REEDUCATION DES LIGAMENTOPLASTIES IETRATIVES DU LIGAMENT CROISE ANTERIEUR
P. MIDDLETON
CERS, Capbreton
INTRODUCTION
Les résultats des reprises ligamentaires sont moins bons ceux de la chirurgie de première intention. VAUCHER, dans sa thèse retrouve 25% de très bons et bons résultats à 1 an, après 13 reprises de ligaments synthétiques. G. BELLIER, au sujet de 33 reprises de ligaments prothétiques par auto-greffe au tendon rotulien fait état de 60% de très bons et bons résultats à 2 ans. Il signale également un faible taux de reprise sportive, 55% seulement avec une diminution nette du niveau. La cause de larrêt du sport ou de la baisse de niveau sportif est due à lexistence dune symptomatologie douloureuse, la persistance dun flexum ou dune laxité résiduelle.
A linverse, ces reprises posent relativement peu de problème au rééducateur. La littérature est pauvre en revue de dossiers. M. GENTY insiste sur lexistence dune symptomatologie douloureuse touchant le plus souvent lappareil extenseur.
Nous avons revu au CERS, 65 dossiers de reprises ligamentaires, dont 22 ont été réalisées sous arthroscopie. Nous avons noté 2 migrations de baguettes osseuses, 1 tibiale, 1 fémorale après reprise sous arthroscopie. La migration sest produite en post-opératoire immédiat pour un patient et a nécessité une reprise immédiate avant de nous être adressé. La seconde migration a été découverte devant lexistence dune vague gêne dans le genou au cours du séjour au CERS. Une reprise chirurgicale, avec changement de la vis dinterférence a permis de restabiliser le genou.
La rééducation, après reprise de ligamentoplastie, doit tenir compte des paramètres suivants :
Les douleurs peuvent avoir plusieurs origines :
Le flexum, quant à lui, a pour origine lexistence dune douleur, dune contracture réflexe des ischio-jambiers ou dun conflit mécanique dans léchancrure (mauvais positionnement du transplant, arthrofibrose antérieure, syndrome du cyclope).
La rééducation sappuie sur un traitement médical et para-médical de la douleur. Il faut protéger le transplant en évitant les postures forcées en extension du genou et le travail en chaîne ouverte du quadriceps (Fig 1).
Il faut protéger lappareil extenseur du genou en privilégiant le travail en chaîne fermée du membre inférieur.
Lexistence dune atteinte dégénérative fémoro-tibiale pose un vrai problème de rééducation car le travail en chaîne fermée est responsable de fortes pressions sur le cartilage. Il faut, dans ce cas, privilégier le travail à vitesse rapide qui, selon la loi de BERNOUILLI diminue les forces de compression, ou proposer, si le travail dynamique est douloureux, un travail statique dans une zone non conflictuelle.
En pratique, la rééducation est composée de 5 phases
PHASE I : La phase post-opératoire J0 à J15
Laccent est mis sur le traitement des douleurs et des réactions liées à lintervention : oedème, hématome etc... (Fig 2)
Un travail de mobilisation passive sur attelle motorisée (Fig 3), de mobilisation de rotule et de mobilisation active-aidée du genou permet lentretien des plans de glissement et déviter linstallation dadhérences.
Le réveil musculaire seffectue de manière statique en chaîne fermée pour le quadriceps (Fig 4), en chaîne ouverte pour les ischio-jambiers.
PHASE II : à partir de J15
La véritable phase de rééducation commence à lablation des fils.
Le travail musculaire seffectue en dynamique. Le quadriceps est travaillé en chaîne fermée contre résistance manuelle puis sur CCF 100 en position assise (Fig 5). Ce travail doit être adapté à létat du genou. Il peut être réalisé contre faible résistance ou à vitesse rapide en cas de lésions chondrales, voire en statique si le mouvement réveille des douleurs.
Les techniques classiques de rééducation : va et vient (Fig 6), contracté-relâché, permettent de récupérer la mobilité du genou. Les postures forcées sont à éviter. La récupération de lextension nécessite la réalisation de techniques à visée antalgique ou myorelaxante. La réalisation de posture forcée dextension ne peut être que néfaste en augmentant la douleur ou la contracture réflexe des Ischio-jambiers et en étirant le transplant en cas de conflit mécanique.
La persistance dune raideur de genou doit faire évoquer lexistence dun syndrome algodystrophique ou lexistence dun conflit dans léchancrure intercondylienne qui doit faire discuter une libération de léchancrure intercondylienne.
La rééducation proprioceptive complète la prise en charge kinésithérapique (Fig 7).
PHASE III : A partir de J60 : Lattente intelligente
Le sportif dispose de nombreuses semaines avant denvisager la reprise sportive. Le programme proposé dépend de la motivation du sportif, de lexistence ou non de lésions chondrales et de létat clinique du genou. Il doit poursuivre un travail de renforcement musculaire et un programme de préparation physique. Ce travail privilégie les exercices en chaîne fermée. On privilégie un travail sur bicyclette dappartement dès que la flexion de genou atteint 110° puis progressivement un travail sur rameur (Fig 8). Le travail sur CCF 100 ou sur stepper seffectue en charge. En labsence de douleur sur le tendon rotulien, un travail progressif et contrôlé est réalisé sur presse.
PHASE IV : A partir de J120 : La préparation au retour sur le terrain
Lidéal est de pouvoir compter sur une structure de préparation physique qui surveille la reprise de la course et établit un travail spécifique orienté vers la reprise de lactivité sportive du patient ou vers une activité nouvelle plus adaptée à ses possibilités.
Un travail en chaîne ouverte de muscles du genou, sur dynamomètre isocinétique, sil est bien toléré et le travail des sauts complètent la récupération musculaire et fonctionnelle du genou (Fig 9).
PHASE V : La reprise du sport
Une évaluation musculaire isocinétique concentrique et excentrique du quadriceps et des ischio-jambiers permet de juger de la récupération musculaire du sportif. Les résultats de lévaluation musculaire, qui peut être réalisée dès le 5ème mois, permet dorienter le travail de récupération musculaire.
Cest également un des éléments qui permet de décider de la reprise sportive au même titre que le degré de motivation du patient, létat clinique de son genou, lexistence ou non de lésion chondrale, sa récupération fonctionnelle et létat présumé du transplant.
CONCLUSIONS
Après reprise de chirurgie ligamentaire, le rééducateur doit tenir compte de lexistence de lésion chondrale et protéger lappareil extenseur ainsi que le transplant. Lextension complète doit être recherchée mais sans proposer de postures forcées. Le travail musculaire est plutôt réalisé en chaîne fermée.
Lexistence de lésions chondrales au niveau fémoro-tibiale pose un vrai problème de prise en charge de rééducation. La reprise du sport dépend du degré de motivation du patient, de létat cartilagineux de son genou, et de sa récupération musculaire et fonctionnelle.
Références Bibliographiques
Légendes des illustrations
Figure 1 : Les postures forcées dhyperextension doivent être prohibées.
Figure 2 : Pansement alcoolisé. Lutte contre lhématome source de fibrose et de raideur dorigine péri-articulaire.
Figure 3 : Mobilisation passive sur attelle motorisée
Figure 4 : Travail de réveil musculaire en chaîne fermée : technique de lécrase-coussin.
Figure 5 : Travail dynamique en chaîne fermée en position assise sur CCF 100.
Figure 6 : Travail de mobilisation auto-passive du genou. Technique de va et vient. Cest le membre inférieur sain qui réalise la posture du genou opéré.
Figure 7 : Rééducation proprioceptive sur plateau de FREEMAN
Figure 8 : Travail sur rameur
Figure 9 : Renforcement musculaire sur dynamomètre isocinétique. Il sagit dun travail en chaîne ouverte. Ce travail nécessite une surveillance clinique rapprochée.