Interprétation des résultats des méniscectomies externes.

Interprétation des différences

entre méniscectomies internes et externes.

Jean-Yves JENNY *, Cyril BOERI *

*Centre de Traumatologie et d’ Orthopédique ILLKIRCH GRAFFENSTADEN

- Les résultats à long terme des méniscectomies externes apparaissent moins bons que ceux des méniscectomies internes.

- Notre but était de définir les facteurs pronostiques influençant la qualité des résultats cliniques, subjectifs et radiologiques après méniscectomie externe, et d’essayer d’expliquer les différences existant avec les résultats des méniscectomies internes.

- Ont été successivement étudiés les facteurs initiaux, les constatations per-opératoires, les données de l’intervention, et les facteurs post-opératoires.

Interprétation des résultats des méniscectomies externes

1. Facteurs influençant le résultat clinique.

- Aucun facteur initial pré-opératoire n’a eu d’influence significative sur la qualité du résultat clinique global.

- Parmi les constatations per-opératoires, le type de la lésion méniscale, et en particulier la différenciation entre lésion traumatique et dégénérative, n’a pas eu d’influence sur la qualité du résultat clinique global, de même que l’étendue de la lésion dans le sens antéropostérieur ou transversal.

Par contre la présence de lésions chondrales du compartiment fémoropatellaire, et surtout du condyle externe (mais non du plateau tibial externe) ont influencé négativement, de façon significative, la qualité du résultat clinique global (figure 1).

- L’étendue de la résection méniscale dans le plan antéropostérieur, et la conservation ou non du mur méniscal, n’ont pas eu d’influence significative sur le résultat clinique global. Par contre, la préservation du segment moyen, et en particulier de sa partie centrale ou moyenne (mais non de sa partie périphérique), ont favorablement influencé la qualité du résultat clinique global (figures 2 et 3).

- Parmi les facteurs post-opératoires, l’âge à la révision et le recul post-opératoire n’ont pas eu d’influence significative, de même que la survenue de complications.

Par contre la nécessité d’une réopération était significativement associée à une dégradation de la qualité du résultat clinique global (p = 0.03).

Mais c’est surtout l’existence d’une arthrose radiographique fémorotibiale, particulièrement du côté externe, qui a influencé de façon négative la qualité du résultat clinique global (figure 4).

 

2. Facteurs influençant le résultat subjectif

- Ils sont strictement superposables aux précédents

3. Facteurs influençant le résultat radiologique

- L’arthrose fémorotibiale interne après méniscectomie externe était exceptionnelle et n’a pas été étudiée, de même que l’arthrose fémoropatellaire.

- Nous avons distingué la prévalence de l’arthrose fémorotibiale externe, c’est-à-dire sa présence en valeur absolue, et l’incidence de la méniscectomie dans la survenue de cette arthrose, c’est-à-dire sa survenue chez un sujet dont le genou controlatéral tenu pour témoin était indemne d’arthrose. Dans les deux cas, les facteurs pronostiques étaient superposables, au taux de signification près.

Il existait une corrélation positive entre l’âge du patient à l’opération ou au dernier recul et la prévalence ou l’incidence de l’arthrose fémorotibiale externe : la prévalence et l’incidence de cette arthrose fémorotibiale externe étaient d’autant plus élevées que les âges à l’opération ou au dernier recul étaient eux aussi élevés.

Par ailleurs il existait une corrélation positive entre la présence de lésions chondrales du compartiment fémorotibial externe lors de l’intervention et la prévalence ou l’incidence de l’arthrose fémorotibiale externe : la prévalence et l’incidence de cette arthrose fémorotibiale externe étaient d’autant plus élevées que les lésions chondrales initiales étaient plus sévères (figure 5).

 

 

 

 

3. Discussion

- Le résultat clinique global après méniscectomie externe est donc essentiellement influencé par la présence et la gravité des lésions chondrales fémorotibiales externes constatées lors de l’arthroscopie.

- La conservation du segment moyen influence favorablement ces résultats, mais à notre surprise non dans cette série la préservation du mur méniscal.

- La prévalence et l’incidence de l’arthrose sont également influencées par l’existence de lésions chondrales initiales, l’âge n’étant qu’un facteur associé augmentant par lui-même la fréquence de l’arthrose. C’est donc la présence de lésions chondrales lors de l’arthroscopie qui est le facteur pronostique essentiel.

Interprétation des différences entre méniscectomies internes et externes .

1. Facteurs pré-opératoires

- Aucun facteur pré-opératoire ne permet d’expliquer les différences constatées.

2. Facteurs per-opératoires

- Il n’existe pas de différence significative entre les patients ayant subi une méniscectomie interne ou externe, en ce qui concerne la répartition du type anatomique de lésion méniscale, mais traumatique ou dégénérative, mais seulement dans la direction verticale ou horizontale de cette lésion.

- De même le mur méniscal a été plus souvent réséqué dans les méniscectomies externes, particulièrement sans doute au niveau de l’hiatus poplité. Mais ces différences ne permettent pas d’expliquer statistiquement la moins bonne qualité des résultats après méniscectomie externe.

3. Facteurs post-opératoires

- Les différences significatives constatées en ce qui concerne l’âge lors de la dernière visite et le recul post-opératoire sont plutôt en faveur du groupe des méniscectomies externes, et ne permettent donc pas d’expliquer la différence de qualité des résultats.

4. Les lésions chondrales initiales

- Ces lésions sont la seule explication statistiquement significative aux différences constatées entre les méniscectomies internes et externes. Bien que le type de lésion méniscale, traumatique ou dégénérative, soit similaire dans les deux groupes, les lésions du ménisque externe s’accompagnaient de lésions cartilagineuses fémorotibiales externes qui n’étaient pas plus fréquentes, mais plus sévères que les lésions fémorotibiales internes des méniscectomies internes (figure 6).

- Quel que soit l’état du cartilage fémorotibial du compartiment fémorotibial interne lors de l’arthroscopie, la proportion de genoux normaux au dernier recul après méniscectomie interne était identique. Après méniscectomie externe, le niveau clinique était inférieur, et ce d’autant plus que des lésions cartilagineuses fémorotibiales externes étaient présentes lors de l’arthroscopie (figure 7).

 

 

- De la même façon, la proportion de genoux indemnes d’arthrose au dernier recul est identique après méniscectomie interne ou externe, mais le grade des genoux arthrosiques est plus sévère après méniscectomie externe (figure 8).

5. Discussion

- La différence de qualité des résultats entre les méniscectomies internes et externes s’explique en partie par une plus grande sévérité des lésions cartilagineuses initiales. Mais il existe un potentiel péjoratif des méniscectomies externes, tant sur le plan clinique que radiographique, pour lequel aucune explication statistique n’a été trouvée.

Il n’y a donc pas d’explication claire à l’évolution clinique et radiographique défavorable après méniscectomie externe, quel que soit le grade des lésions chondrales initiales. C’est sans doute une conséquence des différences mécaniques et cinématiques entre les deux compartiments.

Conclusion

- La méniscectomie externe aboutit après 10 ans à un résultat moins satisfaisant que la méniscectomie interne. Toutefois la mauvaise qualité relative des résultats n’est pas un argument suffisant pour hésiter à opérer les lésions méniscales externes.

En effet il apparaît que les résultats sont d’autant meilleurs que les lésions chondrales sont moins avancées, ce qui est plutôt un argument pour opérer rapidement.

De plus le devenir des lésions méniscales externes non opérées est inconnu, et peut-être encore plus péjoratif.

 

- Si les lésions cartilagineuses sont secondaires à la lésion méniscale, comme c’est fréquemment le cas pour les lésions du ménisque interne, il est alors logique de chercher à opérer ces lésions méniscales externes plus rapidement, avant la survenue de ces lésions qui aggravent le pronostic.

- Toutefois il est possible, d’après les dernières connaissances cinématiques exposées par Bernard MOYEN, que les lésions méniscales externes soient en fait le plus souvent secondaires aux lésions cartilagineuses, auquel cas le chirurgien est totalement désarmé.

- Il semble donc que ce sont les différences cinématiques entre compartiments interne et externe qui expliquent la moins bonne qualité des résultats à 10 ans après méniscectomie externe.