LIGAMENTOPLASTIES ITERATIVES DU LCA SOUS ARTHROSCOPIE

-Présentation de la série multicentrique-

 

P.DJIAN

Service de Chirurgie Orthopédique Hôpital Lariboisière-PARIS-

INTRODUCTION

Nous avons étudié à l'occasion de ce symposium une série rétrospective multicentrique de 133 ligamentoplasties itératives du LCA réalisées en France par des membres de la SFA entre 1988 et 1996. Cette étude a pu se faire grâce à la collaboration de plusieurs équipes chirurgicales et à travers la SFA nous remercions nos collègues J. Bahuaud, C. Boery, M. Boussaton, F. Bussière, L. Buisson, P. Chambat, V. Chassaing., P. Christel, F. Combelles, P. Djian, A. Frank, J.Y. Jenny, F. Kelbérine, D. Mole, B. Moyen, J.F. Potel, L. Richard, O. Roche et A. VanCuyck qui ont fait l'effort de remplir la fiche d'étude et de nous adresser leurs dossiers.

MATERIEL ET METHODES

Le critère d'inclusion des dossiers était l'échec de ligamentoplastie intra-articulaire du LCA par greffe autologue, allogreffe ou prothèse ligamentaire, la reconstruction devant se faire par arthroscopie. Les critères d'exclusion ont été un échec de ligamentoplastie extra-articulaire ou de suture du LCA, une réintervention sans reconstruction, une lésion associée du LCP ou l'absence de données radiographiques. Pour l'interprétation des résultats, seuls seront exposés les 113 résultats dont le recul aura été supérieur à 1 an.

Quatre vingt six patients (65%) étaient des hommes et 47 (35%) étaient des femmes. Soixante six côtés droit et 67 côtés gauches ont été opérés. L'âge moyen lors de l'accident était de 23 ± 6,2 ans (13-46). Tous les patients pratiquaient un sport avant l'accident initial et le niveau sportif selon la classification I.K.D.C. se répartissait ainsi : 63% étaient de niveau I et 37% de niveau II. L'âge moyen lors de la première ligamentoplastie était de 24 ± 6,3 ans (14-46).

Le type de transplant au cours de la première ligamentoplastie était une prothèse ligamentaire dans 81 cas (61,5%), un transplant autologue dans 52 cas (38,5%). Au cours de cette intervention, 70 patients (53%) n'avaient aucune lésion méniscale, la lésion du ménisque interne étant l'atteinte la plus fréquente (53 cas soit 40%). L'autogreffe la plus fréquemment utilisée était un transplant libre de tendon rotulien (33%); la prothèse la plus fréquemment utilisée était en Dacron® (38%). Les complications ont été fréquentes après la première intervention puisque répertoriées 100 fois (65% des cas). La plus fréquente a été la rupture spontanée du transplant dans 43 cas (28%).

L'EVALUATION CLINIQUE

Elle a été réalisée selon le score IKDC comprenant 8 catégories : résultats subjectifs, résultats symptomatiques (douleur, gonflement, appréhension et dérobement), mobilité, laxité résiduelle, existence de craquements, existence de douleurs sur le site de prélèvement, résultats radiologiques et saut monopode. Seules les 4 premières catégories sont prises en compte pour le calcul du résultat final. Rappelons que le plus mauvais grade de ces 4 catégories donne le résultat final.

METHODES STATISTIQUES

L'étude statistique a été faite sur PC avec le logiciel PCSM. Le test du X2 a été utilisé pour la comparaison de variables qualitatives, le t-test de Student pour la comparaison de variables quantitatives et enfin l'analyse de la variance pour la comparaison de variables qualitatives et quantitatives.

FONCTION PRE-OPERATOIRE

L'instabilité était présente dans 127 cas soit 95%. Celle-ci était symptomatique dans la vie courante 80 fois (60%). La flexion était limitée dans 45 cas (36%). Un flexum était présent 7 fois (5%). Les étilogies des réinterventions sont indiquées dans le tableau I.

TABLEAU I : Causes des réinterventions appréciées par les opérateurs en pré-opératoire.

Instabilité

49

Instabilité + raideur

1

Intabilité + douleur

62

Instabilité + raideur + douleur

2

Instabilité + autre

4

Instabilité + raideur + autre

1

Instabilité + douleur + autre

2

Raideur

1

Raideur + douleur

5

Douleur

3

Douleur + Autre

1

Autre

1

Le Lachman différentiel dont la mesure a été faite soit par le KT 1000 soit radiographiquement a montré une valeur supérieure ou égale à 3 mm dans 88% des cas (118/133). Les différents paramètres du score IKDC sont analysés dans les figures 1 à 8.

 

Fig 1 : Répartition des patients pour la douleur selon le score IKDC

Fig 2 : Répartition des patients pour le gonflement selon le score IKDC

Fig 3 : Répartition des patients pour la stabilité selon le score IKDC

Fig 4 : Répartition des patients pour la flexion selon le score IKDC

Fig 5 : Répartition des patients pour le flessum selon le score IKDC

Fig 6 : Répartition des patients pour le Lachman différentiel instrumental selon le score IKDC

Fig 7 : Répartition des patients pour l'état subjectif selon le score IKDC

Fig 8 : Répartition des patients pour l'état final selon le score IKDC

 

Le niveau sportif avant la reprise s'établissait ainsi : 23 niveaux I, 18 niveaux II, 39 niveaux III et 53 niveaux IV. Le score final avant la reprise s'établissait ainsi : 66 C et 67 D.

LES RADIOGRAPHIES PRE-OPERATOIRES

Le bilan radiographique demandé était un genou de face et de profil à 30° de flexion en appui monopode, un genou de profil en extension maximale quadriceps contracté, et une incidence fémoro-patellaire à 45° de flexion.

Les atteintes du compartiment fémoro-tibial interne ont été les plus fréquemment rencontrées : 34 remodelés, 10 pincements inférieurs à 50% et 2 pincements supérieurs à 50%. Le compartiment fémoro-tibial externe était remodelé 10 fois et 1 pincement inférieur à 50% a été noté. Ce bilan a permis de mettre en évidence 16 remodelés et 1 pincement inférieur à 50% au niveau de l'articulation fémoro-patellaire.

L'étude des tunnels tibial et fémoral a été faite sur des radiographies de face et de profil.

Sur la radiographie de face, la position du tunnel tibial est exprimée en pourcentage par la distance entre le bord interne du plateau tibial et le centre du tunnel tibial rapportée à la largeur totale des plateaux tibiaux. Un tunnel tibial trop interne a été défini arbitrairement comme un tunnel dont la mesure est inférieure à 20%.

Sur la radiographie de profil en extension maximale quadriceps contracté, le tunnel tibial a été mesuré par rapport à la ligne de Blumensaat abaissée sur les plateaux tibiaux. Un tunnel antérieur se projette an avant de la ligne de Blumensaat et un tunnel postérieur se projette en arrière de cette ligne. Le terme "tunnel tibial trop postérieur" a été définit arbitrairement si le bord antérieur du tunnel ne se projettait pas sur ligne de Blumensaat. La position du tunnel fémoral de profil est repérée sur la ligne de Blumensaat et exprimée en pourcentage par la distance du bord des condyles au bord antérieur du tunnel fémoral rapportée à la distance antéro-postérieure condylienne sagittale.

Ces calculs ont permis de déceler : pour le tunnel tibial, de face, 14 tunnels étaient trop "interne" et 2 trop "externe". Sur l'incidence de profil, 26 étaient trop "antérieur" et 15 trop "postérieur". Pour le tunnel fémoral, sur l'incidence de profil, 33 étaient trop "antérieur".

L'ostéolyse des tunnels tibiaux lorsqu'elle a été étudiée a été notée 69/90 fois (76,6%). L'ostéolyse des tunnels fémoraux a été notée 49/82 fois (60%). La répartition du type d’ostéolyse est répertoriée dans le tableau II.

TABLEAU II : Modification de la taille des tunnels osseux

Ostéolyse fémorale

Non

Cône

Parallèle

Cavitaire

 

33

1

40

8

Ostéolyse tibiale

Non

Cône

Parallèle

Cavitaire

21

13

43

13

CAUSES D'ECHEC

Les causes d'échec présumées sont nombreuses et la majorité de celles-ci surviennent en raison de la présence d'un ligament artificiel. Le positionnement du tunnel tibial ainsi que le traumatisme de novo viennent en deuxième position.

L'INTERVENTION

Le délai entre la première ligamentoplastie et la reprise était en moyenne de 4 ans (1-12).

Le type de transplant utilisé était dans tous les cas une greffe biologique, 131 étaient des autogreffes et 2 des allogreffes. 12 fois un transplant de tendon rotulien a été prélevé aux dépens du genou contro-latéral. Des plasties extra-articulaires ont été associés 1 fois en interne et 37 fois en externe (33 Lemaire et 4 gestes sur le plan postéro-externe). 15 fois une ostéotomie tibiale de normocorrection (6 fois) ou de valgisation (9 fois) a été associée.

Quarante et une lésions méniscales internes étaient présentes : 7 lésions externes et 6 lésions biméniscales ; 45 lésions ont été réséquées, les autres lésions ont été laissées en place car stables lors de la réintervention.

Les lésions cartilagineuses ont été fréquentes ; leur répartition est rappelée dans le tableau III

TABLEAU III : Modifications cartilagineuses observées lors de la réintervention en fonction des compartiments

Condyle Interne

Aucune

Grade I

Grade II

Grade III

Grade IV

34

8

24

23

5

Plateau tibial interne

Aucune

Grade I

Grade II

Grade III

Grade IV

39

10

27

7

4

Condyle externe

Aucune

Grade I

Grade II

Grade III

Grade IV

50

3

8

4

0

Plateau tibial externe

Aucune

Grade I

Grade II

Grade III

Grade IV

49

3

13

1

0

Fémoropatellaire interne

Aucune

Grade I

Grade II

Grade III

Grade IV

52

8

12

4

1

Fémoro-patellaire externe

Aucune

Grade I

Grade II

Grade III

Grade IV

52

3

9

2

0

Une synovectomie a été associée 20 fois. Une plastie de l'échancrure a été nécessaire 74 fois. Une greffe osseuse a été nécessaire 4 fois.

Les différents types de fixations ligamentaires sont indiquées dans le tableau IV

TABLEAU IV : Types de fixations utilisées en fonction du tunnel osseux

Tunnel fémoral

Vis d'interférence

Fils sur vis

Endobutton

Tunnel tibial

Vis d'interférence

Fils sur vis

Fils sur agrafes

Les difficultés rencontrées par les opérateurs ont été nombreuses, témoignant de la difficulté de ce type de chirurgie. Tous les temps opératoires sont intéressés et l'ablation de la première ligamentoplastie ainsi que le matériel de synthèse ont posés des problèmes. Le Dacron semble être le ligament artificiel le plus souvent cité dans les difficultés parce qu'il adhére fortement dans les tunnels osseux. Son extraction à l'intérieur des tunnels entraine souvent des dégats osseux dont certains ont nécéssité un comblement par greffe osseuse. L’abalation de ce ligament a abouti aussi à des lésions des parties molles extra-articulaires, surtout au niveau du retour externe, qui ont nécéssité des plasties de renfort.

La confection de nouveaux tunnel osseux est surtout difficile pour le tunnel tibial qui est souvent trop antérieur et qui nécésite une "postérisation" délicate à réaliser. En revanche la reprise du tunnel fémoral a semblé plus facile dans la mesure où l'erreur la plus fréquente est le tunnel trop antérieur; la reprise peut se faire à distance et donc plus postérieur ou de direction différente permettant d'avoir une tunnel dont les parois sont solides.

Le choix du type de la greffe tendineuse a été harmonieux et pratiquement dans tous les cas, il s'agissait d'un transplant autologue.

CONCLUSION

Cette étude, de par son caractère multicentrique, est une des plus importantes séries de la littérature. L'examen clinique aidé des radiographies standard doit permettre de determiner les causes d'échec, temps fondamental pour le planning pré-opératoire. Il faut se préparer à une chirurgie en deux étapes techniquement difficiles : un premier temps d'ablation du matériel existant, et un deuxième temps de reconstruction devant corriger toutes les composantes de la laxité, centrale et périphériques.