Lésions isolées postéro-inférieures

Commentaires

D. Molé (Nancy)

Le bourrelet glénoïdien, son aspect macroscopique et ses lésions auxquelles l’arthroscopiste est confronté, ont été fort bien décrits par les membres du symposium et les exposés précédents. Il faut indéniablement distinguer les particularités morphologiques du bourrelet et la scission en 6 zones n’est pas contestable. Cependant, il faut également distinguer les particularités fonctionnelles du complexe labro-ligamentaire ; ceci amène à différencier la moitié supérieure et la moitié inférieure de la glène, cette dernière ayant la particularité d’être confrontée aux problèmes d’instabilité capsulo-ligamentaire et, plus spécifiquement, à l’instabilité traumatique.

Or, la région postéro-inférieure appartient à cette moitié inférieure. Toute considération vis-à-vis des lésions isolées du bourrelet ne doit donc y être suggérée qu’avec la plus grande prudence ; à tire d’exemple, les lésions isolées du bourrelet antéro-inférieur, les résultats de leur résection, faisaient, il y a une dizaine d’années, l’objet de publications et de communications ; que sont-elles devenues ? Elles ne font même plus partie de ce symposium. Chacun s’accorde à reconnaître que la résection isolée d’un bourrelet antérieur lésé ne peut en aucun cas, bien au contraire, traiter ou guérir l’instabilité qui en était la cause.

Il convient également de s’attarder, avant de juger du caractère isolé ou intriqué à une instabilité de ces lésions du bourrelet postéro-inférieur, sur les différences qui existent entre quadrant antéro-inférieur et instabilité antérieure, d’une part, et quadrant postéro-inférieur et instabilité postérieure, d’autre part :

Différence de mode d’expression fonctionnelle de l’instabilité : une instabilité antérieure est principalement représentée par les luxations et subluxations antérieures ; il n’en est pas de même en arrière où les instabilités postérieures sont frustes, subtiles, rarement traumatiques, et souvent douloureuses. Le test d’appréhension, en flexion-adduction-rotation interne, est peu discriminatif, car toujours douloureux. A l’anamnèse et à l’examen clinique, la différence entre une lésion isolée du bourrelet et une lésion intriquée à une instabilité postérieure est donc quasiment impossible. Or, dans la série de Daniel NERRISSON, tous les patients ont un test d’appréhension négatif (mais douloureux ?).

Différence morphologique et arthroscopique : en avant, il est facile de reconnaître le complexe ligamentaire, composé des faisceaux antérieur et inférieur du LGHI, obliques et tendus, solidement insérés sur le bourrelet antéro-inférieur qui fait fonction de lien entre les ligaments et la glène osseuse. En arrière, le complexe ligamentaire représenté par le faisceau postérieur du LGHI, ne présente que très rarement la forme de hamac que certains auteurs lui ont décrit. Le plus souvent, l’arthroscopiste ne voit qu’un récessus capsulaire, en arrière de la marge glénoïdienne parfaitement visible. Il devient donc particulièrement difficile de distinguer une distension capsulaire, de qualifier la lésion labrale de " lésion de Bankart postérieure " ou de " lésion isolée ". Or, dans la série présentée par Daniel NERRISSON, 2 patients sur 8 ont une distension capsulaire.

Force est donc d’avouer notre inaptitude à étiqueter formellement une lésion du bourrelet postéro-inférieur, et de nous référer, pour ce faire, au traitement d’épreuve que constitue la résection arthroscopique isolée de la lésion labrale. En la matière, mon expérience est différente de celle des membres du symposium. J’ai réséqué une lésion du bourrelet postéro-inférieur, isolée à l’arthroscopie, chez 7 patients d’un âge moyen de 29 ans. Tous avaient, au départ, un traumatisme de nature mal déterminée ; aucun ne signalait d’épisode vrai d’instabilité ; il s’agissait d’une anse de seau dans 3 cas, d’une languette à pedicule inférieur dans 2 cas, et d’un aspect dégénératif et remanié dans 2 cas. Après résection arthroscopique, un patient gardait des douleurs diffuses ; il s’agissait d’un accidenté du travail. 6 patients ont dû être opéré dans un délai moyen de 7 mois après l’arthroscopie pour stabilisation postérieure (1 " capsular-shift ", 5 butées) en raison de douleurs résiduelles. 5 sur 6 (5 butées) ont un bon résultat fonctionnel et ne se sont sentis améliorés qu’après l’intervention.

Je pense donc, qu’à de très rares exceptions près, la lésion du bourrelet postéro-inférieur, apparemment isolée à l’arthroscopie, n’est qu’une lésion de passage et une manifestation d’une instabilité postérieure dont, seule la cure chirurgicale (ou arthroscopique) peut permettre l’amélioration.