeau interne tandis que dautres auteurs ont rapporté une lésion du ligament ménisco-tibial.
La désinsertion méniscale fait aussi partie des lésions du PAPI.
Il faut souligner le fait que les lésions postéro-externes sont contemporaines de laccident lorsquelles existent et ne correspondent pas à une distension postéro-externe.
Les lésions traumatiques secondaires sont aussi des fractures ostéochondrales. Du côté interne on observe des fractures en étoile sur le condyle ou une fracture antérieure du tibia marginale postérieure du plateau tibial interne. Ces fractures ostéochondrales sont provoquées par des accidents sportifs avec contraction très violente du quadriceps conduisant à une subluxation antérieure du tibia. Du côté externe, les lésions sont plutôt à type dulcération tant du plateau tibial externe convexe que du condyle fémoral : ces lésions sexpliquent par les phénomènes de ressaut qui laminent progressivement la convexité du plateau tibial externe.
LARTHROSE
Les mouvements successifs de translation tibiale antérieure et réduction qui se produisent sous leffet des contractions quadricipitales quil sagisse de la marche ou bien de mouvements plus violents, comme lors de la pratique du sport avec des sauts et réception de saut, peuvent générer des forces de cisaillement et des altérations cartilagineuses. De plus, les lésions méniscales ainsi que les fractures ostéochondrales favorisent la survenue de cette arthrose.
1 - Larthrose fémoro-tibiale interne
L arthrose fémoro-tibiale interne est ola plus fréquente (75% des cas) ; cependant, dans 25% des cas, elle peut être équilibrée cest-à-dire quil nexiste pas de déformation importante dans le plan frontal. Les altérations du compartiment interne et compartiment externe paraissant équivalentes.
Larthrose fémoro-tibiale externe na pas été rapportée après laccident antérieur chronique. Ceci semble dû dune part à sa plus faible fréquence mais surtout à labsence danalyse sur des clichés en schuss. En fait, depuis quelques années, nous avons pu observer les arthroses qui paraissaient équilibrées lorsque que le sujet avait le genou en extension mais qui prédominaient du côté externe lorsque le genou était analysé sur des radiographies de face à 45° de flexion en charge.
Larthrose fémoro-tibiale interne sur laxité antérieure chronique est caractéristique. Elle peut être suspectée sur des clichés de face en appui monopodal mais qui objectivent un remaniement du massif des épines, des ostéophytes surtout internes mais avec un remodelé du compartiment externe. Mais, cest surtout sur le cliché de profil, que cette AFTI sur laxité antérieure chronique a des aspects caractéristiques, on objective la translation tibiale antérieure ainsi quune cupule postéro-interne sur le tibia. Lostéophyte postéro-interne horizontale semble prolonger cette cupule.
Tandis que sinstalle cette arthose fémoro-tibiale interne, le membre inférieur se déforme, sarque progressivement conduisant à une déformation en genu varum qui sexagère lors de lappui monopodal, le genou bascule en varus lors de cet appui.
Cette bascule en varus correspond à la " plongée " du condyle au fond de la cupule lors de lappui monopodal. A terme, se produit une distension des formations externes.
2 - Larthrose fémoro-tibiale équilibrée
Elle semble favorisée par lexistence dun morphotype en genu valgum dune part, mais aussi par une méniscectomie externe réalisée aux décours ou à distance de la rupture du ligament croisé antérieur.
La scène clinique est dominée par la succession de crises articulaires avec douleurs et épanchements articulaires qui font ensuite aux efforts physiques.
Les phénomènes dinstabilité sont rarement au premier plan.
Il ny a pas de déformation dans le plan frontal et on observe progressivement et insidieusement une perte des amplitudes articulaires en particulier de lextension. Sur la radiographie de face, on observe des ostéophytes du coté interne et externe tandis que le massif des épines a des aspects en crochet. Linterligne articulaire ne disparait pas totalement.
Surtout lespace fémoro-tibial peut apparaître de face très pincé voire disparaître en cas de flexum. Le cliché en schuss permettrait de mieux visualiser le pincement fémoro-tibial.
La radiographie de profil nest guère spécifique hormis lexistence dune translation tibiale antérieure nette et de la disparition du triangle clair postérieur, limage en cupule est rare voire absente.
Lévolution vers larthose après rupture du ligament croisé antérieur se fait de façon très lente, progressive et très variable en fonction de nombreuses données encore mal précisées (niveau dactivités, pratique de sport de contact, facteurs génétiques etc ...), cette période sétend généralement de 20 à 40 ans.
Cette arthose avérée est précédée dune longue période de pré-arthose. Il faut connaître cette évolution très lente et ne pas se précipiter vers des interventions chirurgicales trop précoces notamment des ostéotomies avec hypercorrection du fait de la faible évolutivité de ces lésions de pré-arthrose.
3 - La pré-arthose
Elle est définie par lexistence de lésions chondrales en miroir sans os sous-chondral à nu. Ces lésions chondrales prédominent sur la partie postérieure du plateau tibial interne mais il existe aussi des lésions en regard dans la zone portante du condyle interne.
Les lésions chondrales peuvent aussi exister du côté externe.
La sympômatologie est mixte.
Peuvent prédominer les symptômes à type de douleurs ou dépanchement articulaire qui surviennent souvent par crise et après des efforts physiques importants mais aussi des phénomenes dinstabilité qui peuvent être au premier plan. Lorsquil existe une laxité antérieure chronique avec pré-arthose, les lésions de pré-arthose sont souvent au second plan et cest la radiographie qui permet de les dépister. Cest pour cela quil faut savoir les rerchercher non seulement par lintérrogatoire mais aussi par un bilan radiographique précis.
Ce bilan radiographique comporte des clichés comparatifs de face en appui monopodal qui retrouvent des ostéophytes internes, là encore un massif des épines qui peut être remanié. Mais sil existe un remodelé sur ce cliché radiographique, il ny a pas de véritable pincement articulaire.
Cest la radiographie en appui monopodal de profil à 30° de flexion, comparative, qui objective la translation tibiale antérieure différentielle supèrieure à 6 mm, la disparition du triangle clair postérieur qui correspond à la cale postérieure du ménisque interne et le pincement fémoro-tibial incomplet.
Lanalyse de ces clichés radiographiques doit être extrêmement soigneuse.
Lintérêt des clichés en schuss dans cette forme particulière darthose na jamais été rapporté ; cependant, on soupçonne son intérêt dès lors que le pincement fémoro-tibial siège davantage à la partie postérieure quà la partie antérieure de linterligne fémoro-tibial.
LIRM est certes utile car elle permet de visualiser la rupture ligamentaire ainsi que létat du compartiment externe en particulier du ménisque externe mais aussi latteinte cartilagineuse des deux compartiments.
Il faut cependant souligner que du côté interne du fait de faible degré de flexion (0-10°) du genou, lors de la réalisation de lIRM, les images ne sont pas en miroir. Elles existent à la partie postérieure du condyle interne, tout comme à la partie postérieure du plateau tibial interne, mais ces surfaces articulaires ne sont pas en regard genou en extension. Enfin, ces lésions de pré-arthrose sont parfaitement visualisées lors du bilan articulaire réalisé au cours de larthroscopie.
Il ne faut cependant pas attendre ce stade pour avoir fait le diagnostic de pré-arthrose.
LES FACTEURS ARTHROGENES
Ces facteurs arthrogènes peuvent être la conséquence des déséquilibres, dans le plan frontal et/ou sagittal, à lorigine de laugmentation des contraintes qui passent à travers le genou. Laugmentation de ces contraintes favorise la survenue dune arthose. Mais dautres facteurs doivent être pris en compte en particulier les facteurs cliniques et chirugicaux.
Le déséquilibre frontal
Un certain nombre déléments participent à la constitution de ce déséquilibre frontal :
La rupture du ligament croisé antérieur saccompagne dun déplacement en dedans du centre instantané de rotation du genou du fait de lhyperrotation interne du tibia. Ainsi la seule rupture du ligament croisé antérieur est source de déséquilibre dans le plan frontal.
Le ménisque interne
Le rôle du ménisque interne est essentiel dans labsorbtion des contraintes (Walker [112]). Pour Trillat (thèse Neyret [79]), son rôle consisterait davantage dans le contrôle de la zone de contact fémoro-tibiale.
Cest le mur méniscal qui aurait alors le rôle le plus important, ce mur agissant comme une cale ayant pour rôle de réguler le déplacement de ce point de contact.
Les formations postéro-externes
Les lésions des formations postéro-externes surviennent au cours de laccident initial et ne sont pas le fait dune distension progressive. Elles ont un rôle majeur dans le contrôle de léquilibre frontal en particulier le ligament latéral externe, mais aussi les autres formations postéro-externes quil sagisse du poplité, du ligament fabello péronier " ligament fibulo-poplité " (PFL : popliteo fibular ligament des anglo-saxons).
La lésion de ces formations postéro-externes peut conduire à un déséquilibre frontal et à une arthrose précoce.
Le genu varum constitutionnel
Le genu varum favorise laugmentation des contraintes sur le compartiment interne, cependant, il semble que le seul varus ne puisse expliquer lévolution vers larthrose en absence de lésions concomittentes (rupture du LCA, lésion du MI, lésion postéro-externe).
Il agit comme un facteur potentiel. Lorsque cette déformation est trop importante au délà de 6-8 dégrés, il semble que le genu varum constitutionnel alors qualifié dexcessif soit susceptible de favoriser une évolution vers larthrose.
Cette notion de facteur potentiel existe dans le plan frontal, nous la retrouvons aussi dans le plan sagittal avec la pente tibiale.
Le déséquilibre sagittal
La rupture du LCA
La rupture du ligament croisé antérieur conduit à une augmentation de la translation tibiale antérieure qui peut être mésurée par des clichés dynamiques tel que le Lachman actif, le Lachman passif ou le TELOS.
Cette augmentation de la translation tibiale antérieure est de 5,6 mm ± 5,8 sur le Lachman radiologique actif. Cette augmentation de la translation tibiale antérieure peut être aussi mise en évidence sur des clichés en appui monopodal de profil (3,7 mm ± 5,8).
Ces données ont été observées pour une rupture isolée du ligament croisé antérieur.
Cependant, dans ce groupe, dans 30% des cas, la translation tibiale antérieure diffèrentielle était inférieure à 2 mm. On peut se demander si ce nest pas pour ces faibles valeurs de translation tibiale antérieure que lévolution vers larthrose est très lente voire absente, en labsence de facteurs surajoutés.
Les lésions du ménisque interne ou des formations postéro-internes
Lorsque la différentielle de la translation tibiale antérieure sur le cliché en appui monopodal est supérieure à 6 mm, il existe une lésion du ménisque interne ou des formations postéro-internes dans 70% des cas et cette fréquence est de plus de 90% des cas lorsque cette différentielle atteint 10 mm.
Ces lésions apparaîssent comme une distension secondaire à laccident initial. Elles sinscrivent dans lévolution naturelle des ruptures du ligament croisé antérieur.
Etant considérées, par Noyes [83], comme des freins secondaires à la translation tibiale antérieure, elles permettent laccentuation de cette translation lorsquelles sont atteintes.
La pente tibiale
Nous la définissons comme linclinaison du plateau tibial interne. Sa valeur moyenne est de 10° ± 3. Au délà de 13°, la pente tibiale est dite excessive, tout comme dans le plan frontal, la pente tibiale ne créée pas en elle-même une translation tibiale antérieure différentielle anormale ; cependant, il sagit dun facteur potentiel qui aggrave le déséquilibre dans le plan sagittal lorsque quil existe une rupture du LCA ou/et une lésion méniscale interne.
De plus, une pente tibiale très importante est susceptible de favoriser une fracture de fatigue du ligament croisé antérieur. Nous lavons observé à plusieurs reprises et lon imagine fort bien que cette même pente tibiale excessive pourraît fragiliser le greffon utilisé dans la reconstruction du ligament croisé antérieur.
Les facteurs cliniques
Il existe différentes données cliniques susceptibles de faire varier et dinfluencer lévolution vers larthrose, leurs contributions est cependant mal définie car lanalyse de ces facteurs est intriquée avec dautres éléments. Il sagit de lâge, du niveau dactivité et du surpoids.
Concernant lâge, plus le sujet est âgé, moins le cartillage a des qualités mécaniques satisfaisantes. Il est donc moins susceptible de sadapter à des contraintes anormales. Ceci est vrai tant pour lévolution naturelle que pour larthrose survenant après greffe du ligament croisé antérieur. Cependant, ces patients jeunes sollicitent leur genou et poursuivent des activités sportives malgré la rupture du ligament croisé antérieur et ils contractent rapidement des lésions méniscales. De plus, lhistoire naturelle pourra se prolonger si bien que ces jeunes patients développeront une arthrose dès lâge de 40-45 ans .
Cest peut-être dans ce sens que Shelbourne (96) [99] et Lo (98) [60] ont indiqué que la rupture du ligament croisé antérieur chez ladolescent conduisait à des arthroses précoces qui nécessitaient une intervention chirurgicale.
Le niveau dactivité, la poursuite des sports violents avec contact, saut, réception de saut conduit à la survenue plus fréquente de lésions méniscales et par conséquent à larthrose. Pourtant, ceci na pas pu être mis en évidence de façon formelle sur le plan clinique. A contrario, labsence dactivités physiques ne semble pas un élément favorable.
Le surpoids est un élément susceptible de favoriser la survenue dune arthrose et il semble quil en soit de même lorsquil existe une rupture du ligament croisé antérieur.
LES FACTEURS CHIRURGICAUX
Comme lécrivait Henri Dejour [23, 25, 26], lintervention chirurgicale est susceptible de précipiter le patient dans lévolution arthrosique si cette chirurgie ne respecte pas un certain nombre de règles : cest le " coup de fouet arthrosique ".
Un certain nombre dinterventions chirurgicales sont dailleurs actuellement abandonnées chez le sujet jeune ou très peu indiquées du fait de leurs risques arthrogènes, et tout dabord la ménisectomie interne isolée.
La méniscectomie interne
Lévolution vers larthrose après méniscectomie interne dans le cadre dune laxité antérieure réalisée dans la cadre dune laxité antérieure chronique a été parfaitement étudiée.
Après 25 ans dévolution les patients ménisectomisés internes ne présentaient pas de radiographie normale dans la mesure où le ligament croisé antérieur était rompu. La méniscectomie interne a conduit à un état de prè-arthrose dans 10% des cas, lévolution vers larthrose fémoro-tibiale interne étant la règle (70%), larthrose fémoro-tibiale équilibrée est plus rare (20%).
Cependant, il faut noter que toutes ces analyses radiographiques, si elles ont été faites sur des clichés en charge de face et de profil, ne lont pas été sur des clichés en schuss [79, 80, 81].
La plastie extra-articulaire isolée
Un certain nombre de plasties extra-articulaires ont été décrites pour diminuer la sensation dinstabilité ressentie par le patient. En fait, ces différentes interventions, si elles contrôlent parfois linstabilité ne contrôlent pas la laxité ou la translation tibiale antérieure, si bien que le risque de lésions méniscales est identique.
Ces différentes plasties ont été réalisées parfois du côté interne (opération de Don ODonoghue, opération de Slocum ...) et le plus souvent du côté externe (opération de Andrews, opération de Lemaire). Les résultats de lintervention de Lemaire qui étaient très populaires en France sont bien connus et nous avons en particulier insisté sur son rôle arthrogène en cas de lésions méniscales internes associées, en cas de lésions chrondrales ou de pré-arthrose ; de même, cette intervention est susceptible de " déstabiliser " le compartiment externe du genou si il existe des lésions postéro-externes, lopération de Lemaire fixe alors le compartiment externe en rotation externe. Si bien que les indications de cette intervention chirurgicale sont rares et sont réservées à des patients dont le niveau dactivité reste modéré, ces patients étant le plus souvent âgés de plus de 50 ans. Dans tous les cas, le ménisque interne doit être sain au moment de lintervention chirurgicale.
Ce rôle arthrogène de lopération de Lemaire nest pas du tout le même lorsque cette intervention est associée à une greffe du ligament croisé antérieur. Dans ce cas, tout comme les autres plasties externes, elle a pour but de limiter les sollicitations sur la greffe de ligament croisé antérieur dune part permettant peut-être un retour aux activités physiques plus rapide et dautre part, elle limite lavancée du compartiment externe, le contrôle de la translation tibiale antérieure en particulier majoré du côté interne étant dévolue à la greffe de ligament croisé antérieur, ceci nous conduit aux greffes intra-ligamentaires.
La plastie intra-ligamentaire
Les liens qui unissent la greffe du ligament croisé antérieur à larthrose sont encore en cours dévaluation, cependant un certain nombre dinformations importantes ont été rassemblées ces dernières années. Les études dAglietti, de Dempsey et de Anderson rapportent des résultats à plus de 7 ans [ 1, 5].
Cependant, nous voudrions concentrer notre exposé sur 3 études principales concernant les résultats des plasties intra-ligamentaires associées à une plastie extra-articulaire avec un recul de plus de 10 ans. Ces 3 études ont été conduites par Selmi[ 96], Chotel [18] et Selva [97], elles sont issues de services différents, elles ont toutes un recul supérieur à 10 et portent sur 100 ou plus patients.
Ces indications sont aussi fournies par Buisson [14] qui a rapporté les résultats de 192 sutures méniscales à 6 ans.
Les résultats des plasties intra et extra-ligamentaires à plus de 10 ans
Les 3 interventions qui ont été étudiées sont lopération de type KJL (lopération de Dejour, greffe du LCA plus plastie extra-articulaire ; lopération de Mac In Jones ; le tendon quadricipital est lintervention de P. Chambat (greffe du LCA avec positionnement dans une gouttière condylienne externe et retour externe avec tendon quadricipital).
Analyse radiographique
Les patients ont été revus avec des radiographies en appui monopodal de face permettant lanalyse du remodelé et du pincement fémoro-tibial, de la décoaptation externe qui sont les 2 éléments essentiels mais aussi de lostéophyte tibial postérieur, du triangle clair postérieur, des épines tibiales en crochet.
|
XR face AMP |
TASS |
CHOTEL |
SELVA |
BUISSON |
|
Compart. F.T.I. |
148 |
144 |
100 |
192 |
|
Normal |
36 |
40 |
63 |
65 |
|
Remodelé |
39 |
46 |
22 |
26 |
|
< 50% |
13 |
7 |
13 |
7 |
|
> 50% |
12 |
7 |
2 |
2 |
6 OTV 3 OTV 1 OTV 11 MI
Le remodelé et le pincement fémoro-tibial
Le tableau objective les pourcentages de radiographies normales ou remodelées. Les résultats sont très similaires ou très voisins dans les 3 études. Le taux de pré-arthrose ou arthrose oscille entre 15 et 25% avec un retentissement fonctionnel assez modéré puisquil a été nécessaire de réaliser une ostéotomie tibiale de valgisation dans moins de 5% des cas. Aucune ostéotomie na été nécessaire dans la série de Buisson. Les différentes variations qui restent cependant très minimes entre les différentes séries. Cest seulement, dans la série de Selmi [96], que les radiographies ont été analysées de face en appui monopodal mais aussi de profil en appui monopodal.
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XR profil en AMP |
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XR face AMP |
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à 30° |
Normal |
Remodelé |
Pincement |
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Normal 104 |
53 |
51 |
0 |
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Pré-arthrose 27 |
0 |
7 |
20 |
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Arthrose 17 |
0 |
0 |
17 |
On note que 7 patients, pour lesquels un remodelé avait été observé sur la radiographie en appui monopodal de face, présentaient en fait une pré-arthrose sur la radiographie de profil. Il semble que ce cliché soit plus sensible et donc plus précis et nécessaire à lanalyse de la pré-arthrose. Peut-être, ce cliché pourraît-il être remplacé par une analyse sur des clichés en schuss.
La décoaptation externe
Le caractère asymétrique de la décoaptation externe est essentiel puisque la décoaptation externe symétrique a été observée chez presque 40% des patients sur des clichés en appui monopodal de face. Nous considérons la décoaptation externe asymétrique.
Une notion importante a été apportée, cest lévolution vers larthrose dans le temps après greffe du ligament croisé antérieur.
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% |
Pre-operative |
1986 |
1994 |
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Normal |
98 |
83 |
70 |
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Pré-arthrose |
2 |
10 |
18 |
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Arthrose |
0 |
7 |
12 |
Le tableau objective bien le fait que avec 4,5 ans de recul et après greffe du ligament croisé antérieur, le taux de pré-arthrose passe de 2 à 10% tandis que lon voit apparaître 7% darthrose. Avec un recul de 11,5 ans, le taux de pré-arthrose est 18% pour un taux darthrose de 12%.
La décoaptation externe est-elle plus souvent observée lorsquil existait un pincement fémoro-tibial interne ?
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Compartiment F.T.Int. |
Décoaptation Externe NON |
Asymétrique % OUI |
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Normal |
96 |
4 |
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Arthrose |
71 |
29 p<0,001 |
Seuls 4% des patients présentaient une décoaptation externe avec un compartiment fémoro-tibial interne. Cette décoaptation externe asymétrique avec compartiment normal, peut être iatrogène, ou peut-être pré-existait-elle, la lésion postéro-externe ayant été méconnue lors de lintervention chirurgicale voire même aggravée par la plastie externe. De même, la décoaptation externe asymétrique est très rarement observée en labsence de méniscectomie interne puisque 82% des patients qui présentaient une décoaptation externe asymétrique avaient dans leurs antécédents une méniscectomie externe.
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Décoaptation Externe NON |
Asymétrique % OUI |
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MI sain MI ectomie |
95 18 |
5 82 p<0,05 |
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Varus clinique pré-op |
10 mm |
22 mm p<0,05 |
Enfin, le varus clinique semble un facteur favorisant la survenue dune décoaptation externe asymétrique puisque celui-ci était estimé cliniquement à 22 mm dans le groupe décoaptation externe asymétrique pour seulement 10 mm dans le groupe de patients qui ne présentaient pas de décoaptation externe asymétrique.
Trois facteurs semblent présider à la survenue dune arthrose à long terme : la méniscectomie interne, la laxité résiduelle et les lésion chondrales observées lors de la greffe du ligament croisé antérieur.
La méniscectomie interne
La méniscectomie interne est-elle une condition nécessaire ? oui ou presque ; en effet, pratiquement presque tous les patients présentant un ménisque interne sain ou suturé ne présentent pas, avec 10 ans de recul, de pré-arthrose ou arthrose puisque dans 90% des cas la radiographie est dite normale ou présente un remodelé. Les chiffres sont identiques dans le travail de Chotel [18].
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T.A.S.SELMI |
Normal Remodelé |
Pré-arthrose Arthrose |
|
MI présent MI extomie |
90 57 |
% 10 (8-2) 43 (25-18) p<0,005 |
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CHOTEL |
Normal Remodelé |
Pré-arthrose Arthrose |
|
MI présent MI extomie |
91 55 |
% 9 45 p<0,005 |
Plusieurs éléments interviennent, la chronologie et létendue de la méniscectomie. Il semble que la méniscectomie interne soit plus arthrogène que la méniscectomie per-opératoire tandis que lincidence de la méniscectomie post-opératoire, dans la survenue dune arthrose, reste mal précisée et ce car le nombre de patients ayant subi une méniscectomie après la greffe du ligament croisé antérieur reste faible (4 cas dans la thèse de Selmi [96], 7 cas dans la thèse de Chotel [18]). De même, concernant létendue de cette méniscectomie, la méniscectomie interne totale semble indiscutablement conduire plus souvent à larthrose.
Le status méniscal à la révision est directement influencé par le délai accident - révision (Selmi) [96] puisque le ménisque interne est sain ou suturé pour des délais dévolution respectivement de 27 et 23 mois, tandis que le patient a subi une méniscectomie interne partielle lorsque le délai dévolution était de 18 mois, une méniscectomie interne per-opératoire pour un délai de 35 mois et le patient avait eu une méniscectomie interne préalable (pré-opératoire) lorsque ce délai atteignait 60 mois.
La méniscectomie interne est-elle une condition suffisante ? non puisque un certain nombre de patients dont le ménisque interne est sain ont cependant présenté une arthrose dune part et dautre part beaucoup de patients qui avaient eu une méniscectomie interne nont pas constitué une arthrose puisque 57% dentre eux ont une radiographie normale ou un remodelé avec 10 ans de recul. On peut supposer que dautres facteurs sont susceptibles dinfluencer la survenue de larthrose.
Ainsi, préserver le ménisque interne, cest réduire le risque de survenue dune arthrose (Buisson) [14] et il semble que lévolution se fasse alors comme si le ménisque était sain, comme en témoigne le tableau.
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MI préservé 59 |
---> pas de lésion ---> suture |
43 (1) 16 (1) |
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148 |
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MI préservé 59 |
---> MI partielle ---> MI per-op ---> MI pré-op |
10 (1) 37 (1) 42 MI post-op |
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Pré-arthrose |
Arthrose % |
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9 |
2.3 |
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6 |
0 |
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7.2 |
3 |
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20 |
0 |
|
16 |
13 |
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33 |
26 |
|
28 |
20 |
Que le ménisque interne soit préservé (intact ou suturé) et lévolution vers la pré-arthrose nest que de 7% et lévolution vers larthrose de 3% soit 10% de pré-arthrose ou arthrose tandis quen cas de méniscectomie interne partielle per-opératoire ou pré-opératoire lévolution vers la pré-arthrose est de 28%, et de 20% vers larthrose soit 48% de pré-arthrose ou arthrose. Bien-sûr ces taux sont très différents dans les deux groupes : MI préservé ou méniscectomisé interne. Les chiffres rapportés par Buisson [14] avec un recul de suture méniscale interne associée à une greffe du ligament croisé antérieur avec un recul de 6 ans sont de 9% de pré-arthrose ou arthrose.
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BUISSON Suture M. |
Normal Remodelé |
Pré-arthrose Arthrose |
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Pré-op à 6 ans post-op |
98,5 91 |
% 1,5 9 (7-2) |
Ces chiffres sont donc très voisins de ceux rapportés par Selmi [96] ou Chotel [18]. Si bien quà 10 ans de recul, on peut conclure, quelle que soit la technique utilisée lorsque lon associe greffe du ligament croisé antérieur et plastie externe, le risque de survenue dune pré-arthrose ou arthrose est de 10% si le ménisque interne est normal ou suturé. Ce taux reste méconnu en cas de ménisque préservé, cest-à-dire lésion méniscale laissée en place sans suture. Par contre, le risque de survenue dune arthrose est beaucoup plus important, en cas de méniscectomie partielle, il est de 20% ; de 30% en cas de méniscectomie totale et il atteint 60% lorsquune méniscectomie interne pré-opératoire a été réalisée.
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A 10 ans |
Pré-arthrose ou Arthrose |
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MI normal MI suturé MI préservé |
10% 10% ? |
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A 10 ans |
Pré-arthrose ou Arthrose |
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MI partielle MI totale MI pré-op |
20% 30% 60% |
La laxité résiduelle
Cette laxité résiduelle peut être évaluée cliniquement et en appréciant le débattement postéro-antérieur en croix dune part et dautre part la qualité de larrêt, arrêt dur retardé, arrêt mou peut être noté. Des mesures quantitatives sont apparues avec le lachman radiologique actif, passif, la mesure de la translation tibiale antérieure sur les appuis monopodaux et bien-sûr le KT 2000. Toutes ces mesures ne sont pas strictement superposables et si Jakob et Staübli ont pu établir une corrélation avec le lachman passif et le KT 2000, Selva ne retrouve pas de corrélation directe entre le KT 2000 et lappui monopodal de profil à 30°. De même, Selmi ne retrouve de corrélation directe entre le Lachman actif et le cliché en appui monopodal de profil à 30° ; tandis que ce même Lachman actif radiologique semble directement corrélé avec lobservation clinique.
Un certain nombre de facteurs semblent susceptibles dexpliquer la laxité résiduelle :
Le status méniscal
semble directement influencer lexistence dune laxité résiduelle puisque pour un ménisque sain ou suturé, cette translation est inférieure à 4 mm ± 2,9 tandis quelle dépasse 7 mm en cas de méniscectomie interne pré-opératoire (TTA en appui monopodal en valeur absolue).
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TTA en |
AMP (mm) |
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Status méniscal interne |
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Sain Suture MI partielle MI per-op MI pré-op |
3,8 _ 2,9 3,6 _ 2,4 4,5 _ 2,6 6,1 _ 3,9 7,2 _ 4,4 |
La pente tibiale
La translation tibiale antérieure est fortement corrélée à la pente (p<0,0001). On peut considérer que la translation tibiale résiduelle augmente de 5 mm pour 10° de pente supplémentaire.
Le positionnement fémoral
Ce positionnement peut être apprécié de façon qualitative. Lorsque le positionnement fémoral a été jugé trop antérieur, les résultats sur la laxité résiduelle sont moins bons puisque celle-ci dépasse les 5 mm tandis quelle est de 3 mm lorsque le positionnement fémoral a été jugé bon. Mais au-delà de cette appréciation qualitative, nous avons utilisés des mesures du positionnement fémoral inspirées dAglietti en prenant cependant pour référence non plus la totalité du condyle externe mais la ligne du toit de léchancrure. On a pu observer que lavancée du point dancrage de 6 mm correspond à une laxité résiduelle augmentée de 1 mm sur le lachman radiologique. De même, le positionnement fémoral semble sêtre amélioré avec les années puisque le rapport PFP (cf. schéma) passe de 0,33 en 1979 pour 0,16 en 1984. Il semble que les patients opérés du côté gauche soient mieux positionnés que ceux opérés du côté droit. Enfin, les femmes dont léchancrure est plus petite et pour lequelles la partie postérieure de léchancrure est plus facilement accessible ont eu un meilleur positionnement fémoral que les hommes.
La laxité résiduelle
Le délai intervention follow-up
Les laxités résiduelles daggravent au cours de la première année post-intervention [18]. Au-delà de la première année, il ne semble pas y avoir daggravation de la laxité. Ces résultats sont stables dans le temps et il nexiste pas de distension du greffon entre la 4ème année et la 11ème année post-chirurgicale [96].
Il semble que la taille puisse avoir une influence sur la laxité résiduelle et la différence en appui monopodal et en lachman actif augmente avec la taille, ce qui a conduit à Rosenberg à proposer le " subluxation index " qui est en fait un rapport entre la distance du plateau tibial externe et la translation tibiale.
Les lésions chondrales
La constatation per-opératoire dune chondrite fémorale interne a été fortement corrélée au développement dune arthrose ultérieure [96]. Ces lésions doivent être soigneusement notées et seront mieux inventoriées à lavenir car manquent des données en terme de taille, de profondeur et de localisation exacte des lésions à lheure actuelle.
Les autres facteurs
Le niveau dactivité a probablement une influence mais cette analyse est complexe. En effet, la poursuite du sport après lintervention chirurgicale est directement fonction de la stabilité fonctionnelle du genou et peut-être sous la dépendance de la laxité. Les facteurs sintriquent et il est bien difficile de corréler poursuite de lactivité sportive, de la quantifier et de corréler ces notions à la survenue ou non dune arthrose. Cependant, à ces réserves près, il a été noté [96] que les patients qui pratiquaient des sports avec pivot et contact et plus particulièrement ceux qui les pratiquaient en compétition ont plus volontiers développé une arthrose (38%), que les patients qui ne pratiquaient pas de sports violents avant lintervention chirurgicale (15%).
Les autres compartiments
Les autres compartiments, en particulier le compartiment fémoro-tibial externe et le compartiment fémoro-patellaire ont été relativement mal étudiés jusquà présent [18, 97]. Chotel note moins de 3% de modifications radiologiques sur le compartiment externe tandis que ce chiffre atteint 11% dont 9% de remodelé dans cette dernière série. Concernant le compartiment fémoro-patellaire, Chotel note 6% de remodelé à 10 ans.
Les ligament synthétiques
Ils sont susceptibles de conduire rapidement à une arthrose. Cette évolution arthrogène sexplique à la fois par une théorie mécanique mais aussi par une théorie chimique.
La théorie mécanique : les ligaments synthétiques sont peu élastiques. Dès quil existe un défaut de positionnement (lisométrie nest pas respectée) il ny a pas de réserve dallongement du fait de labsence de lélasticité. Le ligament ne se rompt pas. Ils sont en fait souvent très résistants à la rupture car il en résulte une raideur et cest le cartilage qui cède lorsque lon veut obtenir de meilleures amplitudes articulaires. Si une mobilisation, sous anesthésie, a été réalisée, le risque de lésions chondrales est à son apogée.
Le plus souvent, les lésions prédominent du côté interne.
La théorie chimique : le ligament synthétique est susceptible de se détériorer progressivement du fait de phénomène dabrasion notamment à lentrée des tunnels; se libèrent alors des particules qui sont à lorigine de réactions en chaîne. Des phénomènes identiques sont observés en cas de rupture de ligament synthétique. Les lésions cartilagineuses existent sur tous les compartiments du genou.
Reynaud [90], rapporte avec un recul de 3 ans les résultats de réintervention chirurgicale après ligament synthétique, il note un taux de pré-arthrose de 20% et un taux darthrose de 10% sur une série de 85 patients. Il conclu : " la reconstruction ligamentaire dans le même temps chirurgical que lablation des ligaments synthétiques peut être, dans certaines circonstances, plus arthrogène que la simple ablation ".
Sepsis
Linfection post-opératoire ou arthrite du genou est tout à fait susceptible de conduire à des lésions arthrosiques. Elles ne sont en rien spécifiques de la chirurgie du LCA et leur fréquence est actuellement très rare, notamment lorsque les interventions sont conduites sous arthroscopie.
CLASSIFICATION et INDICATIONS
La classification des laxités antérieures du genou telle quelle a été définie par Henri Dejour est une classification qui prend en compte les lésions initiales mais aussi lévolution si bien quil sagit dune classification " évolutive ". Il existe dune part les laxités antérieures isolées qui peuvent résulter soit dune rupture isolée du ligament croisé antérieur, soit dune triade antéro-interne mais pour laquelle les lésions internes ont cicatrisé. Cette laxité antérieure isolée peut être due à une rupture complète du ligament croisé antérieur, on parle alors de laxité antérieure isolée complète. Elle peut aussi être due à une rupture interstitielle du ligament croisé antérieur ou à sa cicatrisation en nourrice et on parle alors de laxité antérieure isolée incomplète.
Cette laxité antérieure isolée du fait de lapparition des lésions postéro-internes (distension du PAPI, lésion méniscale interne, lésion ménisco-tibiale) conduit progressivement à une laxité antérieure évoluée.
Tout autre est la laxité antéro-externe rétroligamentaire (que lon peut aussi antéro-postéro.externe) qui correspond à une rupture du ligament croisé antérieur dune part et des lésions postéro-externes qui intéressent parfois le ligament latéral externe mais qui siègent parfois uniquement au niveau du point dangle postéro-externe. Il sagit de lésions contemporaines de laccident et qui ne correspondent pas à une évolution ou à des lésions traumatiques secondaires comme nous lavons déjà vu.
La voie finale commune de ces laxités est lévolution vers une laxité antérieure avec pré-arthrose. A ce stade de pré-arthrose, succède le stade darthrose sur laxité antérieure qui correspond à une mise à nu de los sous-chondral avec des lésions en miroir bien visualisées sur les clichés de profil en flexion ou sur les schuss.
En fait, lévolution vers larthrose est lente. On peut considérer, de façon très schématique, que le stade de la laxité antérieure isolée se situe entre 0 et 2ans, celui de laxité antérieure chronique évoluée entre 2 et 10 ans, le stade avec pré-arthrose se situe entre 5 et 20 ans tandis que le stade darthrose sur laxité napparaît quentre 20 et 40 ans après la survenue de la rupture du ligament croisé antérieur, probablement cette évolution est plus rapide dans le cadre des laxités antéro-externes rétroligamentaires ; la bascule du genou en appui monopodal favorisant la survenue de cette arthrose à moins que le sujet ne limite considérablement ses activités du fait de la gêne fonctionnelle.
La laxité antérieure isolée complète
Elle se caractérise par lexistence, sur le plan clinique, dun Lachman arrêt mou, la présence dun ressaut, de labsence de tiroir. La laxité objectivée est de lordre de 2 à 6 sur les clichés en Lachman actif tandis que les clichés en appui monopodal objectivent une translation tibiale antérieure différentielle de 0 à 4 mm. La radiographie de face en appui monopodal est normale. Sur la radiographie de profil il nexiste pas de pincement fémoro-tibial ni disparition du triangle clair postérieur. Lindication est dictée par un certain nombre de facteurs notamment fonctionnels. Schématiquement, on peut dire que plus le sujet est jeune, plus le contrôle de la laxité et la préservation méniscale sont importants dans le but de prévenir la survenue dune arthrose précoce. Au contraire, plus le sujet est âgé, plus le traitement symptomatique (méniscectomie interne, plastie extra-articulaire...) devient licite. Dans les années 80, le schéma thérapeutique était le suivant : à lâge de 13 ans, plastie extra-articulaire sous périostée, pas de reconstruction intra-articulaire. A partir de lâge de 17 ans, nous avions proposé, sous limpulsion dHenri Dejour, une greffe systématique du ligament croisé antérieur pour les sujets jeunes. Cependant, notre attitude était beaucoup plus réservée pour les sujets de plus de 40 ans pour lesquels nous ne proposions pas de greffe du ligament croisé antérieur mais davantage de plastie extra-articulaire car nous redoutions de donner un " coup de fouet " évolutif à larthrose.
Cependant, dans les années 90, lapparition de larthroscopie et la modification de la rééducation ainsi que, pour dautres chirurgiens lutilisation dautres greffons, ont modifié notre attitude thérapeutique. Actuellement, à lâge de 13 ans, du fait du risque de lésions méniscales, il faut proposer soit larrêt des activités sportives soit pour certains lutilisation des tendons de la patte doie pour reconstruire le LCA, le risque dépiphysiodèse restant notre préoccupation constante. Il faut absolument éviter de perforer les plaques de croissance. A partir de 16 ans, la greffe du LCA reste systématique, notre préférence va à lutilisation du 1/3 moyen libre du tendon rotulien. Plus on avance en âge, cest-à-dire au-delà de 30 ans, la prise en compte des symptômes ainsi que du niveau dactivité des motivations du patients, quelles soient dordre professionnelles ou sportives, pèsent davantage dans le choix thérapeutique. La limite dâge fixée à 40 ans nest plus exactement de mise, elle a été progressivement reportée à 50 ans. Au delà de cet âge, nous nous interrogeons sur la justification dune plastie extra-articulaire même au " DIDT " et nous préférons nettement le traitement par la rééducation. Même en cas déchec, se discute une plastie extra-articulaire dautant que le ménisque interne est sain et quil nexiste pas à ce stade de signes de pré-arthrose.
Bien-sûr, tout ceci est intégré dans les notions denveloppe telles que la décrit Scott Dye [93]. Néanmoins, les études présentées, notamment à propos des greffes intra-articulaires avec plastie extra-articulaire à 10 ans, nous confortent dans lidée que le choix doit être résolument chirurgical lorsquil sagit dune laxité antérieure chronique isolée chez un sujet de moins de 30 ans car, nous lavons vu, le taux darthrose après 10 ans nexcède pas 10% que le ménisque soit normal ou suturé mais dans tous les cas, celui-ci doit être préservé. Lindication est plus délicate à poser en cas de laxité antérieure isolée incomplète. Doivent-être pris en compte la motivation du patient, le niveau dactivité mais aussi la laxité induite par cette rupture cicatrisation ou cette rupture interstitielle. Les liens entre laxité antérieure isolée incomplète et risque de survenue dune arthrose sont à ce jour mal établis.
La laxité antérieure évoluée
La laxité antérieure chronique évoluée se définit par lexistence dun Lachman arrêt mou avec un débattement antérieur assez marqué (souvent côté ++). Lexistence dun ressaut net mis en évidence par la manoeuvre de Lemaire, non seulement en rotation interne mais aussi en rotation externe, de même le test de Dejour est très positif. Souvent le tiroir antérieur à 90° de flexion est présent.
Les radiographies objectivent une translation tibiale antérieure différentielle supérieure à 6 mm tandis quen appui monopodal cette différentielle est supérieure à 4 mm. Sur les radiographies de profil en charge, on met aussi en évidence la disparition du triangle postérieur qui correspond à la cale méniscale du segment postérieur du ménisque interne. La radiographie de face en charge est absolument normale, il ny a pas de décoaptation externe ni pincement fémoro-tibial interne.
Notre attitude thérapeutique est dictée par lexistence dune lésion méniscale qui doit être si possible suturée. Tout est tourné vers la préservation méniscale, or cette suture méniscale nest logique que si il existe une bonne stabilité antéro-postérieure, cest-à-dire si le LCA a été reconstruit. Cest dans ce cadre quil faut envisager lindication de la greffe du LCA si bien que lorsque la lésion méniscale est suturable, il faut discuter même à lâge de 13 ans une greffe du LCA au 1/2 tendineux ; bien-sûr, cette greffe est systématique entre 16 et 30 ans. Elle a notre préférence entre 30 et même 45 voire 50 ans, au delà se discute une greffe au DIDT sil sagit dune lésion méniscale suturable ou une simple méniscectomie. Dans de rares cas où le ménisque interne mais pour laquelle il existe une laxité antérieure évoluée, on peut proposer une plastie extra-articulaire. Il faut savoir que, dès que le ménisque interne fait lobjet dune résection même partielle, le taux de pré-arthrose ou arthrose augmente comme nous lavons vu. On peut espérer, après méniscectomie interne partielle, un taux de pré-arthrose de seulement 20%, 30% en cas de méniscectomie interne subtotale tandis que, lorsque lintervention est proposée, alors quune méniscectomie interne préalable avait été réalisée, le taux de pré-arthrose et arthrose attendu après 10 ans dévolution est malheureusement de 60%. Outre, cette suture méniscale associée à la greffe du ligament dautres gestes périphériques ont été proposés notamment une retension du point dangle postéro-interne. Cette intervention conduite par arthrotomie rétroligamentaire a pour objet de retendre vers le haut la coque condylienne, malheureusement le tissu est souvent dune qualité médiocre si bien que les résultats et les effets de cette plastie restent souvent incomplets.
Dautres ont proposé, pour soulager la greffe qui est la greffe intra-articulaire, qui est solicitée du fait de sa translation tibiale antérieure, dy associer un geste de plastie extra-articulaire de type Lemaire ou retour externe type Mac Intosh ou Mac In Jones.
La laxité antérieure avec pré-arthrose
Elle se caractérise non seulement par lexistence dune laxité important, cest-à-dire avec un Lachman arrêt mou côté ++, dun ressaut très net en rotation interne ou externe, lexistence dun tiroir antérieur marqué évident même à 90° de flexion mais aussi une translation tibiale antérieure différentielle anormalement élevée, souvent supérieure à 8 mm. Les clichés en appui monopodal de profil objectivent une translation tibiale antérieure différentielle de plus de 6 mm tandis quil existe un pincement fémoro-tibial postérieur avec une disparition complète du triangle clair postérieur. Les radiographies en appui monopodal de face font suspecter cette pré-arthrose même si elles ne mettent pas en évidence un pincement fémoro-tibial net du fait dun remodelé articulaire ou dépines tibiale en crochet. Sachant que tout déséquilibre objectivé sur les clichés en appui monopodal ne serait être compensé par une simple plastie ligamentaire, nous proposons de combiner une greffe du LCA et un geste osseux à type dostéotomie tibiale de valgisation ou de déflexion de manière à limiter les facteurs arthrogènes potentiels que représente le genu varum ou la pente tibiale excessive. Nous avons rapporté les résultats de ce que nous appelons lopération combinée et dont les objectifs sont de traiter linstabilité et de stopper lévolution arthrosique. La première série rapportée (Clinical Orthopaedics) portait sur les 50 premiers patients opérés de 1975 à 1989, la moyenne dâge au moment de la rupture du LCA était de 22 ans et au moment de lintervention de lopération combinée de 28 ans. Chez ces patients opérés, 78% avaient déjà opérés, pour 30 dentre eux, il sagissait de méniscectomie interne tandis que 16 parmi les 50 patients avaient déjà subi une reconstruction ligamentaire ou une suture du LCA. Enfin, soulignons que 16 dentre eux avaient eu dautre part une plastie extra-articulaire isolée. Lostéotomie était le plus souvent une ostéotomie de fermeture externe (43 cas), à 7 reprises il sagissait dune ostéotomie daddition interne. Cette étude nous avait permis de conclure quavec 3 ans de recul, des résultats fonctionnels et objectifs étaient encourageants, compatibles avec la reprise dune activité sportive de loisir et quil semblait exister une certaine stabilisation de lévolution arthrosique.
Plusieurs études, en particulier celle de Miller [72] (1993), Boss [12] (1995), Latterman-Jakob [53] (1996) et Noyes [82] (1997), sont venues conforter lidée que cette indication semblait licite en cas de pré-arthrose associée à une laxité antérieure chronique chez des patients jeunes. Cependant, la séquence chirurgicale ne fait pas lunanimité et Latterman et Jakob insistent sur le fait que lorsque le sujet est âgé de 25 ans, lostéotomie de valgisation seule doit être proposée dans un premier temps, la greffe du LCA venant en seconde intention lorsque le sujet se plaint dinstabilité. De même, ces mêmes auteurs recommandent la réalisation dune ostéotomie tibiale de valgisation seule sans greffe du LCA au delà de 40 ans. Notre attitude thérapeutique est un peu différente. En effet, lorsquil existe un déséquilibre dans le plan frontal, nous proposons de réaliser la greffe du LCA en même temps que lostéotomie tibiale de valgisation que lon réalise désormais par addition interne car la correction est plus précise. Il ne semble nécessaire de réaliser les deux interventions chirurgicales de façon séparée. Dautre part, le pire serait de réaliser dabord une greffe du LCA car nous savons que la greffe du LCA dans le cadre dune pré-arthrose est susceptible de donner un " coup de fouet " évolutif à larthrose et dévoluer vers une arthrose confirmée du genou ou avérée sur un espace de 1 à 3 ans.
Tout à fait différent est le problème des laxités antérieures avec pré-arthrose consécutive à une laxité antéro-externe rétroligamentaire. Dans ce cas, la distension externe est très difficile à corriger par une simple ostéotomie. En effet, pour lutter contre la bascule en varus lors de lappui monopodal, il faut alors réaliser une correction osseuse qui est importante avec une hypercorrection marquée. Le fait de réaliser une greffe du LCA dans un second temps conduit alors à un genou stable mais qui malheureusement, sur le plan fonctionnel, est très insuffisant par le patient qui reste gêné par lhypercorrection liée au valgus osseux. Cest pour cela que, de manière à limiter cette hypercorrection, nous proposons de réaliser une greffe du LCA dans le même temps que lostéotomie tibiale de valgisation mais celle-ci est une hypercorrection très modérée car nous y associons une greffe du ligament latéral externe. Cette greffe du LLE réalisée à laide dun greffon de 7 mm de large avec 2 baguettes osseuses prélevées sur le genou controlatéral autorise une correction qui se situe entre 1 et 4° dhypercorrection. De même, la greffe du LCA protège le genou de la décoaptation externe. Tous ces gestes associés, au cours de la même intervention chirurgicale, éliminent nombre de problèmes liés à lhypercorrection.
Laxité antéro-externe rétroligamentaire ou laxité antéro-postéro.externe
Elle se caractérise par lexistence dun Lachman arrêt mou ++, lexistence dun ressaut net, labsence de tiroir antérieur. Par contre, sur le plan clinique, lorsque la laxité prédomine dans le plan horizontal, on note un recurvatum test positif, une augmentation de la rotation externe à 20° et à 90° de flexion ainsi quune hypermobilité externe telle que la décrite Gilles Bousquet. Lorsque cette laxité antéro-externe rétroligamentaire prédomine dans le plan frontal, le LLE peut être mal perçu dune part et dautre part, il existe une laxité externe ou VARFI +. Ces dans ces derniers cas que se discutent la greffe du LLE que nous allons envisagé. Dautre part, la quantification de la laxité permet de mettre en évidence un différentiel en Lachman actif variable, entre 0 et 6 mm, mais rarement très important ; de même, le cliché en appui monopodal objective une translation tibiale antérieure différentielle de 0 à 4 mm. Les radiographies de face en appui monopodal sont essentielles, ce sont elles qui mettent en évidence la décoaptation externe asymétrique.
Cas particuliers
Laxité antérieure chronique avec genu varum constitutionnel excessif
Lorsque le genu varum constitutionnel est supérieur à 6 ou 8°, on observe un angle fémoro-tibial mécanique qui est supérieur à 12° sur les clichés bipodaux, sur les clichés en appui monopodal. Ceci est lié, non seulement à la déformation osseuse, mais aussi à lexpression de la laxité externe physiologique qui augmente et devient pathologique du fait de la rupture du LCA. Dans ces cas, peut se discuter une correction du genu varum constitutionnel excessif de manière à protéger la greffe. Cette ostéotomie est alors une ostéotomie daddition interne qui doit maintenir une hypocorrection, comme dans les genu varum constitutionnels excessifs, et laisser persister un discret varus résiduel. La " normo-correction " ou lhypercorrection ne semble pas favorable dans ces cas là.
Greffe du LCA et ostéotomie de déflexion
Lorsquil sagit dune laxité antérieure avec pré-arthrose, pour laquelle le déséquilibre prédomine dans le plan sagittal, il existe une forte translation tibiale antérieure sur lappui monopodal, la pente tibiale est souvent importante mais il nexiste pas de désordre dans le plan frontal. Si lon veut corriger de façon satisfaisante cette translation tibiale antérieure, il faut associer une ostéotomie de déflexion à la greffe du LCA.
Ce geste est conduit au cours de la même intervention chirurgicale de manière à diminuer la pente tibiale. Il faut savoir que la résection dun coin osseux conduit à une correction de la pente importante puisquenlever 1 mm globalement provoque une correction de pente de lordre de 2°. Cependant, la correction de cette pente conduit à un recurvatum, cest pour cela que nous associons systématiquement à cette ostéotomie de déflexion sus-tubérositaire de soustraction antérieure une retension des coques postéro-internes et postéro-externes de manière à limiter la flexion. De même, la rééducation comporte une mise en décharge pendant une période de 2 mois avec maintient dun flexum aux alentours de 5° de manière à lutter contre ce recurvatum. Sur le plan technique, au cours de lintervention chirurgicale, lostéotomie est conduite sur 2 broches qui ont été positionnées de manière à ce que le trait dostéotomie arrive dans les fibres inférieures du LCP et au dessus de la capsule de linsertion tibiale des coques condyliennes de manière à réaliser une charnière autour de laquelle pourra se fermer lextrémité supérieure du tibia.
Autres cas particuliers
Il sagit des patients de plus de 40 ans. Nous avons envisagé ce problème avec les indications chirurgicales, cependant nous voudrions rappeler quelques points qui nous paraissent importants. Dans une étude conduite par David Dejour [22], nous avons revu 52 patients, âgés de plus de 40 ans, qui avaient eu une greffe du LCA avec un recul de 3 ans. Il semble que le délai accident-opération soit déterminant ; en effet, plus ce délai est long, plus les patients ont des lésions intra-articulaires traumatiques secondaires fréquentes. Si bien que, lorsquun patient de plus de 40 ans présente une rupture du LCA, la question importante est de savoir à quel moment sinscrit cette consultation dans lévolution de lhistoire naturelle des ruptures du LCA. Sagit-il dune rupture récente ou dune rupture ancienne ? Lorsque le délai accident-opération est court, cest-à-dire que le patient est vu aux décours de la rupture du LCA, la greffe du LCA bien-sûr est discutée et si le patient a un niveau dactivité élevé. Dans ces cas, le résultat nous semble comparable assez observé chez le sujet jeune.
Au contraire, lorsquil existe un délai long entre laccident et la consultation et que le patient est vu aux décours dune lésion ménisque interne venant compliquer la rupture du LCA ou après une méniscectomie, il faut absolument chercher à dépister une pré-arthrose et cest dans ces cas, que se discutera une opération combinée si le patient a des motivations sportives importantes ou sil se plaint dinstabilité dans la vie quotidienne. Bien-sûr, cette indication est toujours à mettre en balance avec la simple réalisation dune méniscectomie interne. Les résultats de cette intervention combinée sont finalement très encourageants ; cependant, la rééducation est plus difficile et la mise en décharge assez pénalisante pour ces patients.
Arthrose sur laxité antérieure
Larthrose fémoro-tibiale interne (AFTI)
Dans 10% des AFTI opérées, nous avons retrouvé un antécédent de rupture de LCA. Cette arthrose survient en général un peu plus jeune (52 ans) que dans larthrose fémoro-tibiale essentielle. Elle pose des problèmes spécifiques du fait du jeune âge du patient et de la possibilité dune instabilité du genou associée ; cependant, cest bien larthrose qui est au premier plan avec son cortège de douleurs et dépanchement articulaire voire de déformation du membre inférieur avec bascule en varus lors de lappui monopodal. Il ny a pas de place pour la prothèse unicompartimentale interne, chez ces patients, il se discute essentiellement le traitement médical voire lostéotomie tibiale de valgisation ou la prothèse totale du genou.
Lostéotomie tibiale de valgisation est généralement indiquée de façon isolée sans nécessité de greffe ligamentaire liée pour traiter linstabilité. Nous pensons que dans ces arthroses avérées toute greffe intra-articulaire est susceptible de donner un " coup de fouet " évolutif à larthrose et ceci était aussi retrouvé dans les travaux de Garin [36]. Lorsque le sujet se plaint de façon importante dinstabilité, nous avons proposé dassocier à cette ostéotomie de valgisation avec hypercorrection, une plastie extra-articulaire de type Lemaire qui permet de stabiliser le genou. Les résultats avaient été étudiés et le résultat clinique était satisfaisant ; cependant, le résultat anatomique est beaucoup moins satisfaisant.
Larthrose fémoro-tibiale équilibrée
Les possibilités thérapeutiques sont malheureusement limitées dautant plus que elle intéresse souvent un sujet jeune. La prothèse totale du genou est bien-sûr discutée mais elle est rarement indiquée quand le sujet est jeune. Le traitement se résume alors à lablation des ostéophytes ou à un nettoyage articulaire qui a pour but de redonner une bonne extension au genou lorsquil existe un flexum. Parfois, une simple arthroscopie lavage est proposée mais le patient devra souvent patienter avec un traitement médical comportant notamment de la rééducation et des médications en attendant lheure de la prothèse totale. La place de lostéotomie tibiale de déflexion doit toujours être à lesprit car elle permet, dans un certain nombre de cas très particuliers, de stabiliser les symptomes pour plusieurs années.
Prévention et direction future
Trois domaines de travail sont susceptibles de nous donner des indications et des solutions de ces équations qui régissent les liens entre arthrose et laxité. Il sagit de la biomécanique, de la biochimie mais aussi de la génétique. Nos études lont montré par le contrôle de la laxité résiduelle mais aussi de la préservation méniscale et peut-être par la reconstruction des lésions cartilagineuses endommagées au cours de laccident initial ou des accidents traumatiques secondaires. Les greffes cartilagineuses ou les greffes ostéochondrales ouvrent, de nouvelles voies, comme le laisse supposer les travaux de Bobic [9].
Pour Cameron [15], la cause de larthrose post-traumatique nest pas biomécanique mais biochimique. De même, Yosihihara [114] indique que les facteurs biochimiques sont parmi les plus importants à prendre en compte pour comprendre lévolution arthrosique. Il faut certainement rester vigilant et suivre les découvertes ....
La génétique permettra vraissemblablement dexpliquer des variations dans lévolution dune laxité vers larthrose. Certains sujets en dehors de toute rupture du LCA développent une arthrose. Il existe donc des facteurs individuels et peut-être familiaux qui interviennent et viennent se méler aux facteurs biomécaniques et biochimiques. Nous sommes là dans des domaines encore mal connus mais qui feront indiscutablement lobjet des travaux du XXIème siècle.
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