SYMPOSIUM SFA 98

L’ARTHROSCOPIE DE CHEVILLE

sous la direction de François Kelberine et Pascal Christel

avec

Michel Bonin (Lyon)

François Bonnomet (Stasbourg)

Jean-Paul Bonvarlet (Paris)

Dominique Chauveaux (Bordeaux)

Pascal Christel (Paris)

Patrick Djian (Paris)

André Frank (Paris)

François Kelberine (Aix en Provence)

Daniel Molé(Nancy)

et la

Société Française d’Arthroscopie*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Autres provenances des dossiers:

D.Adrian, P.Alaux, M.Allard, Ph.Beaufils, JL.Besse, Ch.Besson, P.Boisrenoult, V.Bousquet, M.Braun, P.Buisson, D.Chauvin, P.Clément, P.Colombet, H.Coudane, G.Daubinet, D.Desmoineaux, P.Devallet, Ph.Dumontier, P.Everaert, JPh Flurin, Ph.Hardy, E.Hazotte, C.Hubin, D.Huguet, J.Jarriges, T.Jouanin, P.Kauffmann, F.Lefevre, JC.Moatti, B.Moyen, D.Oudet, J.Préaut, P.Raynaud.

 

 

ARTHROSCOPIE DE CHEVILLE: ASPECTS GÉNÉRAUX

Pascal Christel

L'intérêt de l'arthroscopie de cheville a progressivement augmenté depuis l'introduction couronnée de succès de l'arthroscopie du genou puis de l'épaule. Son développement est en grande partie dû au fait que les autres techniques non invasives sont souvent inefficaces dans le diagnostic des lésions des parties molles.

Les avantages de l'arthroscopie par rapport à la chirurgie traditionnelle à ciel ouvert sont les mêmes à la cheville qu’à ceux rencontrés aux autres articulations: chirurgie ambulatoire, incisions minimes, diminution de la morbidité chirurgicale, récupération plus rapide avec un retour plus précoce aux activités physiques ou professionnelles.

Au fur et à mesure que l'expérience s’est accrue et que la technologie a progressé (surtout en manière d'instrumentation), les indications de l'arthroscopie de cheville ont augmenté.

Historique

Après quelques balbutiements remontant aux années 30, portant essentiellement sur des études cadavériques, le développement moderne de l'arthroscopie a débuté avec Watanabe en 1970 grâce à son arthroscope de diamètre 1,7 mm pour petites articulations qu’il appela le " selfoscop ". En 1972, il publia son expérience sur 28 chevilles et 3 articulations métatarso-phalangiennes réalisées entre 1970 et 1972 (9). Il fut le premier à décrire les voies d'abord actuellement utilisées (antéro-médiale, antéro-latérale et postéro-latérale) et à faire une description complète de l'anatomie arthroscopique de la cheville.

D'autres publications, venant encore d'Extrême Orient, décrivirent ensuite des améliorations techniques, des complications tout en précisant les indications (Chen (2) et Ikeuchi (7)). La première publication européenne remonte à 1978 par Plank (8) en Allemagne.

Le passage des années 80 à 90 marquent les premières publications françaises par Frank et coll (4), Herman et coll (6), et Chauveaux (1).

Deux éléments ont contribués au développement de l’arthroscopie de cheville:

- La distraction articulaire. Cette articulation très emboîtée se laisse spontanéement peu distendre et donc mal explorer. Il était donc nécessaire de mettre au point des systèmes spécifiques permettant d'écarter les surfaces articulaires pour en permettre une exploration correcte. L'utilisation d’un fixateur externe a été proposé au début des années 80; c'est en 1987 que Guhl (5) a créé un fixateur externe spécifique avec des broches de gros diamètre mises en place dans le tibia et dans le calcanéum. A côté de ce mode de distraction "invasif", Yates et Grana (10) proposèrent en 1988 l'utilisation d’une traction externe non invasive par harnais stérile entourant l'arrière-pied qui permet d’ouvrir l’interligne.

- L’instrumentation s’est parallèlement miniaturisée avec le développement d'instruments de petit diamètre dont la longueur et la conception étaient adaptées aux petites articulations.

Les avantages et les inconvenients de l'arthroscopie de cheville

L'arthroscopie permet la visualisation directe de toutes les structures intra-articulaires tibiotaliennes (surfaces articulaires, synoviale, structures ligamentaires) sans qu’il soit nécessaire de recourir à une approche chirurgicale extensive ou à une ostéotomie malléolaire. De nombreuses procédures chirurgicales ont été rapportées: biopsie synoviale, synovectomie, ablation de corps étrangers, débridement, arthrodèses, aide au traitement des fractures, etc… Plus récemment, le contrôle arthroscopique a été proposé au niveau du pied dans des des espaces de décollement extra-articulaires: désinsertion de l’aponévrose plantaire superficielle, maladie de Haglund.

L’arthroscopie peut bien sûr être source de complications: surtout neurologiques concernant les rameaux nerveux péri-articulaires (fibulaire superficiel essentiellement), cartilagineuses par défaut de distraction, insuffisance thérapeutique, etc…). La formation en aarthroscopie de cheville étant par état de fait moins répandue que celle du genou ou de l’épaule.

Indications

Le tableau suivant représente les indications les plus fréquentes selon Ferkel (3).

Lésions ostéochondrales de l’astragale 127 (23,5%)

Conflits parties molles 115 (21,3%)

Chondromalacie 43 (7,9%)

Laxité chronique 39 (7,2%)

Atteinte dégénérative 39 (7,2%)

Fracture récente 35 (6,5%)

Fibrose 26 (4,8%)

Adhérences 25 (4,6%)

Corps étrangers 20 (3,7%)

Ostéophyte(s) 19 (3,5%)

Synovite 18 (3,3%)

Ossicules surnuméraires 14 (2,6%)

Rupture LLE 5 (0,9%)

Douleur indéterminée 5 (0,9%)

Kyste 4 (0,7%)

Fracture chondrale 3 (0,7%)

Ostéophyte et CEIA 2 (0,4%)

Subluxation tendons péroniers 1 (0,2%)

Rupture de tendon péronier 1 (0,2%)

Total 541 cas

Contre-indications

Les contre-indications relatives pour l'arthroscopie de la cheville et du pied sont représentées par une arthrose modérée limitant la mobilité, l'ankylose de cheville, des troubles vasculaires sévères et un œdème marqué.

Les contre-indications absolues sont représentées par les infections locales (ongle incarnés, lymphangite, ampoule "forcée", etc...) ou une artérite sévère. En revanche, l’arthrite septique de cheville représente une bonne indication permettant lavage, synovectomie et drainage.

Ce symposium a été réalisé grâce à un grand nombre des membres de la Société Française d’Arthroscopie. Le nombre des cas recensés (soit environ 1300 sans les cas " sporadiques ") nous a permis d’établir un état des lieux actuel de l’arthroscopie de cheville en France tant du point de vue épidémiologique que technique. Il a permis aussi de souligner les indications actuelles et le résultat de leur traitement arthroscopique.

Références

1- Chauveaux D, L’arthroscopie de cheville : impératifs techniques et apports diagnostiques. Méd Chir Pied, 1993, 9, 63-70

2- Chen YC, Clinical and cadaver studies on the ankle joint arthroscopy. J Jap Orthop Assn, 1976, 50, 631

3- Ferkel RD, historical developments, in : Arthroscopic Surgery : The Foot and the Ankle, Ferkel RD Ed, Lippincott-Raven, Philadelphie, 1996, p 7-11.

4- Frank A., Cohen P., Beaufils Ph, Lamare JP,. Traitement arthroscopique des lésions ostéochondrales du dôme astragalien. Rev Chir Orthop., 1988, 74, 233-237.

5- Guhl JF, Ankle arthroscopy : pathology and surgical techniques. Thorofare, NJ, 1988

6- Herman S., Christel P., Witvoet J. Chirurgie arthroscopique de la cheville sous distraction articulaire. A propos de 29 cas. J Méd Lyon, 1990, 161-169

7- Ikeuchi H., Arthroscopy of the ankle joint. International Arthroscopy Association meeting, 1977.

8- Plank E., Die Arthroskopie des oberen Sprunggelenkes. Helfe für Unfallheinkunde. 1978, 131 : 245.

9- Watanabe M., Takeda S., Ikeuchi H., Sakakibara J - Development of the Selfoc arthroscope. J Jap Orthop Assn, 1972, 46, 154

10- Yates CK, Grana WA, - A simple distraction technique for ankle arthroscopy. Arthroscopy, 1988, 4, 103