LES LESIONS POSTERO-SUPERIEURES DU BOURRELET GLENOIDIEN
Ch LEVIGNE - G. WALCH
Les lésions postéro-supérieures du bourrelet glénoïdien sont définies par tous les aspects pathologiques du bourrelet glénoïdien sur le segment compris entre linsertion de la longue portion du biceps en haut et dune façon conventionnelle léquateur de la glène en bas. Pour cette étude multicentrique, 115 dossiers fournis par 3 équipes chirurgicales constituent la base de ce travail qui se veut être une photographie en 1998 de lexpérience commune de ces lésions postéro-supérieures du bourrelet glénoïdien et de leur traitement.
Lésion ou variante anatomique ?
Pour éviter toute confusion, il est important de connaître les variantes anatomiques, bien précisées par DETRISAC et JOHNSON (2). Schématiquement, le bourrelet peut revêtir un aspect méniscal plus ou moins recouvrant ou se présenter comme une mince bande fibro-cartilagineuse en périphérie de la surface articulaire. Quel que soit laspect, le bourrelet peut être inséré sur le bord osseux de la glène ou présenter un aspect physiologique de décollement qui ne doit pas être pris pour une désinsertion.
Dans cette étude, tous les cas retenus correspondent soit à un aspect pathologique (déchirure, anse de seau, aspect déchiqueté...), soit à une désinsertion pathologique affirmée à laide du palpateur lorsquil existe un tissu fibreux remanié dans lespace de décollement entre le bourrelet et la glène.
Hypothèses physiopathologiques
DETRISAC et JOHNSON en 1986 signalent que ces lésions du bourrelet postéro-supérieur sont fréquemment rencontrées chez le lanceur, mais ne proposent pas dexplication particulière (2).
SNYDER en 1990 assimile cette lésion à lextension postérieure dune désinsertion du bourrelet supérieur, intégrant ces lésions dans le concept de SLAP-lésion (4).
WALCH en 1991 décrit le mécanisme du conflit glénoïdien postéro-supérieur pour expliquer ces lésions du bourrelet du fait de limpaction répétitive de linsertion postéro-supérieure de la coiffe des rotateurs sur le bourrelet postéro-supérieur en abduction rotation externe lors de la pratique intensive dun sport darmé (6).
SPEER en 1997 rapporte son expérience de 8 cas de lésion du bourrelet postérieur chez les footballeurs américains, quil attribue à un mécanisme direct par un traumatisme sur la face antérieure de lépaule (5).
Enfin MORGAN et BURKHART en 1998 attribuent ces lésions à un mécanisme dinstabilité postéro-supérieure de la tête humérale provoquant à la fois une désinsertion du bourrelet supérieur de type SLAP-lésion et une extension postérieure par mécanisme de " peel-back " (1).
Dans cette étude multicentrique, tous les cas sans exception ont été rapportés à un mécanisme de conflit glénoïdien postéro-supérieur prouvé sous arthroscopie. Tout se passe comme si toute lésion du bourrelet postéro-supérieur du sujet jeune correspondait à un conflit glénoïdien postéro-supérieur... jusquà preuve du contraire.
Nous navons pas retenu les remaniements dégénératifs du bourrelet postérieur du sujet dâge mûr qui sont physiologiques. Nous navons pas non plus retenu les lésions dinstabilité postérieure qui sont généralement plus basses que léquateur de la glène, nentrant donc pas dans le cadre de cette étude.
Sur quels critères peut-on affirmer lexistence dun conflit glénoïdien postéro-supérieur ?
Par définition, il sagit dun conflit entre la face profonde de linsertion de la coiffe postéro-supérieure (généralement dans la zone transitionnelle entre sus épineux et sous-épineux) et le bord postéro-supérieur de la glène lorsque le bras est en abduction rotation externe. Lexistence dun contact entre ces deux éléments dans cette position est probablement physiologique chez certains sujets, mais la répétition du mouvement lors de la pratique intensive dun sport darmé peut aboutir à un véritable conflit (schéma 1).
Critères épidémiologiques
- Sport darmé intensif (hand-ball, volley-ball, base-ball, tennis, lancer de javelot...).
- Épaule dominante.
Le mode de début est généralement progressif, mais il peut être brutal sur un mouvement darmé forcé qui décompense un conflit glénoïdien postéro-supérieur chronique parfaitement supporté.
Critères cliniques
-Douleur en abduction rotation externe reconnue par le sportif.
-Relocation Test positif.
-Une perte de force au testing du sus épineux par la manuvre de JOBE nest pas systématique. Elle est un signe de gravité lorsquelle est présente car elle témoigne dune lésion tendineuse évoluée.
Critères radiographiques
- Des modifications du bord postérieur de la glène sur le cliché de Bernageau à type dostéocondensation ou dérosion osseuse .
- Une pseudo encoche de Malgaigne qui constitue un piège car elle peut orienter faussement vers un diagnostic dinstabilité antérieure. Bien entendu, lexistence de lésions osseuses du bord antéro-inférieur de la glène sur les incidences spécifiques doit faire remettre en cause le diagnostic de conflit glénoïdien postéro-supérieur.
Critères arthroscannographiques
- Rupture partielle de la face profonde du sus épineux ou à la jonction entre sus épineux et sous-épineux. Cette image arthrographique nest pas constante car le stade de rupture partielle est précédé dun stade de tendinopathie douloureuse sans traduction arthrographique.
- Modifications du bord postéro-supérieur de la glène à type dérosion et dostéocondensation comme sur lincidence de Bernageau.
- Pseudo-encoche postéro-supérieure du col anatomique sans lésion de Bankart en avant .
Lanalyse du bourrelet lui-même sur les coupes darthroscanner est très difficile et cet examen ne permet pas de faire la part entre une variante de lanatomie normale et une lésion formelle.
Une mesure de la rétrotorsion humérale doit être demandée car lexistence dune rétrotorsion humérale insuffisante (moins de 10°) est un argument important pour le diagnostic.
Dans cette série, une IRM a été réalisée dans quelques cas, mais elle donne moins dinformations que larthroscanner. Elle peut montrer de belles images dynamiques en position darmé, objectivant le conflit entre la face profonde de linsertion du sus épineux et le bord supérieur de la glène. Lanalyse du signal intra-tendineux permet de connaître le stade lésionnel au niveau de la face profonde du sus épineux.
Critères arthroscopiques
- Lésions du bourrelet postéro-supérieur à type de déchirure ou de désinsertion. Ces lésions peuvent saccompagner de lésions cartilagineuses à type de fissure postéro-supérieure ou dabrasion du bord cartilagineux.
- Lésions de la face profonde de linsertion du sus épineux ou de la jonction entre sus épineux et sous-épineux. Un aspect pathologique à ce niveau est indispensable pour affirmer le diagnostic. Au minimum, il sagit dun aspect chevelu et frangé jusquau stade de rupture partielle avec un lambeau tendineux libre dans larticulation se prolongeant parfois en dissection lamellaire dans le tendon. À noter quun aspect pathologique frangé est anormal chez un sujet jeune, même sil na pas de traduction arthrographique.
- Absence de toute lésion du bourrelet antéro-inférieur et/ou du ligament gléno-huméral inférieur.
À la lumière des résultats obtenus dans cette étude multicentrique, on peut dégager quelques recommandations dans la démarche thérapeutique.
Il est indispensable de sassurer que le sportif a parfaitement compris le problème mécanique que pose son épaule et danalyser ses motivations sportives avant de proposer tout traitement. Sil nest pas très motivé pour poursuivre son sport darmé, le changement pur et simple pour un sport ne comportant pas le mouvement darmé reste la solution la plus logique.
Pour un sportif motivé, on peut proposer trois niveaux de traitement :
1 -Traitement fonctionnel
Ce traitement peut être entrepris avant la confirmation arthroscopique du conflit si les autres critères sont réunis pour considérer ce diagnostic comme hautement probable.
- Repos sportif évitant le mouvement darmé pendant 3 mois.
- Programme spécifique de renforcement des rotateurs internes et externes permettant daméliorer le verrouillage de lépaule.
- Programme de renforcement des adducteurs de lomoplate.
- Éducation du geste sportif en faisant prendre conscience du seuil critique à ne pas dépasser pour éviter le conflit. Il faut admettre que le changement radical de geste sportif est souvent incompatible avec le maintien du même niveau de performance chez un sportif de haut niveau. Un changement de poste, sur le terrain (aile droite, aile gauche) peut être proposé.
2 - Traitement arthroscopique
Ce traitement peut être proposé en deuxième intention en cas déchec du traitement fonctionnel ou en première intention si le diagnostic nest pas établi de façon formelle. Il consiste en un débridement au shaver des lésions de la face profonde de la coiffe et des lésions du bourrelet postéro-supérieur. Il devra impérativement être suivi dun traitement fonctionnel identique à celui proposé en première intention. Dans cette étude multicentrique de 115 cas, opérés en 1990 et 1997, 20 cas ont demandé un traitement complémentaire du fait de la persistance des douleurs malgré ce traitement arthroscopique.
3 - Traitement chirurgical
Cette étape thérapeutique doit rester très prudente car elle reste très controversée. Lanalyse précise des motivations doit être renouvelée avant de proposer une ostéotomie humérale de dérotation. Le principe de cette intervention est daugmenter la rétrotorsion humérale afin déviter le conflit pour un même mouvement darmé.
Lanalyse rétrospective de 20 cas opérés en 1990 et 1995 a montré que ce geste lourd ne doit se discuter que pour un sportif de haut niveau, âgé de moins de 30 ans, extrêmement motivé pour poursuivre son sport au même niveau. Lintervention ne peut se recommander que si la rétrotorsion humérale est de moins de 10 et sil nexiste pas dhyperlaxité ligamentaire. Si tous ces critères sont remplis et que la rétrotorsion humérale post-opératoire obtenue est de 30 +/- 5°, on peut estimer à 80 % la proportion de sportifs qui reprendront au même niveau après cette intervention.
En conclusion
Cette étude multicentrique montre que les lésions postéro-supérieures du bourrelet glénoïdien sobservent chez le sportif darmé et quelles répondent avant tout au mécanisme du conflit glénoïdien postéro-supérieur. Le recours à larthroscopie pour affirmer le diagnostic nest pas indispensable si les critères cliniques, radiographiques et arthroscannographiques sont très évocateurs. Lorsque le diagnostic est établi, un traitement fonctionnel de première intention est toujours requis. Le traitement arthroscopique par débridement des lésions du bourrelet et de linsertion de la coiffe donne des résultats inconstants, mais reste une bonne alternative thérapeutique. Le traitement chirurgical par ostéotomie humérale de rétrotorsion ne peut être recommandé que dans certains cas extrêmement sélectionnés.
Références
1 Morgan CG, Burkhart SS, Palmeri M, Gillepsie M. Type II SLAP lesions : 3 subtypes and their relationships to superior instability and rotator cuff tears. Arthroscopy, 1998,14,6 ;553-365.
2 - Detrisac D.A., Johnson L.L. Arthroscopic Shoulder Anatomy. Thorofare N.J. Slack 1986.
3 - Riand N., Levigne C., Renaud E., Walch G. Results of derotational humeral osteotomy in posterosuperior glenoid impingement. Am Journal Sports Med. 26, 3, 453-459, 1998.
4 - Snyder S.J., Karzel R.P., Del pizzo W, Ferkel R.D., Friedman M.J. SLAP-lesions of the shoulder. Arthroscopy 1990, 6, 274-279.
5 - Speer K. Communication personnelle 1997.
6 - Walch G., Liotard J.P., Boileau P. et al. Un autre conflit de lépaule " Le conflit glénoïdien postéro-supérieur ". Rev. Chir. Orthop. 77, 571 - 574, 1991.