LES LIGAMENTOPLASTIES ITERATIVES DU LIGAMENT CROISE ANTERIEUR SOUS ARTHROSCOPIE

-La série multicentrique SFA-

Jean-Yves JENNY, Cyril BOERI

Centre de Traumatologie et d’Orthopédie, 10, Avenue Baumann, 67400 Illkirch-Graffenstaden

 

 

 

Cent quinze cas de la série des membres de la S.F.A. ont pu être revus avec un recul minimal de 12 mois (recul moyen de 2,6 ans, maximum de 8 ans).

COMPLICATIONS - REINTERVENTIONS

Malgré la lourdeur habituelle du geste chirurgical, les complications sont restées rares : 2 raideurs ont été traitées par arthrolyse arthroscopique avec succès, 2 migrations d’agrafes ont nécessité une ablation non programmée de ce matériel, un déplacement secondaire d’une ostéotomie tibiale concomitante a nécessité une nouvelle ostéosynthèse qui n’a pas semblé retentir sur le résultat final. Enfin une lésion secondaire du ménisque latéral a nécessité une nouvelle arthroscopie.

 

REPRISE DES ACTIVITES

La reprise du travail a été possible après un délai moyen de 3,5 mois. La reprise des sports sans pivot a été autorisée en moyenne après 5 mois, celle des sports avec pivot après 8 mois. La compétition a pu être reprise après un délai moyen de 9 mois. Toutefois ces délais ne sont donnés qu’à titre indicatif car ils sont plutôt le reflet de la prudence de principe du chirurgien que de la rapidité réelle de la récupération fonctionnelle.

RESULTATS AU DERNIER RECUL

Les résultats fonctionnels sont rapportés dans le tableau I.

Tableau I : Résultats fonctionnels au dernier recul (classification

IKDC - activité possible sans le symptôme étudié)

 

Intense

Modérée

Légère

Sédentaire

Douleur

49 (46%)

48 (45%)

8 (8%)

1 (1%)

Gonflement

3 (3%)

77 (72%)

23 (21%)

4 (4%)

Appréhension

75 (66%)

31 (27%)

6 (5%)

1 (1%)

Instabilité

91 (81%)

18 (16%)

2 (2%)

1 (1%)

La récupération de la mobilité était complète en flexion dans 103 cas (90%), et en extension dans 91 cas (79%).

 

Les résultats anatomiques sont rapportés dans le tableau II.

Tableau II : Correction de la laxité différentielle (test de Lachman

manuel - test de Lachman radiographique ou valeur

manuelle maximale au KT1000)

 

0

1 +

2 +

3 +

Clinique

52 (46%)

46 (41%)

10 (9%)

4 (4%)

 

< 5 mm

6 - 10 mm

> 10 mm

 

Instrumental

73 (65%)

29 (26%)

10 (9%)

 

Le patient considérait son genou opéré comme normal dans 34 cas (30%), presque normal dans 62 cas (54%), anormal dans 16 cas (14%) et très anormal dans 1 cas (1%). Le résultat global selon la classification IKDC était normal dans 14 cas (12%), presque normal dans 64 cas (56%), anormal dans 29 cas (25%), et très anormal dans 6 cas (5%).

Pour les dossiers radiographiques complets, 35 genoux (38%) étaient indemnes d’arthrose au dernier recul ; 16 genoux initialement indemnes présentaient des signes d’arthrose (17%) ; 34 genoux initialement arthrosiques n’avaient pas subi d’aggravation (37%) ; enfin 8 genoux initialement arthrosiques avaient vu leur état s’aggraver (9%). En particulier, l’évolution de l’arthrose fémorotibiale médiale, la plus fréquente, est rapportée dans le tableau III.

Tableau III : Evolution de l’arthrose fémoro-tibiale médiale

 

 

Etat préopératoire

 

 

Normal

Stade 1

Stade 2

Stade 3

Etat

Normal

35 (38%)

12 (13%)

3 (3%)

0

au

Stade 1

1 (1%)

24 (26%)

7 (8%)

0

dernier

Stade 2

0

3 (3%)

6 (6%)

0

recul

Stade 3

0

0

1 (1%)

1 (1%)

ANALYSE PRONOSTIQUE

L’influence de différents facteurs sur le résultat global et la correction de la laxité a été étudiée.

Il existait une corrélation négative entre la qualité du résultat global et la sévérité de l’appréhension initiale (p=0,05), la sévérité du ressaut initial (p=0,001), l’importance de la laxité différentielle initiale (p=0,05 - tableau IV).

Tableau IV : Influence de la laxité différentielle initiale sur le

résultat global (classification IKDC)

 

 

Résultat global

 

 

A

B

C

D

Laxité

< 5 mm

3

14

7

1

différentielle

6-10 mm

10

40

10

3

initiale

> 10 mm

0

7

9

2

 

La qualité du résultat global était significativement altérée par la présence de lésions méniscales à l’intervention (p=0,008 - tableau V), et par la sévérité de l’arthrose initiale (p=0,04 - tableau VI).

Tableau V : Influence des lésions méniscales initiales sur le

résultat global (classification IKDC)

 

 

Résultat global

 

 

A

B

C

D

Lésions

Aucune

3

21

3

0

méniscales

Mén.médial

1

23

10

3

initiales

Mén.latéral

1

3

1

0

 

Biméniscale

3

2

0

0

 

Tableau VI : Influence de l’arthrose initiale sur le résultat

global (classification IKDC)

 

 

Résultat global

 

 

 

 

 

A

B

C

D

Arthrose

Non

7

36

8

1

initiale

Oui

5

22

13

4

 

La correction de la laxité différentielle était significativement moins satisfaisante pour les laxités différentielles élevées (p=0,005 - tableau VII).

Tableau VII : Influence de la laxité différentielle initiale sur la

laxité différentielle au dernier recul

 

 

Laxité différentielle au dernier recul

 

 

< 0

0 - 5 mm

6 - 10 mm

> 10 mm

Laxité

< 0

1

0

0

0

différentielle

0 - 5 mm

3

19

2

0

initiale

6 - 10 mm

4

50

7

1

 

> 10 mm

2

9

3

4

CONCLUSIONS

Cette étude confirme les données de la littérature concernant la moins bonne qualité des résultats des ligamentoplasties itératives du ligament croisé antérieur quand on les compare à ceux des ligamentoplasties primitives. Toutefois les résultats de cette série apparaissent parmi les meilleurs sur le plan de la fonction et de la stabilité objective. Le taux élevé d’arthrose radiographique pourrait s’expliquer par une classification plus sévère, englobant en particulier les remodelés fémorotibiaux internes sans arthrose vraie.