ARTHROSCOPIE DE CHEVILLE: MATERIEL, VOIES DABORD
Michel Bonin
Depuis ses premières descriptions cliniques, le développement de larthroscopie de cheville a été relativement lent du fait de la petite taille de cette articulation et des risques de lésions vasculo-nerveuses ou tendineuses. Lapparition de techniques de distraction articulaire a permis un meilleur accès et une augmentation des indications. Après les techniques de distraction invasive (fixateur externe, distracteur tibio-calcanéen, table orthopédique), des techniques non invasives ont été proposées afin de limiter les risques opératoires. Actuellement, larthroscopie de la cheville est un geste bien codifié, permettant daccéder à tous les compartiments de larticulation avec du matériel standard parfois sans distracteur articulaire.
Matériel
Deux types darthroscope peuvent être utilisés. Le plus fréquemment, il sagit dune optique de 4 mm de diamètre oblique à 30° du même type que les optiques utilisées pour les genoux. Une optique oblique à 70° peut être utile pour mieux visualiser la partie basse des gouttières talomalléolaires mais entraîne une perte de luminosité.
Les optiques de plus petit diamètre (2.7 mm) avec grand angle de vision ont apporté une plus grande facilité particulièrement pour sengager dans linterligne après distraction.
Lirrigation effectuée par simple gravité permet dobtenir une pression de lavage suffisante. Larthropompe apporte un confort de travail supplémentaire mais la pression intraarticulaire doit être bien contrôlée pour limiter les extravasations de liquide qui peuvent générer un syndrome de loge.
Lusage dun shaver est quasi-obligatoire pour permettre les gestes intra-articulaires. Les minishaver sont généralement insuffisant à la cheville et le shaver standard de genou est le plus adapté. La plupart des instruments utilisés dans larthroscopie du genou peuvent lêtre au niveau de la cheville (rongeurs, pinces, ciseaux, palpeurs). Certains sont plus spécifiques: curettes de 2, 4 et 6 mm de diamètre pour évider les géodes osseuses ou régulariser le rebord tibial après fraisage dostéophytes. Des curettes angulées permettent de mùieux atteindre les lésions postèrieures du dôme talien. De petits ostéotomes peuvent être utilisés pour réséquer des ostéophytes marginaux antérieurs.
Il est à souligner que tous ces instruments sont de petite taille et peuvent être cassés lors de leur utilisation en force sur los; leur manipulation doit être minutieuse dautant que la migration dun fragment dinstrument rompu se fait automatiquement par gravité vers le compartiment postèrieur difficile daccès.
En 1988, Guhl (15) a montré que lutilisation dun distracteur articulaire permettait douvrir lespace de travail tibiotalien de 7 à 8 mm (fig.1). Le distracteur utilisé est un fixateur externe modifié (Acufex) qui permet de quantifier la force de distraction appliquée. Cet auteur recommande la mise en place du distracteur sur la face latérale (fig.2)ce qui correspond à la plupart des situations. Il faut respecter certaines règles:
- Broches unicorticales pour éviter tout risque fracturaire. La broche proximale est placée sur la face latérale du tibia 6 à 7 cm au-dessus de linterligne articulaire. Après incision cutanée prudente, les tissus sous-cutanés sont discisés à la pincette jusquà los. Une canule protectrice est placée jusquau contact osseux, la broche de fixateur est introduite à travers cette canule pour éviter toute lésion vasculo-nerveuse qui à ce niveau est représenté par les branches du nerf fibulaire superficiel. La broche calcanéenne introduite de dehors en dedans est légèrement oblique de haut en bas denviron 20°. Il faut éviter à ce niveau les tendons péroniers et larticulation sous-talienne.
- La distraction doit être appliquée de manière progressive en cours dintervention.
Certains auteurs préfèrent placer le fixateur en médial (entre tibia et talus). Si la mise en place de la broche tibiale est plus simple, celle dans le talus est plus difficile. La broche talienne est introduite de dedans en dehors juste au niveau de la pointe de la malléole médiale légèrement décalée en avant. Le risque ici, est avant tout par larticulation sous-talienne et à moindre degré par le tendon du tibial postérieur. Cette voie médiale est moins utilisée et le plus souvent réservée aux arthrodèses tibio-tarsiennes.
A côté de ces systèmes de fixateurs externes, certains ont proposé une distraction par simple broche calcanéenne sur table orthopédique (6,16). Cette technique a lavantage dune grande simplicité de positionnement mais linconvénient dune installation plus lourde et la broche bi-corticale augmente le risque de fracture.
Lutilisation du distracteur permet une ouverture articulaire importante avec un confort de travail et un abord aisé des lésions articulaires postèrieures. Toutefois des complications ont été décrites dans la littérature: fracture sur broches, ostéïte, fracture de broches, complications vasculo-nerveuses et ligamentaires. Feiwell et Frey (9) ont souligné en 1993 le risque datteinte du nerf fibulaire superficiel par la broche tibiale du distracteur qui était à son contact 6 fois sur 18 cas et qui lavait sectionné une fois.
Guhl et Dowdy (8,15) ont montré que le temps de distraction devait être limité. Une durée prolongée au delà dune heure peut entraîner des lésions ligamentaires et nerveuses, parfois irréversibles. Ces mêmes risques sont aussi présents quand la force de distraction dépasse 135 Newton (Albert (1).
Ferkel (12) sur une série de 612 cas na pas mis en évidence daugmentation significative du taux de complications en cas dutilisation dun distracteur (11,8%) par rapport à sa série globale (9%) y compris pour le risque neurologique (5,9% vs 4%).
Pour diminuer les risques opératoires et de simplifier la technique, certains ont développé des techniques de distraction non invasives. Andrews (3) utilise la simple gravité, genou à 90°, pied pendant en se positionnant en bout de table,.
Yates et Grana (23) lacent un bandage au niveau du pied et de la cheville pour tracter facilement sur un pied pendant en bout de table. Plus récemment, Guhl (13) a mis au point un distracteur par sangle sur un patient installé sur table normale avec un support de cuisse. Cameron (5) tracte par lintermédiare dune sangle passée autour de la taille de lopérateur ce qui permet une distraction à la demande, le patient restant en décubitus dorsal. Sartoretti (20) utilise des ballonnets de dilatation artérielle pour décoapter linterligne.
Enfin, pour certains une simple distraction manuelle par un aide au cours de lintervention suffit dans la plupart des cas pour réaliser les gestes.
Lindication du distracteur est discutée; elle dépend de lexpérience de lopérateur et des indications opératoires. Les dernières séries publiées représentent 494 arthroscopie de cheville réalisées sans distracteur invasif (2,7,18,21).
Bien que le distracteur ne soit pas toujours strictement nécessaire, il paraît indispensable davoir à portée de main un matériel de distraction et ne pas hésiter à lutiliser si nécessaire en cours dintervention afin déviter toute lésion cartilagineuse iatrogène.
Certaines indications justifent une distraction efficace invasive ou non: arthrodèses tibio-tarsiennes, arthroscopies réalisées sur séquelles de fracture, lésions ostéochondrales du dôme talien (LODA) médiales et des gestes réalisés dans le récessus posttérieur. En revanche, elle est inutile dans les interventions sur le compartiment antérieur.
Un viseur spécifique peut être utile pour réaliser les voies transosseuses.
Voies dabord
Plusieurs voies ont été décrites: antérieures, postérieures, transmalléolaire médiale, transtalienne.
Pour toutes, lincision doit être particulièrement prudente compte tenu de la proximité de structures vasculonerveuses dans le tissu cellulaire sous-cutané. Cest pourquoi lincision cutanée ne touche que le derme, suivie dune discision du tissu cellulaire sous-cutané à la pincette puis de lincision capsulaire au bistouri introduit prudemment entre les bords de la pincette. Lincision cutanée est toujours longitudinale, limitée à environ 5 mm de manière à réduire tous risques de fistules post-opératoires (11,17,10,14,9,19,22).
La fermeture cutanée doit être très superficielle (dermique) afin de ne pas prendre les filets nerveux dans la suture (particulièrement sur la voie antérolatérale). La plupart des geste peuvent être effectués par les deux voies dabord antérieures qui sont relativement simples dans leur réalisation.
- Les voies antérieures (fig.3):
La voie antéromédiale se fait 5 mm sous linterligne articulaire au ras du bord médial du tendon du tibial antérieur en étant prudent du fait de la proximité de la veine et du nerf saphène et de lartère malléolaire antéromédiale (fig.4). Cette voie permet une bonne visualisation de tout le compartiment antérieur. Il est en revanche difficile dexplorer correctement la gouttière talomalléolaire latérale car le tendon du tibial antérieur empêche larthroscope de descendre dans la gouttière (fig.5A).
Buckingham en 1997 a décrit une voie antéromédiale modifiée passant en dehors du tibial antérieur et en dedans du long extenseur de lhallux (4). Cette voie passe relativement à distance du pédicule et permet dexplorer de manière très satisfaisante la gouttière latérale (fig.5B).
La voie antérolatérale est située juste en dehors du tendon du long extenseur du 5éme orteil ou du 3ème péronier légèrement sous linterligne. La discision sous-cutanée est indispensable du fait de la présence des branches du nerf fibulaire superficiel dont la distribution nest pas systématisée à ce niveau (fig.6A-6B). Il est possible de les repérer en portant la cheville en varus équin ce qui permet généralement de faire saillir leur relief sous la peau ou en les visualisant par transillumination à partir de loptique situé en antéromédial (fig.6C).
Il est important pour ces voies antérieures de nêtre ni trop proximal ni trop distal ce qui interdit toute pénétration instrumentale dans linterligne; lerreur la plus commune étant de les situer de manière trop proximale. Lincision peut être effectuée après repérage radiographique du niveau de linterligne et des pointes malléolaires (fig.7).
- Les voies dabord postérieures:
La voie postérolatérale (fig.8) est le seul abord postérieur sans risque. Située au ras du tendon dAchille audessus de la pointe de la malléole latérale, elle est obligatoiremnt distale par rapport aux voies antérieures (environ 10 mm). Le risque est constitué de la petite veine saphène et du nerf sural (saphène externe) et la pénétration accidentale de larticulation soustalienne postérieure. Les instruments sont dirigés en haut, en avant et en dedans. Lespace est étroit à ce niveau, lutilisation dune optique de petite taille, dun distracteur articulaire et le positionnement de la cheville en flexion dorsale, facilitent la pénétration dans larticulation tibiotarsienne. Il est intéressant de la réaliser en reproduisant son trajet à laide dune aiguille intramusculaire sous contrôle arthroscopique (optique par voie antérieure).
La voie postéromédiale est interdite car les tendons du muscle tibial postérieur du long fléchisseur des orteils et du long fléchisseur de lhallux ainsi que le pédicule tibial postérieur bloquent tout accès (fig.9).
- La voie transmalléolaire médiale:
Cette voie est parfois utile pour traiter les LODA de topographie médiale. Décrite par Flick et Guhl, elle nécessite un tunnel osseux malléolaire médial qui est fait précisement à laide dun viseur spécifique.
Initialement sa réalisation à la mèche créait un véritable tunnel par lequel était introduit les instruments (curette, palpeur, broche); il pouvait même servir à introduire des greffons. Lagressivité envers le cartilage tibial a conduit à limiter actuellement cette voie à des perforations transmalléolaires dune LODA par broches de Kirchner. La broche est indroduite à laide du viseur puis la lésion talienne est perforée en différents points en modifiant la flexion de cheville. Le viseur est introduit par la voie antéro-médiale et loptique est introduite soit par voie antéro-latérale (pour les lésions antéromédiales) soit par voie postéro-latérale (pour les lésions postéromédiales).
- La voie transtalienne:
Cette voie a été décrite exclusivement pour traiter les volumineuses LODA médiales sans ouverture cartilagineuse. Le viseur positionné par la voie antéromédiale permet dintroduire une broche à travers le corps du talus (le point dentrée étant situé à la jonction entre lapophyse externe et de le col de lastragale). Sur cette broche-repère des mêches ou une tréphine canulée sont guidées permettant de creuser un tunnel trans-talien. Des greffons sont alors introduits par ce tunnel pour combler la lésion. Cette technique na pas été utilisée lors des interventions inclues dans le symposium.
Références
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3 - ANDREWS
AOFAS
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