CORRELATIONS RMN ET EVALUATION CLINIQUE DE

20 SUTURES MENISCALES PAR ARTHROSCOPIE

AVEC UN RECUL DE 7 ANS

 

R. Verdonk, Service d'Orthopédie,

Clinique Universitaire de Gand (Belgique)

 

 

RESUME

Vingt sutures méniscales ont été revues entre 5 et 9 ans après le geste chirurgical arthroscopique. L'étude de l'image RMN confronté à l'examen clinique n'est pas révélateur.

L'interprétation du document RMN ne peut mentionner une image normale du ménisque que dans 35 % des cas. La présence seule d'une lésion du croisé antérieur - stabilisé par une technique ouverte avec allogreffe - entraîne déjà une dégénérence importante de la surface portante de l'articulation du genou.

Il apparaît que du point de vue technique l'usage de la séquence FLASH-2D est la plus sensible.

 

MATERIEL ET METHODES

L'étude comprend 20 patients d'un groupe initial de 75 malades ayant subit une suture méniscale par arthroscopie selon la technique de dedans-en dehors entre 1986 et 1988.

Ces 20 patients ont été évalués cliniquement par une tierce personne (SF) et ont été soumis à une évaluation par résonance magnétique.

L'évaluation clinique s'est faite sur base du score américain HSS (2) utilisant le codage modifié de Marchal (3).

Il s'agissait de 14 hommes et 9 femmes, l'âge moyen étant de 9 ans et 6 mois. Il y avait 7 genoux gauches et 13 droits.

La suivie moyenne était de 7 ans et 2 mois (5 ans - 9 ans).

Il s'agissait de lésions méniscales symptomatiques, 18 fois du ménisque interne et 2 fois du ménisque externe.

Neuf malades présentaient également une lésion du croisé antérieur traitée par une technique ouverte, utilisant une allogreffe - over-the-top. Le geste chirurgical a été fait en urgence 5 fois et 4 fois en urgence opératoire différée (4, 5).

Huit lésions méniscales se localisaient en zone rouge-rouge et 12 en zone rouge-blanche.

Trois patients présentaient une lésion méniscale dont l'étendue dépassait le centimètre. Dix-sept malades avaient encore une lésion méniscale se limitant entre 0,5 cm et 1 cm.

Il n'y avait pas de lésions en anse de seau dans cette étude.

La technique opératoire utilisait un matériel Acufex (Cyanamid Belgium) en dedans-en dehors avec un fil résorbable PDS 2.0 (Ethicon, Ethnor J.J. - Neuilly, France) et suture souscutanée par contre-incision de la peau (6).

Aucune immobilisation postopératoire n'a été effectuée (1). La marche avec plein appui progressive était acquise à la troisième semaine. Elle était plus lente dans les cas associés de ligamentoplastie articulaire se référant à une rééducation classique de ce genre de lésions (7).

Les 2 sutures méniscales externes n'ont pas bénéficié d'un abord externe de répérage du nerf péronier.

La technique arthroscopique comprenait l'usage du garrot pneumatique sans exsanguination préalable, un temps chirurgical en moyen de 35 minutes (suture simple) et de 65 minutes en association avec la ligamentoplastie over-the-top.

 

RESULTATS

Revue clinique

Quatorze malades se jugaient très satisfaits, 4 était satisfaits, un malade ne remarquait aucune différence avec la situation préopératoire, un malade se trouvait moins bien (table 1).

Aucun malade ne mentionnait de douleurs. Un malade présentait un épanchement de synovie occasionnel. Un malade trouvait une gêne à la marche sur escalier. Deux malades retenaient un sursaut vague à la flexion-extension contre résistance.

Dix % des malades remarquaient un dérobage du genou occasionel. L'effort physique intense professionnel gênait un malade. Cette gêne était journalière chez un malade se rapportant à ces activités professionnelles.

Dix-neuf patients on repris leurs acitivités sportives et professionnelles antérieures (table 2). L'intensité de l'effort sportif reste bien sûr un élément très relatif étant donné la durée de suivi dans cette étude (moyenne de 7 ans et 2 mois) et ainsi altère le critère objectif de la reprise du sport "au même niveau". Il est néanmoins acquis que la reprise du travail était totale chez 19 patients.

Dans cette étude plusieurs autres facteurs importants dans la "guérison" méniscale ont été recherchés (8):

* l'influence du délai entre le traumatisme et la suture méniscale sous arthroscopie

* l'influence du sexe et de l'âge du malade

* l'influence de la localisation anatomique et de l'étendue de la rupture méniscale

* l'influence de la stabilité ligamentaire du genou.

Neuf patients présentaient une lésion du ligament croisé antérieur traité en urgence par allogreffe tendineuse - technique over-the-top 5 fois, ainsi que 4 fois en urgence opératoire différée.

Leur score moyen était de 89.3 %.

Il ne semble donc pas y avoir d'influence négative du traitement chirurgical ligamentaire sur la guérison méniscale.

L'influence de l'endroit de rupture (rouge-rouge ou rouge-blanc) n'est pas détectable (table 3).

L'influence de l'étendue de la rupture - il n'y avait pas de lésion en anse de seau - ne peut se remarquer (table 4).

Le sexe n'influence pas le score tout aussi bien que l'âge du patient (table 5, table 6).

Dans notre étude le délai entre le traumatisme et le geste de suture méniscale ne semble pas avoir d'influence sur la valeur du résultat (table 7).

En effet, nous avons comparé les résultats de Stone et al. (9) et les nôtres. Il démontre qu'a court terme un délai de 15 jours - traumatisme - suture méniscale - influence d'une façon importante les résultats cliniques. En effet, dans ces cas (15 jours entre l'incident et la chirurgie) seulement 70% des malades sont bons cliniquement.

Notre étude ne fait pas cette distinction dans les résultats. Il semble en effet que la résection du tissu de cicatrisation et l'avivement des bords méniscaux et synoviaux représentent un élément essentiel dans la guérison fonctionnelle du ménisque.

Résultats de l'imagerie à résonance magnetique

Les 20 malades ont subi un examen à résonance magnétique afin de pouvoir évaluer l'information de l'image vis à vis des résultats cliniques et fonc- tionnels (10, 11).

Dans 19 malades l'endroit de suture restait détectable essentiellement par la présence d'artéfacts métalliques subsistant après le passage de l'aiguille dans le canon de suture (Acufex, Cyanamid). Les artéfacts sont sans importance clinique et par ailleurs non-détectables à la radiologie à blanc.

Dans un cas une nouvelle lésion méniscale remarquée à l'IRM a nécessité une arthroscopie avec nouvelle suture de la lésion méniscale.

La présence de zones à signal hyperintense se remarque régulièrement à l'endroit de suture. Il n'est pas clair s'il s'agit de tissu de régénération ou de tissu mucoide.

Ce n'est seulement que dans 35 % des cas (7 patients) que l'apparance à l'IRM est normale. Ces 7 malades rapportaient un score clinique de 85 % en moyenne.

Dans 30 % des cas (6 patients) avec lésion du croisé antérieur et ligamen-toplastie over-the-top par allogreffe, une dégénérescence importante du cartilage se remarque. Leur score clinique pourtant est de plus de 80 %.

Il semble donc que la lésion ligamentaire traitée par stabilisation chirurgicale entraîne, malgré une stabilisation efficace méniscale, une dégénérescence cartilagineuse sans altérer à moyen terme (5 ans à 9 ans) les résultats fonctionnels (12, 13).

 

CONCLUSION

A l'évaluation technique de l'imagerie il semble que la qualité du document soit meilleure en séquence FLASH-2D.

La corrélation entre l'imagerie et le score clinique et fonctionnel est pauvre.

La survenue d'image de tissu méniscal dégénératif et mucoide semble l'affirmer dans le temps d'une façon importante (65 % des cas). Seulement, un bon tiers des sutures se fait protocoller comme normal à moyen terme

dans cette population relativement jeune.

Il est bien sûr impossible dans cette étude d'ajouter une valeur statistique à ces informations, étant donné le nombre limité des cas.

Il ne faut semble-t-il ne pas désespérer à la vue des données de l'imagerie puisque les résultats fonctionnels et cliniques restent enthousiasmant.

REFERENCES

1. DeHaven KE, Black KP, Griffiths HJ. Open meniscus repair. Technique and two-to-nine year results. Am J Sports Med 1989;17:788-95.

2. Insall JN, Dorr LD, Scott RD, Scott WN. Rationale of the Knee Society clinical rating system. Clin Orthop 1989;248:13-4.

3. Marshall JL, Fetto JF, Botero PM. Knee ligament injuries: a standardized evaluation method. Clin Orthop 1977;123:115-29.

4. Degraeve W, Pierets K, Steenbrugge F, Verdonk R. Tendon allograft replacement of ACL-deficient knees. A 4-year follow-up. ESSKA Berlin, 1994:18-22.

5. Arnauw G, Verdonk R, Harth A, Moerman J, Vorlat P, Bataillie F, Claessens H. Acta Orthop Belg 1991; 57(suppl II):68-74.

6. Rimmer MG, Nawana NS, Keene GC, Pearcy MJ. Failure strengths of different meniscal suturing techniques. Arthroscopy 1995; 11:146-50.

7. Buseck MS, Noyes FR. Arthroscopic evaluation of meniscal repairs after anterior cruciate ligament reconstruction and immediate motion. Am J Sports Med 1991;19:489-94.

8. Horibe S, Shino K, Nakata K, Maeda A, Nakamuro N, Matsumoto N. Second-look arthroscopy after meniscal repair. Review of 132 menisci repaired by an arthroscopic inside-out technique. J Bone Joint Surg Br 1995;77:245-9.

9. Stone RG, Frewin PR, Gonzales S. Long-term assessment of arthroscopic meniscus repair: a two- to six-year follow-up study. Arthroscopy 1990;6:73-8.

10. Kent RH, Pope CF, Lynch JK, Joki P. Magnetic resonance imaging of the surgically repaired meniscus: six-month follow-up. Magn Reson Imaging 1991;9:335-41.

11. Dorfmann H, Konzelmann M. Correlation et discordance entre arthrographie et arthroscopie du genou. Ann Radiol 1993;36:235-9.

12. Aglietti P, Zaccherotti G, De Biase P, Taddei I. A comparison between medial meniscus repair, partial meniscectomy and normal meniscus in anterior cruciate ligament reconstructed knees. Clin Orthop 1994;307:165-73.

13. Cannon WD Jr, Vittori JM. The incidence of healing in arthroscopic meniscal repairs in anterior cruciate ligaments-reconstructed knees versus stable knees. Am J Sports Med 1992;20:176-81.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Moins bien Inchangé Satisfait Très satisfait

 

Table 1: Evaluation subjective.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IV = reprise complète

III = reprise avec une légère limitation

II = reprise du travail ou d'un sport différent

I = pas de reprise

 

 

Table 2: Reprise du sport et du travail.

 

 

 

 

 

N = 20

Endroit de rupture

Score moyen

8

12

rouge - rouge

rouge - blanc

96 %

90 %

 

 

Table 3: Influence de l'endroit de rupture.

 

 

 

 

 

 

N = 20

Etendue de la rupture

Score moyen

17

3

< 6 mm

> 6 mm

91 %

91 %

 

 

Table 4: Influence de l'étendue de la rupture.

 

 

 

 

 

 

N = 20

Sexe

Score moyen

11

9

Hommes

Femmes

90 %

92 %

 

 

Table 5: Influence du sexe.

 

 

 

 

 

 

N = 20

Age

Score moyen

12

4

4

20-30 ans

30-40 ans

> 40 ans

92 %

93 %

85 %

 

 

Table 6: Influence de l'âge du patient.

 

 

 

 

 

 

 

N = 20

Délai

traumatisme-chirurgie

Score moyen

3

7

0

0

4

2

4

0-10 jrs

10-20 jrs

20-30 jrs

30-40 jrs

40-50 jrs

> 40 jrs

inconnu

96 %

89 %

-

-

90 %

88 %

88 %

 

 

Table 7: Délai entre le traumatisme et le geste de suture méniscale.