TRAITEMENT NON CHIRURGICAL
DE L'OSTEOCHONDRITE DISSEQUANTE DES CONDYLES FEMORAUX
CHEZ L'ENFANT ET L'ADOLESCENT
Etude multicentrique de 52 cas

Stéphane Wolff

Hôpital Saint-Joseph, Paris

Nous avons colligé 52 cas d'ostéochondrite du genou, non opérés (ou ayant bénéficié d'une arthroscopie diagnostic).

Cette étude a exclu donc les traitements chirurgicaux.

I. MATERIEL ET METHODES

Les 52 ostéochondrites du genou ont été envoyées de cinq centres :

• l'hôpital Saint-Joseph (Paris) : 35 cas ;

• l'hôpital Saint-Vincent de Paul (Paris) : 9 cas ;

• le CHU de Tours : 4 cas ;

• l'hôpital de Grenoble : 3 cas ;

• la clinique Saint-Pierre d'Ottignies : 1 cas.

Il s'agissait de 37 garçons et 15 filles dont l'âge moyen était de 12 ans (minimum 7 ans, maximum 17 ans).

Tous avaient des cartilages de conjugaison ouverts. Les signes fonctionnels ont été discrets mais constants avec des douleurs modérées et des pseudodoblocages.

L'examen physique était le plus souvent normal, mais on a pu retrouver : une douleur à la pression du condyle, un flessum ou une amyotrophie du quadriceps.

1. Le stade radiologique

Nous avons utilisé la classification de Bedouelle. Tous les enfants ont eu des radiographies face et profil du genou, la plupart ont eu des radios de

face en flexion (schuss). Quelquefois des tomographies ont été utilisées. Il n'y a eu que peu d'IRM (3) : cette série s'étale sur 20 ans et l'évolution souvent favorable des ostéochondrites explique cela.

Il y avait :

• 36 stade 1 de Bedouelle (27 stade 1 A, 8 stade 1 B, et 1 stade 1 indéterminé),

• 13 stade 2,

• 1 stade 3,

• et 2 stades indéterminés.

2. Le traitement

Plâtres : ceux-ci ont été confectionnés avec une flexion variable suivant la localisation pathologique dans un but de décharge strict (flexion de 0 à 60 degrés). Les durées d'immobilisation ont été de 3 mois en moyenne (de 1 à 9 mois maximum).

Le traitement fonctionnel repose sur une restriction très variable des activités de l'enfant avec une dispense d'éducation physique.

L'arthroscopie a été associée parfois à l'un ou l'autre de ces traitements pour traiter une lésion méniscale ou faire un bilan articulaire.

II. LES RESULTATS

1. Résultat global

La majorité des ostéochondrites a guéri sans séquelle radiologique ou douloureuse.



Le plâtre est la méthode qui donne le plus fort taux de guérison clinique et radiologique : 26 genoux ont été immobilisés et nous avons constaté :

• 3 douleurs résiduelles par syndrome fémoropatellaire ;

• tous les genoux ont guéri radiologiquement sauf un stade 1 A persistant à un an ;

• le temps moyen de normalisation des images radiologiques après ablation du plâtre a été de cinq mois ;

• le délai moyen de reprise du sport après traitement : 5 mois.

2. Le traitement fonctionnel

19 genoux.

Arrêt de sport moyen : 18 mois.

16 guérisons radiologiques avec un délai moyen de normalisation des images de 18 mois.

3 images persistantes dont une aggravation. Ces images correspondent à des douleurs modérées et il n'y avait qu'un recul de deux ans après la fin de croissance.

3. L'arthroscopie sans traitement de la lésion

4 arthroscopies associées à un plâtre : trois arthroscopies diagnostic et une méniscectomie externe. Toutes quatre ont guéri.

6 arthroscopies ont été associées à un traitement fonctionnel à visée diagnostic :

• trois guérisons,

• trois persistances de signes cliniques et radiologiques.

III. DISCUSSION

Cette série n'étudie pas toutes les ostéochondrites de l'enfant et de l'adolescent. Les ostéochondrites opérées ont été étudiées ailleurs. Toutefois, si elle ne permet pas de conclure sur le type 3 rarement observé chez l'enfant et souvent opéré, elle nous a permis d'avoir une idée précise de l'évolution des stades 1 et 2.

Dans la série propre de Saint-Joseph, aucun stade 1 ou 2 n'a évolué vers le stade 3 ou la libération de corps étranger. Nous ne sommes pas sûrs de la filiation entre les formes observées chez l'enfant et les formes découvertes au stade 3 ou 4 chez l'adulte jeune. Les quelques douleurs séquellaires observées dans cette série relevaient souvent de syndromes fémoropatellaires.

Chez l'enfant, cette série confirme le pronostic très favorable des ostéochondrites. La guérison est la règle. Le traitement fonctionnel est le plus raisonnable d'emblée, mais ses résultats sont plus lents à obtenir que ceux des traitements par immobilisation. La persistance de douleurs, le passage à un stade 2 devront conduire à plâtrer l'enfant.

L'immobilisation peut être proposée plus rapidement si l'enfant et la famille préfèrent cette méthode astreignante mais plus efficace.

L'arthroscopie a été utile pour le traitement des lésions associées et dans certaines formes opérées qui sortent du cadre de cette étude, mais elle n'a guère modifié la démarche thérapeutique.

IV. CONCLUSION

Les ostéochondrites condyliennes de l'enfant guérissent le plus souvent. La guérison est nettement plus rapide sous plâtre mais on peut réserver cette méthode à l'échec du traitement fonctionnel.